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Simon Kimbangu au cœur des débats pour une reconnaissance nationale, africaine et mondiale
Un appel à reconnaître officiellement Simon Kimbangu comme héros national en République démocratique du Congo a retenti le week-end dernier à l’occasion du lancement de la deuxième édition de la «Semaine culturelle de la conscience africaine» (Secucaf), lors d’une visioconférence entre Kinshasa et Bruxelles.
Cette rencontre a eu comme objectif de questionner la signification profonde du 6 avril, une date symbolique qui incarne l’héroïsme de Simon Kimbangu, homme de paix et figure majeure de la conscience africaine. Pourtant, malgré son engagement non violent contre le colonialisme belge, il ne bénéficie à ce jour d’aucune reconnaissance officielle comme héros national, ni en RDC ni ailleurs.
«Nous voulons combler ce manque de reconnaissance», a déclaré Pitchou Matouasilua, coordonnateur de la structure «Tokanisa Mboka», devant une centaine de participants réunis au bâtiment administratif Tembe na Tembe, dans la commune de Lingwala à Kinshasa.
Cette conférence marquait également le coup d’envoi d’une série d’activités prévues du 4 au 12 avril dans le cadre de la Secucaf, à cheval entre Kinshasa et Bruxelles, en l’honneur de la date du 6 avril, dédiée à Simon Kimbangu.
Des panafricanistes au rendez-vous
«Nous avons réuni ici des figures du panafricanisme. Depuis la première édition de la Secucaf l’an dernier, notre espoir est de voir le combat de Simon Kimbangu couronné par une reconnaissance nationale officielle», a-t-il poursuivi.
«Ce qui a été fait jusque-là reste timide. Il y a comme une forme de frilosité, voire de peur. Mais de quoi avons-nous peur exactement ? Pourquoi ne pas assumer pleinement cet héritage et reconnaître Simon Kimbangu comme héros national ? Dès ce lundi, nous partagerons à plusieurs reprises le lien Zoom pour permettre à toutes et à tous de suivre et participer aux échanges à distance».
"Révélateur des choses cachées"
Depuis Bruxelles, Kalemba Constantino a apporté un éclairage spirituel à la mission de Simon Kimbangu : «Son œuvre était d’origine divine. Nous, Kimbanguistes, comprenons que le Saint-Esprit, annoncé par Jésus-Christ, s’est manifesté à travers lui. À l’époque coloniale, il a éveillé les consciences, au point de bousculer les structures établies. Quand il disait : «Le Noir deviendra Blanc et le Blanc deviendra Noir» c’était un message fort, porteur de renversement des valeurs dominantes».
Kalemba Constantino a également rappelé la portée symbolique du nom Kimbangu, qui signifie en kikongo «révélateur des choses cachées et obscures». Selon lui, dans la tradition Kongo, un nom n’est jamais anodin : il reflète une mission de vie. «L’existence de Papa Simon Kimbangu montre qu’il a accompli le sens profond de son nom», a-t-il souligné.
De son côté, M. Amsini Sadiki a élargi le champ du possible : «Si nous sommes convaincus de la portée historique et spirituelle de Simon Kimbangu, pourquoi ne pas envisager une reconnaissance continentale par l’Union africaine ? Et pourquoi pas une proclamation universelle par les Nations unies ? Ce sont des démarches possibles. Nous y travaillons déjà à travers nos diverses initiatives».
Honorer Mama Muilu auX côtéS de son mari
Lors de la rencontre, Suzanne Monkasa, présidente de la Plateforme des «Femmes de la diaspora congolaise de Belgique», a également souligné l’importance d’honorer Mama Muilu Kiangani, épouse de Simon Kimbangu.
D’après Suzanne Monkasa, Mama Muilu a été reconnue femme d’exception ici, en Belgique. Chaque année, un prix portant son nom est remis.
«Le Prix Mama Muilu est décerné à des femmes africaines engagées, venant de divers pays. Ce travail de mémoire, nous le menons en partenariat avec "Tokanisa Mboka". Car, comme on le dit souvent, à côté d’un grand homme, il y a aussi une grande femme».
La clôture de cette semaine culturelle, organisée par «Tokanisa Mboka» et «l’Union de la jeunesse kimbanguiste», interviendra le 12 avril avec la représentation théâtrale de «Natuni yo Congo», une pièce qui interroge de manière symbolique le pays sur son silence officiel concernant Simon Kimbangu.
Figure spirituelle et résistante face au pouvoir colonial, Simon Kimbangu, fondateur du kimbanguisme, fut emprisonné en 1921 et mourut en détention en 1951. Son message de libération et de justice inspira de nombreux mouvements d’émancipation à travers l’Afrique.
Tricya MUSANSI