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En reportant la marche, André Mbata évite à l'Union Sacrée un dangereux "but contre son camp"
Il arrive en politique que le courage ne consiste pas à avancer, mais à savoir reculer à temps. Le report de la marche de l'Union sacrée de la Nation, annoncé à la dernière minute par André Mbata, en est une illustration éloquente. Alors que tout semblait indiquer un maintien de cette mobilisation, en dépit de son interdiction par le gouverneur de Kinshasa pourtant membre de la même famille politique, la décision de surseoir à cette mobilisation apparaît aujourd'hui comme un sursaut de lucidité.
Car, que ce serait-il passé si cette marche avait été maintenue ? La question mérite d'être posée sans détour.
Maintenir une marche interdite par l'autorité urbaine aurait d'abord été un signal politique désastreux. Comment un pouvoir peut-il prôner le respect des institutions tout en défiant ses propres décisions ? "Nul n'est au-dessus de la loi ", dit l'adage. En passant outre l'interdiction du gouverneur Daniel Bumba Lubaki, la majorité aurait ouvert une brèche dangereuse : celle de la légitimation de la désobéissance, y compris au sommet de l'État. Un précédent lourd de conséquences.
Mais, le risque le plus grave était ailleurs : dans la rue. Kinshasa, déjà sous tension après l'annonce de deux manifestations concurrentes, celle de l'opposition et celle de la majorité aurait pu basculer dans un scénario incontrôlable. "Il suffit d'une étincelle pour allumer un incendie". Et cette étincelle, dans le climat électrique de ces derniers jours, n'aurait pas tardé à surgir.
Le spectre d'un bain de sang
Les révélations accablantes du rapport de Human Rights Watch sur les violences du 12 juin 2026, maintenir la marche aurait pu être perçu comme une démonstration de force aux relents inquiétants. L'organisation internationale évoque, témoignages à l'appui, une mobilisation organisée de membres de la Force du progrès pour perturber un sit-in de l'opposition.
Des accusations d'incitations financières, des consignes ciblant des leaders politiques, des scènes de violences documentées… autant d'éléments qui jettent une ombre sur le climat politique.
Dans ces conditions, difficile d'imaginer qu'une nouvelle mobilisation, cette fois portée par la majorité, se déroule sans heurts. "Quand le passé éclaire mal le présent, l'avenir marche dans les ténèbres", écrivait Alexis de Tocqueville. Ignorer ces signaux aurait été prendre le risque d'un embrasement.
Et dans une ville comme Kinshasa, un affrontement de rue n'est jamais anodin : il peut rapidement dégénérer en violences généralisées. Le spectre d'un bain de sang n'était pas une exagération, mais une crainte bien réelle.
D'autant que, face à cette montée des tensions, certains signaux d'alerte avaient déjà été lancés. L'appel des Églises la Cenco et l'ECC à privilégier le dialogue, ainsi que la décision de la coalition de l'opposition C64 de reporter sa propre marche, ouvraient une fenêtre d'apaisement. À vouloir trop forcer le destin, on finit par le briser. En maintenant sa mobilisation, l'Union sacrée aurait pris le risque d'apparaître comme le facteur de crispation supplémentaire.
Des voix discordantes
Même au sein de la majorité, des voix discordantes s'étaient fait entendre. Le président intérimaire de l'UDPS, Augustin Kabuya, avait clairement rejeté l'idée de marcher le même jour que l'opposition, estimant que cela relevait d'un "piège". Une prise de position qui traduisait une inquiétude réelle quant aux risques de débordements.
En politique, "les conseilleurs ne sont pas les payeurs", mais encore faut-il savoir écouter les avertissements.
Certes, Augustin Kabuya a également contesté les conclusions du rapport de Human Rights Watch, les qualifiant d'accusations infondées. Il n'en demeure pas moins que la simple existence de ces allégations suffisait à alourdir le climat. "Il n'y a pas de fumée sans feu", dit-on souvent même si la justice doit, seule, établir les responsabilités. Dans un tel contexte, la prudence s'imposait.
Le report de la marche apparaît comme un moindre mal, voire comme un acte de responsabilité. André Mbata a, pour une fois, évité de céder à la tentation du rapport de force. Il a surtout évité à la majorité de se tirer une balle dans le pied ou, pour reprendre une métaphore plus sportive, de marquer contre son propre camp.
L'histoire politique regorge d'exemples où l'entêtement a conduit au chaos. On se souvient du "printemps arabe" en 2011, où des régimes ont sous-estimé la puissance de la rue, avec les conséquences que l'on connaît. "Gouverner, c'est prévoir", disait Émile de Girardin. En choisissant de reporter, André Mbata a peut-être simplement appliqué cette maxime.
Christian-Timothée MAMPUYA