Dernière minute
Société
"Soyez patient les hommes qui savent supporte et attendre sont heureux." La leçon est là, rappelant à ceux qui s'impatientent pour si peu le dividende à tirer en étant patients. Le véhicule Mercedes Benz Sprinter nous aide encore à nous enseigner par cette citation.
…
Culture
Forum éco
Sport
Enjeux de l’heure
Les autorités sanitaires ont fait le point lundi 28 septembre sur trois épidémies. L’Institut national de santé publique (INSP) a présidé une réunion de coordination. Ebola, le choléra et la…
Étranger
L'année 2026 marque le 50e anniversaire du décès du Premier ministre Zhou Enlai. En tant qu'éminent homme d'État et diplomate de la Chine nouvelle, le Premier ministre Zhou a accordé à l'Afrique…
Nation
La Coalition Article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel (C64) accueille favorablement l’appel lancé par James Swan, représentant spécial du Secrétaire général de l’Onu en RDC et chef de…
Beni : un psychologue plaide pour un accompagnement psychosocial des victimes de massacres
L'expérience clinique acquise auprès des survivants des massacres dans la région de Beni révèle que le traumatisme perdure bien au-delà de la fin des violences. Il s'insinue dans le quotidien des victimes, surtout lorsque celles-ci ne bénéficient pas d'un accompagnement approprié.
Depuis plusieurs années, les attaques répétées des ADF ont conduit de nombreuses familles à vivre des deuils successifs, des déplacements forcés, la destruction de leurs biens, la perte de leurs moyens de subsistance et une insécurité persistante. Cette succession d'épreuves engendre ce que la littérature clinique qualifie de traumatisme complexe, dont les effets sont souvent plus profonds et plus durables qu'un traumatisme isolé.
Dans sa pratique clinique, le psychologue Eugène Vomba indique rencontrer régulièrement des survivants présentant des symptômes liés au psychotraumatisme, notamment des cauchemars, une peur permanente, une hypervigilance, des reviviscences des scènes de violence, une profonde tristesse, un sentiment de culpabilité d'avoir survécu ainsi qu'un isolement social. Sans prise en charge adaptée, ces troubles peuvent évoluer vers un stress post-traumatique, une dépression sévère ou d'autres troubles mentaux.
LA SOUFFRANCE PSYCHOLOGIQUE AGGRAVEE PAR L'INSECURITE
À Beni, explique-t-il, cette souffrance psychologique est aggravée par un climat d'insécurité qui persiste. Les survivants continuent souvent de vivre dans des zones exposées aux attaques ou dans des conditions de grande précarité. Chaque nouvelle alerte sécuritaire ou rumeur ravive les traumatismes et compromet leur reconstruction psychologique.
La précarité économique constitue également un facteur aggravant. La perte d'un proche, d'une habitation, des terres agricoles ou des moyens de subsistance plonge de nombreuses familles dans une détresse permanente. Lorsque les besoins essentiels ne sont plus satisfaits, le stress devient chronique et limite fortement les capacités d'adaptation.
Face à cette réalité, l'accompagnement psychosocial apparaît comme une réponse essentielle. Il ne s'agit pas uniquement d'apporter un soutien moral, mais d'une véritable intervention de santé publique destinée à prévenir l'aggravation des troubles psychiques, à renforcer les capacités de résilience et à favoriser la reconstruction des personnes touchées.
Le soutien psychosocial comprend notamment les premiers secours psychologiques, les consultations individuelles, les groupes de parole, la psychoéducation, les visites à domicile, le soutien aux familles, les activités communautaires, la protection des personnes vulnérables ainsi que l'orientation vers des soins spécialisés lorsque cela est nécessaire.
LE DEVELOPPEMENT EMOTIONNEL DES ENFANTS NON ENCADRES
Selon Eugène Vomba, une intervention précoce permet de réduire les risques de troubles mentaux graves, de limiter les violences intrafamiliales liées à la souffrance psychologique, de favoriser le maintien des enfants à l'école, de prévenir les comportements addictifs et de renforcer la cohésion sociale.
Les enfants figurent parmi les personnes les plus exposées. Grandissant dans un environnement marqué par les massacres, les déplacements et le deuil, ils subissent également les conséquences psychologiques de ces violences. Sans accompagnement, leur développement émotionnel, leur apprentissage et leur confiance envers les adultes peuvent être durablement affectés.
Le psychologue estime que la réponse ne peut se limiter aux seules dimensions sécuritaire et médicale. Elle doit être multidisciplinaire et associer psychologues, psychiatres, médecins, travailleurs sociaux, autorités locales, leaders communautaires, organisations humanitaires et institutions publiques afin de favoriser une reconstruction durable des communautés.
Pour Eugène Vomba, les traumatismes causés par les massacres des ADF constituent aujourd'hui un véritable défi de santé publique dans la région de Beni. Il appelle à intégrer pleinement la santé mentale dans les priorités humanitaires et de développement, estimant que survivre aux massacres ne suffit pas si les blessures invisibles continuent de détruire silencieusement les victimes et leurs communautés.
Pascal NDUYIRI