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Gouvernement d’union nationale : Muzito accepte, Fayulu entretient le flou, Sessanga et Kabund refusent
L’heure est grave. La RDC fait face à une agression qui ne dit pas son nom dans sa partie orientale. Conscient de cette situation, le «coach» Fatshi a décidé d’ouvrir un mercato spécial baptisé «Union nationale». Son objectif : modifier son système de jeu en insufflant du sang neuf. Selon le constat fait le jeudi 27 février par Forum des As, si certains acteurs politiques se montrent ouverts, d’autres dénoncent une manœuvre politique destinée à renforcer le pouvoir du président Fatshi. Entre adhésion, scepticisme et rejet, les réactions sont diverses.
Mais loin d’un simple remaniement ministériel, cette initiative se veut avant tout une réponse nationale à la crise sécuritaire qui secoue le pays. La priorité absolue : le salut de la patrie, quitte à rassembler les acteurs politiques de la majorité présidentielle et de l’opposition sous un même maillot.
Le coach Fatshi espère surtout attirer dans son effectif les grosses pointures du FC Opposition. Mais tous ne semblent pas prêts à quitter leur camp pour rejoindre le FC Majorité, même si l’enjeu national est de taille. C’est notamment le cas du parti Envol, dirigé par Delly Sessanga, qui a rejeté l’offre du président Félix Tshisekedi.
Selon le parti de Sessanga cette démarche ne résoudra pas la crise
En réponse à l’annonce d’un gouvernement d’union nationale élargi à l’opposition, le parti estime que cette démarche ne résoudra en rien la crise sécuritaire dans l’Est du pays.
«Par l’annonce d’un gouvernement d’union nationale, Félix Tshisekedi veut faire croire avoir trouvé la solution miracle à la crise sécuritaire. Mais en réalité, il ne s’agit que d’une manœuvre politique visant à renforcer son pouvoir personnel, plutôt qu’à résoudre la crise», a déclaré Rodrigue Ramazani, secrétaire général de Envol, dans une interview à Actualité.CD.
Selon lui, la RDC a déjà connu de telles initiatives sous le régime de Mobutu, sans résultats probants. Sessanga estime que le vrai problème réside dans la mauvaise gouvernance et les accords passés avec certains pays voisins, qu’il juge défavorables à la nation congolaise.
Même son de cloche du côté de Jean-Marc Kabund, ancien président intérimaire de l’UDPS, récemment libéré après deux ans et demi de prison. Opposant farouche à Félix Tshisekedi, il refuse de cautionner ce qu’il considère comme une instrumentalisation politique de la crise sécuritaire.
«Je refuse de cautionner une instrumentalisation politique de la crise sécuritaire. Donc, je ne suis ni demandeur ni preneur», a-t-il affirmé dans une interview à Jeune Afrique.
M. Kabund accuse le pouvoir en place de violer les lois et de réprimer les voix critiques, ce qui, selon lui, rend impossible une véritable union nationale.
Muzito favorable
Contrairement à Sessanga et à Kabund, l’ancien Premier ministre Adolphe Muzito s’est dit prêt à travailler avec Félix Tshisekedi dans le cadre de ce gouvernement d’union nationale. Sa motivation principale : la nécessité d’unir les forces pour faire face à l’agression menée contre la RDC par le Rwanda sous couvert des rebelles du M23.
«Le pays est en guerre et a besoin de l’apport de tous ses fils et filles. Je suis prêt à apporter ma modeste contribution à cet effort de guerre», a-t-il déclaré à Jeune Afrique.
Toutefois, Muzito ne veut pas rejoindre l’Union Sacrée, la coalition présidentielle. Il conditionne sa participation à la prise en compte de son programme économique, qu’il considère comme essentiel pour relancer le développement du pays.
«Quels sont les aspects sur lesquels nous pouvons dégager des convergences avec sa majorité ? Même dans les vieilles démocraties comme en Allemagne, la droite et la gauche peuvent collaborer en trouvant un compromis sur certaines politiques publiques», a-t-il précisé.
Fayulu entretient le flou
Martin Fayulu, leader de l’ECiDé et figure emblématique de l’opposition, a appelé à l’unité face à la crise sécuritaire. Mais contrairement à Muzito, il n’a pas clairement exprimé s’il était prêt ou non à rejoindre le gouvernement d’union nationale.Dans un message publié le jeudi 27 février, il a insisté sur la nécessité d’une cohésion nationale pour éviter l’effondrement du pays.
«Notre pays est en train d’être détruit sous nos yeux. Il est impératif d’agir sans tarder pour empêcher l’irréparable, à savoir la balkanisation du Congo, une menace imminente qui met en péril notre souveraineté. Nous n’avons plus d’autre alternative : il est temps de sauver notre nation du spectre d’effondrement», a-t-il dit. «La guerre qui ravage actuellement notre territoire menace l’unité même de notre nation. Dans ce contexte d’extrême urgence, la cohésion nationale doit s’imposer comme notre priorité politique absolue»
Cependant, M. Fayulu pose une condition : il souhaite que toute démarche politique se fasse dans le cadre de l’initiative des évêques de la Cenco et des pasteurs de l’ECC, qui ont récemment organisé des consultations pour un «pacte social pour la paix et le vivre-ensemble».
Il exhorte également Corneille Nangaa, ancien président de la Ceni et aujourd’hui allié des rebelles, à déposer les armes. Il interpelle aussi Joseph Kabila, l’invitant à s’impliquer activement en faveur de la paix.
Tshisekedi joue une carte politique majeure
Le président Félix Tshisekedi joue une carte politique capitale avec cette initiative de gouvernement d’union nationale. Si certaines figures de l’opposition comme Muzito se montrent ouvertes au dialogue, le rejet catégorique de Sessanga et Kabund, ainsi que la position de Fayulu, montrent que le consensus est loin d’être acquis.
L’avenir dira si ce projet aboutira à une véritable union nationale ou s’il ne restera qu’une manœuvre politique sans impact réel sur la crise. En attendant, la RDC continue de jouer un match décisif pour son avenir, où chaque acteur politique devra choisir son camp.
Christian-Timothée MAMPUYA