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L’ECC, la CENI et les acteurs politiques s’accordent pour des réformes électorales inclusives
À l’approche du cycle électoral de 2028, les réflexions s’intensifient en République démocratique du Congo autour des réformes nécessaires pour garantir des scrutins crédibles, inclusifs et apaisés. Réunis dans un cadre d’échanges initié notamment par l’Église du Christ au Congo (ECC), acteurs institutionnels, experts, politiques et membres de la société civile ont confronté leurs analyses sur les défis du processus électoral.
À mesure que l’horizon électoral de 2028 se rapproche, les interrogations autour de la crédibilité du processus électoral en République démocratique du Congo se multiplient. À l’initiative de l’Église du Christ au Congo (ECC), une journée de réflexion a réuni responsables institutionnels, acteurs politiques, experts et membres de la société civile pour poser les bases d’un dialogue approfondi sur les réformes électorales.
Secrétaire général de l’ECC en charge de la Commission Justice, Paix et Sauvegarde de la Création, le Révérend Éric Nsenga a insisté sur l’importance d’un espace structuré d’échanges entre citoyens et institutions. «Dans ces cadres interactifs, les initiatives institutionnelles vont faire une discussion avec les initiatives citoyennes. Ceci nous a donné une belle image de la dynamique biologique de notre pays. Aujourd’hui, la question électorale reste cruciale pour l’avenir de notre pays», a-t-il déclaré.
RÉFORMES ÉLECTORALES
Revenant sur les travaux menés, il a souligné la contribution de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), tout en rappelant que plusieurs résolutions ont été adoptées à l’issue des discussions : «La plus importante, c’est que nous avons maintenu ces cadres comme étant les lieux où les citoyens et les initiatives institutionnelles vont continuer à interagir sur la question des réformes électorales et du processus lui-même dans son ensemble».
Toutefois, il n’a pas éludé les défis qui pèsent déjà sur le calendrier préparatoire. «Il faut avouer que nous sommes en dépassement par rapport à la feuille de route, parce qu’il y a des activités qui devraient commencer depuis l’année passée. Elles sont confrontées à plusieurs réalités, notamment sécuritaires et financières».
UN DIALOGUE INCLUSIF
Face à ces contraintes, l’Église met en avant la nécessité d’un dialogue inclusif. «S’il n’y a pas de cadre, chacun va rester dans son coin. Il n’y aura pas de compréhension, il n’y aura pas d’entente. Et finalement, nous allons continuer à nous tirer les uns sur les autres».
Une question centrale reste en suspens : faut-il organiser des états généraux des élections ou convoquer un dialogue national inclusif ? Pour l’ECC, les deux dimensions du processus électoral doivent être prises en compte.
«Les participants se sont rendus à l’évidence que les élections ont deux dimensions : une dimension technique et une dimension politique. Et même si les décideurs politiques doivent se retrouver, il est essentiel qu’une réflexion technique ait déjà commencé avec les experts, les scientifiques, les missions d’observation électorale et la CENI».
LA CENI RECONNAÎT DES RETARDS
De son côté, le deuxième vice-président de la CENI, Didi Manara, a tenu à clarifier la situation autour de la feuille de route électorale. «Il faut différencier la feuille de route du calendrier électoral. La feuille de route montre la voie pour que nous ayons cette élection».
Reconnaissant des retards dans la mise en œuvre de certaines activités, Didi Manara reste néanmoins confiant quant à la capacité de l’État à respecter les échéances constitutionnelles : «Nous avons publié cette feuille de route le 4 avril de l’année passée. Aujourd’hui, certains délais sont dépassés, mais la vision reste la même. Nous pensons que la République fera un effort pour respecter les lignes constitutionnelles des élections».
Le deuxième vice-président de la Centrale électorale a également rappelé le rôle technique de l’institution électorale. «Nous sommes un organe technique de l’État», dit-il.
DELLY SESSANGA : «LA QUESTION ÉLECTORALE EST D’ABORD POLITIQUE»
Intervenant dans le débat, l’opposant et constitutionnaliste, Delly Sessanga a appelé à une remise en question profonde du système électoral congolais. «Il est venu le temps de restaurer la confiance entre nous, la confiance dans les institutions, mais aussi dans le processus électoral, parce qu’il y a beaucoup de choses à faire».
Pour lui, les difficultés accumulées au fil des cycles électoraux précédents exigent une approche globale : «Nous sommes au quatrième cycle électoral, et il faut voir quelles ont été les difficultés du cycle précédent pour les améliorer. Ce n’est pas une question technique. C’est une question d’abord politique».
Il insiste sur la nécessité d’un traitement politique du problème avant toute réforme technique : «Il faut prendre cette question dans sa dimension politique avant d’aborder les solutions techniques que l’on peut apporter à la loi sur la CENI ou à la gouvernance électorale».
UN APPEL À LA PAIX ET À LA RESPONSABILITÉ COLLECTIVE
La rencontre a également permis de présenter plusieurs pistes de réformes, notamment à travers les interventions du sénateur Norbert Basengezi et des représentants de la société civile. Dix propositions prioritaires ont été évoquées, visant à améliorer la transparence, la gouvernance et la crédibilité du processus électoral.
Des panels d’experts en droit constitutionnel et électoral ont enrichi les échanges, mettant en lumière les enjeux sociopolitiques et sécuritaires liés à l’organisation des élections de 2028.
Le Révérend André Bokundoa a replacé ces discussions dans une perspective éthique et spirituelle, appelant à la responsabilité collective : «Dans un contexte où notre nation est appelée à consolider les fondements de sa démocratie, nous devons rechercher la paix, le dialogue et la responsabilité morale, qui sont les piliers de toute action collective».
Le Révérend André Bokundoa a réaffirmé l’engagement de l’Église à accompagner le peuple congolais : «À travers ses structures, l’Église s’efforce d’offrir des espaces d’écoute, de discernement et des propositions constructives, afin de contribuer à l’avènement d’une société juste et pacifique».
Christian-Timothée MAMPUYA