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RDC-Chine : Ahombo Liliane plaide pour une banque agricole et des réformes dans les 145 territoires
La conquête du marché chinois ne se gagnera pas uniquement grâce à la suppression des droits de douane. Elle exige une transformation profonde du secteur agricole congolais, fondée sur le financement des producteurs, la formation des agronomes ruraux, la mécanisation et une meilleure organisation des espaces de production. C'est le plaidoyer de la professeure Ahombo Liliane, docteure en sciences politiques et administratives et directrice exécutive du Centre d'études stratégiques et de sécurité internationale (Cessi), qui appelle à une politique agricole nationale capable de faire bénéficier les 145 territoires de cette ouverture commerciale.
Pour l'experte, l'ouverture du marché chinois représente une occasion de repenser les fondements de l'agriculture congolaise. Mais sans réformes structurelles, cette opportunité risque de rester concentrée entre les mains de quelques opérateurs, sans retombées significatives pour les producteurs locaux.
L'un des premiers défis consiste à rompre avec une agriculture essentiellement traditionnelle et de subsistance. La RDC doit, selon elle, organiser son potentiel agricole en fonction des spécificités de chaque territoire, en créant des zones de production adaptées aux ressources et aux avantages de chaque entité.
UNE BANQUE AGRICOLE POUR FINANCER LES PRODUCTEURS
Dans cette perspective, elle insiste sur la nécessité d'une planification territoriale stratégique, susceptible de mieux orienter les investissements et de structurer les filières agricoles.
L'accès au financement demeure un levier essentiel de cette transformation. Pour permettre aux agriculteurs d'accroître leur production et de répondre aux exigences des marchés internationaux, Ahombo Liliane préconise la création d'une banque agricole proposant des crédits à faibles taux d'intérêt.
Un tel mécanisme permettrait aux producteurs de financer leurs exploitations, d'acquérir des équipements et d'améliorer leurs capacités de production.
UN ENCADREMENT TECHNIQUE PERMANENT DES PRODUCTEURS
À cette réforme financière doit s'ajouter la modernisation des techniques agricoles, notamment par la généralisation de la mécanisation, afin d'accroître les rendements et de sortir progressivement les exploitations de la faible productivité.
La transformation agricole passe également par le renforcement des compétences humaines. La directrice exécutive du Cessi plaide pour un encadrement technique permanent des producteurs, par la formation et le déploiement obligatoire d'agronomes ruraux sur le terrain.
Elle recommande par ailleurs une réforme des programmes d'enseignement en agronomie, avec l'intégration de filières consacrées aux technologies agroalimentaires et au contrôle qualité.
L'objectif est de doter les agriculteurs des connaissances nécessaires pour améliorer leurs pratiques, respecter les normes internationales et produire des marchandises compétitives sur les marchés extérieurs.
Cette ambition suppose également que la relance agricole ne soit pas limitée à Kinshasa et à ses environs. L'experte considère l'inclusion des 145 territoires comme une condition fondamentale pour faire de l'agriculture un véritable instrument de développement national.
PROFITER A L'ENSEMBLE DU TISSU AGRICOLE CONGOLAIS
Au-delà des réformes techniques et financières, Ahombo Liliane met en garde contre une exploitation inégalitaire des avantages commerciaux accordés par la Chine.
Pour elle, l'ouverture du marché chinois doit profiter à l'ensemble du tissu agricole congolais, particulièrement aux petits producteurs, qui constituent une composante essentielle de la production nationale.
Son avertissement est sans ambiguïté : " Sans une politique publique agricole clairement définie, cette opportunité restera l'apanage de quelques individus, sans aucun impact réel sur la réduction de la pauvreté. "
Un constat qui place la responsabilité de l'État au centre du processus. La création d'une banque agricole, la mécanisation, la formation professionnelle et l'aménagement de zones agricoles adaptées ne doivent plus être considérés comme de simples perspectives, mais comme les fondations d'une stratégie nationale cohérente.
En définitive, la professeure Ahombo Liliane appelle Kinshasa à dépasser la seule satisfaction de voir ses produits accéder au marché chinois. L'enjeu est désormais de construire une agriculture suffisamment organisée, financée et productive pour transformer cette ouverture commerciale en richesse nationale, en emplois et en réduction durable de la pauvreté.
DK