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Ebola : près de 1 000 cas suspects recensés en RDC, le gouvernement intensifie la riposte dans trois provinces
La République démocratique du Congo fait face à une progression préoccupante de sa 17ᵉ épidémie d’Ebola. Lors d’un briefing presse coanimé mardi 26 mai à Kinshasa avec le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, le ministre de la Santé publique, Samuel Roger Kamba, a annoncé qu’environ 1 000 personnes présentant des symptômes compatibles avec Ebola sont actuellement suivies, dont 101 cas confirmés, tandis que 3 600 cas contacts font l’objet d’une surveillance rapprochée.
Face à la presse, le ministre a tenu à dresser un état des lieux détaillé de la situation sanitaire, tout en appelant à la vigilance collective sans céder à la panique. « Nous sommes encore au début de l’épidémie », a-t-il averti, rappelant que la période d’incubation du virus peut aller jusqu’à 21 jours.
Selon les chiffres communiqués, environ 200 à 220 décès suspects sont actuellement enregistrés, bien que 17 décès aient été formellement confirmés positifs à Ebola après analyses en laboratoire. Samuel Roger Kamba a insisté sur la prudence nécessaire dans la lecture des données, expliquant que le gouvernement a choisi la transparence maximale dans la communication autour de l’évolution de l’épidémie.
«Nous donnons volontairement les chiffres les plus larges, incluant les cas suspects, pour éviter toute accusation de rétention d’informations et permettre à chacun de mesurer l’ampleur de la situation», a-t-il expliqué.
TROIS PROVINCES CONCERNÉES
À ce stade, l’épidémie reste circonscrite à trois provinces : l’Ituri, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. Le ministre a tenu à démentir les rumeurs circulant sur une éventuelle extension du virus vers d’autres provinces.
«Nous recevons de nombreuses alertes à travers le pays, mais à ce jour aucun cas n’a été confirmé en dehors de ces trois provinces», a-t-il assuré.
Le foyer le plus actif demeure l’Ituri, où plusieurs zones de santé concentrent la majorité des cas recensés. Au total, onze zones de santé sont actuellement affectées entre les trois provinces.
130 PATIENTS DÉJÀ PRIS EN CHARGE
Le gouvernement indique que 130 personnes sont actuellement isolées et traitées dans les centres de prise en charge. En l’absence de vaccin spécifique contre cette souche d’Ebola, la réponse médicale repose essentiellement sur des soins symptomatiques : réhydratation, assistance respiratoire, traitement des complications hémorragiques et suivi intensif.
Samuel Roger Kamba a toutefois révélé qu’une démarche est en cours auprès des États-Unis afin d’obtenir un anticorps monoclonal expérimental susceptible d’être administré dans le cadre d’un essai clinique.
«Nous avons officiellement sollicité la mise à disposition de cette molécule afin de pouvoir traiter les malades. Si elle nous est accordée, elle sera utilisée dans un cadre clinique encadré», a-t-il précisé.
UNE FORTE COMMUNICATION COMMUNAUTAIRE ET UN RENFORCEMENT LOGISTIQUE
Au-delà de la prise en charge médicale, le gouvernement mise fortement sur la communication communautaire pour freiner la propagation du virus. Les équipes sanitaires sont déployées sur le terrain pour sensibiliser les populations aux gestes de prévention, notamment l’évitement des contacts physiques avec les malades ou les défunts.
Les enterrements sécurisés figurent parmi les priorités de la riposte. «Une personne décédée d’Ebola reste fortement contaminante. Le respect des protocoles funéraires sécurisés est essentiel», a rappelé le ministre.
Plus de cinq tonnes de matériel médical et de protection ont déjà été acheminées vers les zones affectées. Des kits supplémentaires continuent d’être déployés dans plusieurs centres de santé, malgré d’importants défis logistiques liés à l’accès difficile à certaines localités.
Interrogé sur les pistes d’amélioration de la prévention en dehors des périodes épidémiques, Samuel Roger Kamba a annoncé le lancement imminent d’un vaste programme de 60 000 relais communautaires à travers le pays.
Ces agents, répartis au cœur des communautés, auront pour mission de sensibiliser les ménages, détecter précocement les alertes sanitaires et renforcer la surveillance épidémiologique de proximité.
«Nous voulons que la communication sanitaire ne soit plus ponctuelle, mais permanente», a expliqué le ministre, affirmant que ce dispositif permettra à l’avenir d’identifier plus rapidement les signaux d’alerte.
APPEL AUX MÉDIAS POUR ÉVITER LA PSYCHOSE
De son côté, Patrick Muyaya a insisté sur le rôle essentiel des journalistes et des médias sociaux dans la lutte contre la désinformation autour de l’épidémie.
«Plus on entend des chiffres, plus certains ont peur. Il est essentiel que l’information diffusée soit précise, pédagogique et responsable», a déclaré le porte-parole du gouvernement.
Le ministre de la Communication a appelé les professionnels des médias à accompagner les efforts de sensibilisation pour éviter la psychose et renforcer la confiance des populations envers les dispositifs sanitaires.
Alors que la RDC mobilise une nouvelle fois son expertise acquise au fil des précédentes flambées épidémiques, les autorités reconnaissent que la bataille sera longue. Selon les estimations avancées lors du briefing, la riposte pourrait s’étendre sur trois à six mois, selon l’évolution de la courbe de contamination.
Pour Kinshasa, une certitude demeure : contenir rapidement la propagation du virus tout en rassurant les populations reste désormais le défi majeur des semaines à venir.
Jérémie ASOKO