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La diplomatie scientifique au service de la nation congolaise (RDC)
(Tunga Kuhana Arsene, chercheur au laboratoire de chimie organique et énergétique »Lacoren »/Unikin, président de l’Association des étudiants étrangers à l’université de Zhengzhou et doctorant en génie biochimique à l’université de Zhengzhou.)
1. Introduction
En 2008, l’American Association for the advancement of Science (AAAS) a créé un centre pour la diplomatie scientifique, qui sert de marqueur pratique dans l’histoire de la diplomatie scientifique. La Royal Society et l’American Association for the Advancement of Science (AAAS) ont organisé un symposium sur les nouvelles frontières de la diplomatie scientifique en 2009 et publié un rapport historique portant le même nom en 2010. Et en 2012, la revue trimestrielle Science & Diplomacy était lancée par l’AAAS. D’abord appliquée et examinée aux États-Unis et au Royaume-Uni, pionniers en la matière, un nombre croissant de nations se réclament aujourd’hui de cette forme particulière de diplomatie1. En République démocratique du Congo, l’opinion publique est encore largement peu familière avec le concept de diplomatie scientifique car le ministère des Affaires étrangères et de l’Intégration régionale n’a pas encore publié un rapport d’orientation sur la diplomatie scientifique pour la République démocratique du Congo. Avec la diplomatie scientifique, nous devons reconnaître que nous nous intéressons aux pratiques à l’intersection de la diplomatie (l’exécution de la politique étrangère d’une nation par les canaux privilégiés du dialogue et de négociation) et de la science (entendue au sens large comme activité de recherche, toutes disciplines confondues, et l’accumulation de connaissances qui en résulte).
Dans les paragraphes qui suivent, nous définirons la diplomatie scientifique, la replacerons dans son contexte international, expliquerons ses objectifs et discuterons du développement de la diplomatie scientifique en République démocratique du Congo.
2. Une idee sur la diplomatie scientifique
Originaire des États-Unis, le concept de diplomatie scientifique a d’abord été défini comme l’utilisation et l’application de la coopération scientifique pour contribuer à l’établissement de liens et renforcer les relations entre les États, en particulier dans les domaines où il n’existe peut-être pas d’autres moyens d’approche politiques ou diplomatiques. Les relations entre la science et la diplomatie y sont déclinées en trois volets:
2.1 Science dans la diplomatie (éclairer les objectifs de politique étrangère grâce au conseil scientifique)
Certains aspects de la politique étrangère nécessitent un éclairage scientifique. Ce qui incite la diplomatie à rechercher l’apport de la communauté des chercheurs. La connaissance scientifique est un outil d’aide à la décision dans les discussions internationales sur les préoccupations mondiales ayant un impact sur l’environnement, la biodiversité ou la santé humaine: la diplomatie dépend de la science. Nous remarquons que dans toutes les conventions dont l’objet s’y prête se dotent ainsi d’un conseil scientifique, recourent à des experts extérieurs et des consultants. Parmi ces interfaces, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), fondé en 1988, est sans conteste le plus connu. Un autre exemple est la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) établie en 2012. Dans les arènes internationales, les analyses et les conclusions fournies par les experts contribuent à nourrir les négociations entre diplomates: c’est la » science dans la diplomatie « . Ces exemples variés montrent que la diplomatie scientifique s’exprime dans le cadre traditionnel des relations de pays à pays, c’est la diplomatie scientifique bilatérale, mais également dans le cadre de relations impliquant de nombreux pays: c’est la diplomatie scientifique multilatérale.
2.2 Diplomatie pour la science: (faciliter la coopération scientifique internationale)
Chaque pays s’attache à promouvoir la communauté de ses chercheurs sur la scène internationale et à faciliter les coopérations avec d’autres pays. Pour ce faire, le gouvernement utilise principalement deux leviers. Le premier est celui des accords de coopération scientifique et technologique entre gouvernements, qui visent à établir un cadre juridique pour des agendas de recherche communs. Les accords bilatéraux, c’est-à-dire ceux signés par deux gouvernements, sont les plus répandus. Les accords signés par plusieurs gouvernements sont moins nombreux, mais plus souvent médiatisés. Ces accords contrôlent notamment la création de grandes infrastructures de recherche, dont les pays partagent les coûts et les risques, ainsi que les avantages de la participation de leurs chercheurs à des programmes internationaux. Le laboratoire pathogène de classe 4 de Wuhan en est un exemple. En octobre 2004, lors d’un voyage à Pékin, Jacques Chirac président français scelle une alliance avec son homologue chinois. Les deux pays décident de s’associer pour lutter contre les maladies infectieuses émergentes. Ce partenariat semble d’autant plus nécessaire qu’un autre virus, celui de la grippe aviaire, le H5N1, vient frapper la Chine. De là va naître l’idée de construire à Wuhan, en collaboration avec la France, un laboratoire de type P4. Autrement dit, de très haute sécurité biologique pour l’étude de virus pathogènes inconnus pour lesquels on n’a pas de vaccin.
L’autre grand vecteur de la » diplomatie pour la science » est celui des réseaux diplomatiques à l’étranger. Les ambassades qu’un pays déploie dans le monde ont parmi leurs missions l’accompagnement des échanges scientifiques bilatéraux: les conseillers et attachés scientifiques qui y travaillent aident à la mobilité des chercheurs (en provoquant ou en facilitant les contacts, en octroyant des aides financières…) et les assistent dans certaines négociations (pour les aspects de propriété intellectuelle, par exemple).
