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Grands Lacs : à l'Onu, Kinshasa et Kigali s'affrontent sur fond de lectures irréconciliables du conflit
Les tensions diplomatiques demeurent vives entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, chacun continuant d'accuser l'autre de violer les engagements pris dans le cadre des processus de paix en cours, notamment celui de Washington, conduit sous les auspices des États-Unis d'Amérique, représentés par l'administration du président Donald Trump.
Ce nouvel épisode de crispation s'est illustré mercredi 15 avril à New York, lors d'une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies consacrée à la situation dans la région des Grands Lacs. Une séance marquée par des divergences profondes sur l'interprétation des causes et des responsabilités du conflit qui secoue l'Est de la RDC. Kinshasa exige le retrait immédiat des troupes rwandaises de son territoire, tandis que Kigali met en avant la menace que représenteraient les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).
"…l'idéologie génocidaire rwandaise est incompatible à l'ADN du congolais"
Prenant la parole devant les États membres, l'Ambassadeur Zénon Mukongo Ngay, représentant permanent de la République démocratique du Congo auprès des Nations unies, a livré une charge appuyée contre la thèse rwandaise, en défendant la cohésion sociologique congolaise et en rejetant toute transposition d'une idéologie génocidaire sur le territoire national.
"Lorsque le représentant du Rwanda, invoquant le génocide rwandais de 1994, vous dit que ce génocide a ses auteurs en République Démocratique du Congo, vous avez l'impression qu'il parle des congolais, il ne parle pas des congolais, il parle des Rwandais. Les FDLR dont ils sont en train de parler ce sont des Rwandais qui ont fui le Rwanda, qui sont rentrés sur les territoires de la République Démocratique du Congo justement parce qu'au Rwanda il n'ya que deux tribus qui s'affrontent, au Rwanda il est impossible à ces deux tribus de cohabiter tandis qu'en RDC il existe plus de 450 tribus coexistent et vivent ensemble en parfaite harmonie. L'idéologie génocidaire que le Rwanda tente de transposer sur le territoire congolais est incompatible à l'ADN du congolais, avec la réalité sociologique congolaise", a déclaré le représentant permanent de la RDC à l'ONU.
Dans le même élan, le diplomate congolais a rappelé une déclaration attribuée à un ancien représentant rwandais en poste à Kinshasa, estimant que les FDLR ne constitueraient plus une menace pour Kigali. Une référence utilisée par Kinshasa pour remettre en question la persistance de cet argument sécuritaire dans le discours officiel rwandais.
"C'est pourquoi nous considérons que ce discours qu'ils sont entrain de véhiculer est bien pour le Rwanda, il n'est pas bon pour la République Démocratique du Congo. Les FDLR sont venus du Rwanda, il y a un moment, un éminent ambassadeur rwandais en poste à Kinshasa avait lui-même déclaré que les FDLR ne constituaient plus une menace pour le Rwanda. Cette déclaration est accessible publiquement sur la toile, ce cyclique, aujourd'hui, ils vont dire les FDLR, demain, ils vont vous dire le discours de haine et lendemain, ils vont encore sortir une carte", a-t-il fait remarquer dans son intervention devant le Conseil de sécurité.
Poussant plus loin son argumentaire, Zénon Mukongo Ngay a dénoncé ce qu'il considère comme une inversion des responsabilités dans la qualification du discours de haine, au regard des violences subies par les populations civiles congolaises dans les zones de conflit.
"Mais comment qualifier de discours de haine la réaction d'un peuple dont les femmes, les enfants et les familles sont victimes de massacres ? Un pays armé qui intervient sur le territoire d'un autre, causant des pertes humaines, ne peut attendre en retour un discours d'accueil. Peut-on considérer que le discours de haine est plus grave que les massacres ? Combien de Congolais ont été tués depuis l'occupation de Goma, Bukavu ou Uvira ? Combien?", a-t-il interrogé avec insistance.
Réaffirmant la posture diplomatique de Kinshasa, l'ambassadeur a insisté sur la volonté de la RDC de poursuivre les efforts de paix, sous l'impulsion du président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, présenté comme un "homme de paix" engagé dans les mécanismes régionaux et internationaux de résolution du conflit.
"De Doha à Washington, ici au Conseil de sécurité ainsi qu'au sein de l'Union africaine, la RDC demeurera de bonne foi engagée pour faire la paix avec tous ses voisins. Le succès de cette démarche requiert, en contrepartie, que tous les partenaires, signataires et garants de l'Accord-cadre d'Addis-Abeba soient animés du même esprit et de la même détermination en faveur d'une région des Grands Lacs pacifiée, stable et prospère", a-t-il rassuré.
"Nous n'avons pas besoin de l'effusion du sang...ils doivent se rendre pour regagner leur patrie, le Rwanda"
Sur le terrain, les dynamiques militaires traduisent également la complexité du dossier. À Kisangani, le lieutenant-général Ychaligonza Jacques, commandant adjoint de l'état-major général des FARDC, a officiellement lancé, le dimanche 29 mars au camp général Bauma, une opération de traque des éléments des FDLR encore présents en territoire congolais.
"De grè ou de force, ils doivent nous rendre les armes. Nous n'avons pas besoin de l'effusion du sang...ils doivent se rendre pour regagner leur patrie, le Rwanda. Ce n'est pas ici au Congo", avait-il déclaré.
Selon lui, la phase de sensibilisation a déjà été menée, ouvrant la voie au cantonnement des éléments qui se rendront dans un site prévu à Kisangani. Une opération qu'il inscrit dans le cadre de l'accord de Washington entre la RDC et le Rwanda.
"C'est garantie. C'est une opération qui est suivie par tout le monde, même la communauté internationale. C'est une opération qui est suivie jusqu'à ce que nous allions les rapatrier chez eux", avait-il assuré, précisant que trois bataillons des FARDC sont mobilisés.
Dans ce contexte de méfiance persistante et de narratifs opposés, la controverse autour des FDLR continue d'alimenter l'un des nœuds les plus sensibles du conflit dans l'Est congolais, malgré les cadres diplomatiques mis en place. Kinshasa et Kigali, chacun campé sur ses positions, peinent encore à rapprocher durablement leurs lectures du terrain, au risque de prolonger l'impasse sécuritaire dans la région des Grands Lacs.
Jérémie ASOKO