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Réforme constitutionnelle : l'opposition lance la coalition "C64" pour barrer la route à un "putsch constitutionnel"
* Les opposants accusent Tshisekedi de "Haute Trahison"
* "La proposition de loi référendaire est une menace pour ouvrir juridiquement la voie à la réforme constitutionnelle"
La République démocratique du Congo entre dans une nouvelle phase de haute tension politique. Face aux signaux de plus en plus insistants d'un éventuel changement de Constitution, les principales figures de l'opposition ont officialisé, mardi 19 mai à Kinshasa, la création de la Coalition article 64 pour la défense de l'ordre constitutionnel (C64), une plateforme politico-citoyenne qui se donne pour mission de barrer la route à toute tentative de troisième mandat du président Félix Tshisekedi et d'empêcher ce qu'elle qualifie déjà de " putsch constitutionnel ".
Dans une déclaration solennelle au ton exceptionnellement offensif, les opposants ont accusé le chef de l'État de vouloir engager le pays dans une dérive autoritaire destinée à prolonger son pouvoir au-delà des limites fixées par la Constitution.
Devant une foule de militants chauffés à blanc, entonnant des chants et cris de la coalition article 64, les leaders de la nouvelle coalition ont annoncé l'ouverture d'un " cycle de résistance démocratique nationale", affirmant que " le rouleau d'arrêt démocratique est désormais déclenché ".
La C64 réunit plusieurs poids lourds de l'opposition congolaise, parmi lesquels Jean-Marc Kabund, Martin Fayulu, Delly Sesanga et Moïse Katumbi avec l'appui de mouvements citoyens influents tels que LUCHA. Ensemble, ils entendent fédérer toutes les forces hostiles à une modification de la Loi fondamentale.
Le choix du nom de cette coalition n'a rien d'anodin. Il renvoie directement à l'article 64 de la Constitution congolaise, considéré comme l'ultime verrou républicain contre toute confiscation du pouvoir. Ce texte stipule notamment que " tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d'individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l'exerce en violation des dispositions de la présente Constitution ".
LES OPPOSANTS ACCUSENT TSHISEKEDI DE "HAUTE TRAHISON"
Pour les opposants, toute initiative visant à modifier la Constitution afin de permettre à Félix Tshisekedi de briguer un nouveau mandat constitue une violation grave de cet article et un basculement vers un régime personnel.
" Toute tentative de changer la Constitution, par quelque mécanisme que ce soit, est un renversement de l'ordre constitutionnel ", ont-ils martelé, accusant le président de " haute trahison" et de " violation du serment républicain ".
La coalition considère particulièrement comme une menace la proposition de loi portant organisation du référendum, actuellement examinée au Parlement. Pour la C64, ce texte n'est pas une simple réforme institutionnelle, mais " une manœuvre politique préméditée " destinée à ouvrir juridiquement la voie à une révision constitutionnelle.
" Cette proposition de loi référendaire est une ruse cynique dont l'unique objectif est de briser les verrous de la Loi fondamentale et d'affranchir Félix Tshisekedi des limites constitutionnelles", ont dénoncé les opposants.
Au-delà de la question institutionnelle, la nouvelle coalition dresse un tableau extrêmement sombre de la gouvernance actuelle. Les leaders de l'opposition accusent le régime de détourner l'attention nationale alors que le pays traverse l'une des périodes les plus critiques de son histoire récente.
Guerre persistante dans l'Est du pays, progression des groupes armés, crise humanitaire, affaiblissement de l'autorité de l'État, détresse sociale grandissante, chômage massif et effondrement des services publics : pour l'opposition, le pouvoir aurait choisi de privilégier " la survie politique du régime " plutôt que le redressement national.
" Au moment où la nation fait face à la guerre, à l'effondrement de l'État et à une détresse nationale sans précédent, le régime consacre son énergie à un projet de coup d'État constitutionnel ", accuse la coalition.
"IL N'Y AURA NI TROISIÈME MANDAT, NI GLISSEMENT, NI CHANGEMENT DE CONSTITUTION"
Dans un passage particulièrement symbolique de leur déclaration, les opposants ont lancé un compte à rebours vers la fin du mandat présidentiel. " À compter de ce 19 mai 2026, il reste 852 jours avant la convocation constitutionnelle des élections présidentielles", ont-ils affirmé, comme pour installer psychologiquement l'idée d'une transition politique inévitable.
La C64 affirme avec fermeté qu'" il n'y aura ni troisième mandat, ni glissement, ni changement de Constitution ". Elle avertit également qu'" à l'expiration de son mandat, avec ou sans élections, Félix Tshisekedi devra quitter le pouvoir ".
Dans une escalade verbale inédite, les opposants soutiennent qu'en cas d'"enclenchement du putsch constitutionnel ", le chef de l'État " perdra tout droit d'engager la République " et sera considéré comme "hors-la-loi ".
La coalition annonce ainsi vouloir utiliser " sans exclusivité toutes les possibilités offertes par l'article 64 " pour défendre l'ordre constitutionnel. Une formulation lourde de sens dans un pays marqué par des décennies de crises politiques et de contestations du pouvoir.
LA NOUVELLE MOBILISATION REVEILLE LES SOUVENIRS DE 2015 ET 2016 SOUS LE RÉGIME KABILA
Cette nouvelle mobilisation réveille les souvenirs des grandes manifestations anti-glissement de 2015 et 2016 contre le maintien au pouvoir de l'ancien président Joseph Kabila. Ironie politique de l'histoire : à cette époque, l'UDPS de Félix Tshisekedi figurait parmi les principales forces mobilisées pour défendre l'alternance démocratique.
Aujourd'hui, les rôles semblent inversés et l'opposition tente de reprendre les mêmes leviers de mobilisation populaire utilisés autrefois contre le régime Kabila.
L'Église catholique en République démocratique du Congo, très influente dans le paysage sociopolitique congolais, s'est également dressée contre toute perspective de changement constitutionnel. Cette position renforce la pression sur le pouvoir, déjà confronté à une situation sécuritaire et économique extrêmement fragile.
À deux ans de la fin officielle du mandat présidentiel prévue en 2028, la bataille autour de la Constitution s'impose désormais comme le principal front politique en RDC. Plus qu'un simple débat juridique, c'est une confrontation décisive sur l'avenir du pouvoir, de l'alternance démocratique et de la stabilité du pays qui est désormais engagée.
Jérémie ASOKO