2.3 Science pour la diplomatie (Utiliser la coopération scientifique pour améliorer les relations entre les pays)
Lorsque les relations politiques entre les pays sont tendues, les chercheurs peuvent utiliser leurs affiliations professionnelles pour maintenir ou rétablir des liens. La coopération scientifique peut servir de substitut ou de précurseur à la diplomatie. Par exemple, malgré la suspension des relations diplomatiques entre les États-Unis et l’Iran en 1980, les communautés scientifiques des deux pays n’ont jamais cessé d’échanger des informations et ont même accru leur collaboration. Autre exemple, malgré la guerre en Ukraine, la coopération nucléaire entre la Russie et la France se poursuit. La Russie a envoyé vers la France un des six aimants géants prévus pour mettre en œuvre le programme Iter sur la fusion nucléaire, l’un des grands projets scientifiques internationaux auquel Moscou participe toujours malgré les sanctions.
3. Les objectifs de la diplomatie scientifique
Les pays qui souhaitent conserver leur place dans le monde et y faire valoir au mieux leurs intérêts ne sont pas inconscients de l’intérêt du développement scientifique. Alors, les objectifs de la diplomatie scientifique visent à : garantir l’accès aux chercheurs, aux résultats de la recherche et aux infrastructures de recherche, aux ressources naturelles et au financement, promouvoir les réalisations du pays en matière de recherche et de développement, influencer l’opinion publique à l’étranger et l’opinion des décideurs étrangers, soutenir la participation à des efforts de recherche à grande échelle qui, autrement, ne seraient pas réalistes ou possibles et enfin contribuer à relever les défis mondiaux tels que le changement climatique.
4. La diplomatie scientifique et l’intérêt national4
La diplomatie scientifique aide les pays à atteindre les objectifs de développement durable (ODD) en abordant la collaboration et le partenariat transfrontaliers dans le domaine de la science et de la technologie en utilisant la science et les technologies avancées pour le bien commun de l’humanité.
Pour entrer dans le domaine de la diplomatie scientifique, il est essentiel de reconnaître que toute action impliquant des chercheurs internationaux doit nécessairement avoir un enjeu diplomatique, c’est-à-dire une préoccupation de politique étrangère. Il est facile de se rappeler que la diplomatie est une caractéristique des États souverains. Cela a deux répercussions principales. La première est que la diplomatie fait l’objet d’une action publique et que sa pratique est exercée par des représentants de l’État, des diplomates professionnels ou d’autres personnes ayant des responsabilités diplomatiques. Le deuxième résultat est que l’intérêt national ne peut être ignoré: Par la diplomatie, un État souverain défend et promeut ses intérêts (et ses idéaux, comme certains le prétendent) sur la scène internationale. Ainsi, dans « diplomatie scientifique« , le terme « diplomatie » doit être compris en premier, car il signifie « intérêt national« .
5. Construire la diplomatie scientifique congolaise
En raison de son emplacement stratégique et de ses richesses minières, la République démocratique du Congo est un « pays solution » au problème du changement climatique; ce qui rend indispensable une réflexion sur le présent et l’avenir de la diplomatie scientifique dans ce pays. Alors que la science, la technologie et l’innovation sont de plus en plus étroitement liées aux relations internationales sur les défis transnationaux tels que le changement climatique et les pandémies mondiales, il est urgent de combler le fossé entre les communautés scientifique et diplomatique. Cependant, il n’existe pas de programme officiel pour la diplomatie scientifique et les possibilités de formation restent limitées. Nous encourageons le gouvernement congolais à organiser de nombreux moments d’échange entre les scientifiques et diplomates afin de faciliter « l’acculturation » des deux mondes, scientifique et diplomatique et que des liens durables se renforcent.
Il est observé que les diplomates n’ont pas le réflexe de demander l’appui des scientifiques, alors que de nombreux enjeux géopolitiques sont liés à des questions de science. Deshalb, nous proposons au gouvernement congolais la mise en place d’un département ou mission pour la science et la technologie dans les ambassades congolaises, dont le service permettrait l’observation et l’analyse des environnements scientifiques, techniques et technologiques des pays dans lesquels se trouvent nos ambassades, ainsi que la représentation de la RDCongo dans les grands forums scientifiques.
6. Conclusion
Pour terminer cette présentation sur la diplomatie scientifique au service de la nation congolaise, il est crucial de rappeler que sur la scène internationale, les intérêts des pays se confrontent et parfois s’affrontent, s’harmonisent et parfois se subliment dans l’intérêt de tous. Dans ce jeu de forces, la science et les activités de recherche ont leur place. Un nombre croissant de pays reconnaissent maintenant son importance et la comptent parmi leurs forces diplomatiques. La diplomatie scientifique est un facteur de renouvellement et d’enrichissement dans la conduite des relations internationales. Par conséquent, il serait judicieux d’incorporer des modules théoriques et pratiques de diplomatie scientifique dans les programmes universitaires de premier cycle ou deuxième cycle qui peuvent être adaptés par toutes les universités et tous les programmes universitaires de la RDCongo.
7. Références
1. Ruffini, Pierre-Bruno. La diplomatie scientifique entre enjeux mondiaux et intérêt national, Hermès, La Revue, 2018, 81(2), 101-109,
2. Pierre-Bruno Ruffini. Diplomatie scientifique. De quelques notions de base et questions-clés. Philosophia Scientiæ, 2019, 23(3), 67-80.
3. https://www.cnrs.fr/fr/cnrsinfo/construire-la-diplomatie-scientifique-europeenne
4. Importance de la diplomatie scientifique dans le développement durable – Jazair Hope
5. https://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/nucleaire-la-cooperation-franco-russe-en-suspens-1392836