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Haute Cour militaire : le procès de Christian Tshiwewe et ses co-accusés renvoyé au 25 juin
Le rideau s'est levé hier jeudi 4 juin 2026 sur l'un des procès les plus sensibles de ces dernières années en RD-Congo. Devant la Haute Cour militaire, plusieurs officiers supérieurs des Forces armées de la RDC (FARDC), dont d'anciens piliers de l'appareil sécuritaire, comparaissent pour des faits d'une gravité exceptionnelle, allant du complot à la trahison, en passant par l'apologie du terrorisme.
Dans le box des accusés, neuf officiers et un civil. Parmi eux, une figure centrale : le général d'armée Christian Tshiwewe Songesha, ancien chef d'état-major général des FARDC, en fonction de 2022 à janvier 2025. À ses côtés, plusieurs généraux et colonels, dont Maurice Nyembo Kufi, John Ngoy wa Kabia ou encore John Sangwa Muhemo. Tous ont répondu présent à cette première audience technique, à l'exception notable de trois prévenus, dont l'ancien inspecteur général des FARDC, le général John Numbi, en fuite depuis 2021.
DES CHEFS D'ACCUSATION GRAVES
Les prévenus font face à une série d'infractions lourdes : complot contre l'État, trahison, apologie du terrorisme, propagation de faux bruits, violation des consignes militaires, détention à l'étranger, détention illégale d'armes de guerre et incitation à la désobéissance. Certains de ces faits sont passibles de peine de mort en droit congolais.
Selon l'accusation, ces actes s'inscrivent dans un projet structuré visant à "détruire ou modifier l'ordre constitutionnel" en République démocratique du Congo. Le ministère public affirme que ce complot aurait impliqué plusieurs officiers supérieurs agissant de concert, notamment par des réunions clandestines et des échanges numériques.
ARMES, CONSIGNES VIOLÉES ET COMPLOT
Le général Christian Tshiwewe, présent à l'audience, est au cœur des poursuites. Il lui est notamment reproché d'avoir détenu illégalement un important arsenal militaire dans sa résidence de la Gombe à Kinshasa. L'acte d'accusation évoque "douze RPG-7, plusieurs fusils d'assaut AK-47, des milliers de munitions et des roquettes", détenus "sans titre ni droit".
Au-delà de ces faits, la justice militaire accuse l'ancien chef d'état-major d'avoir violé des consignes militaires strictes. Il aurait, selon l'accusation, recruté et utilisé à des fins personnelles certains officiers supérieurs sans autorisation hiérarchique. Ces agissements constituent, selon le parquet, une "violation grave des règles de discipline et de commandement au sein de l'armée".
Mais l'accusation la plus lourde reste celle de complot. Le général Tshiwewe est soupçonné d'avoir participé à un projet visant à renverser le régime en place par la force.
"La résolution d'agir s'est manifestée par l'adhésion à ce projet, la tenue de réunions nocturnes et la détention d'armes en quantité importante", a fait savoir le greffier qui lisait la citation à comparution.
Les enquêteurs affirment s'appuyer notamment sur des conversations issues de messageries numériques et sur des analyses de données téléphoniques et bancaires. Selon l'auditeur général, "le complot transpire dans les échanges", certains messages révéleraient des prises de position favorables à des mouvements rebelles et à l'ancien président Joseph Kabila.
JOHN NUMBI, ABSENT DU PROCÈS
Absent du procès, le général John Numbi fait l'objet de poursuites encore plus étendues. Il est accusé de désertion à l'étranger depuis 2021, après avoir quitté le territoire national sans autorisation. Mais surtout, il est soupçonné d'avoir joué un rôle central dans l'organisation du complot.
Le ministère public affirme qu'il aurait "conçu, planifié et coordonné" un projet de renversement du pouvoir depuis l'étranger. Parmi les éléments à charge figurent des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux dans lesquelles il appelait les forces armées et la police à ne plus obéir au président de la République. Dans ces messages, il aurait également exigé la démission du chef de l'État, menaçant de "lui arracher le pouvoir par les armes" en cas de refus.
Le parquet lui reproche aussi d'avoir propagé de fausses informations susceptibles de "troubler l'ordre public et inciter la population contre les institutions établies". Ces déclarations, selon l'accusation, visaient à affaiblir l'autorité de l'État et à encourager une insurrection militaire.
Le dossier a également connu lieu à un débat autour du calendrier. La Haute Cour a évoqué un renvoi d'un mois, que les avocats de la défense n'ont pas accepté. Ils ont plaidé pour un délai plus court, afin de permettre à leurs clients, après de longues périodes de détention, de consulter plus efficacement les pièces du dossier.
Après échanges, un compromis a été trouvé : la prochaine audience est fixée au jeudi 25 juin 2026. La Haute Cour militaire devra notamment statuer sur la demande de jugement par défaut avant d'entrer dans le fond du dossier.
Christian-Timothée MAMPUYA.