Dernière minute
Société
Le ministre d’État, ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa, a ordonné à l’Auditeur général des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) d’ouvrir une enquête judiciaire après la diffusion d’une vidéo montrant de graves violences présumées impliquant des…
Culture
Forum éco
Enjeux de l’heure
* Des voix se lèvent pour la nomination de Lisanga Bonganga, Gabriel Mokia, Yves Kabaidi et Dorcas Adikoko au sein de l'équipe gouvernementale.
Dans l'opinion, les rumeurs sur le…
Étranger
À la tribune du Forum diplomatique d’Antalya 2026, le Président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, a livré une intervention dense et structurée, au croisement des enjeux…
Nation
Le Courant des Démocrates Rénovateurs, CDER, avance avec une ligne claire : organiser, structurer et s'unir autour de la vision de son initiateur, Jean-Lucien Busa. Une orientation assumée par ses…
Présumé détournement des fonds : Mutamba auditionné
* Le deuxième rendez-vous fixé pour ce vendredi.
Le ministre d’État en charge de la Justice et Garde des sceaux, Constant Mutamba, a été entendu ce mardi 3 juin 2025 par le Procureur général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde Mambu, dans le cadre de l’instruction préjuridictionnelle liée au détournement présumé de 39 millions de dollars américains. Des fonds destinés à la construction d’une maison carcérale à Kisangani, dans la province de la Tshopo.
L’effervescence était palpable dès la fin de matinée le long du boulevard du 30 juin. Des dizaines de militants s’étaient massés devant les grilles du Parquet général près la Cour de cassation. Au centre de leur ferveur, un homme : Constant Mutamba, ministre d’État chargé de la Justice, attendu dans les locaux du plus haut parquet du pays pour répondre à l’invitation du procureur.
Vêtu d’un costume abacost
Peu après midi, la silhouette du ministre, vêtu d’un costume abacost sobrement ajusté, est apparue dans la cour du Parquet. À ses côtés, son avocat-conseil, Me Tharcis Matadi Wamba, le visage fermé, concentré. La démarche de Mutamba est assurée, mais l’atmosphère est tendue. Les journalistes, tenus à distance, n’ont obtenu aucune déclaration. Le ministre pénètre dans les locaux judiciaires sans mot dire, accueilli par les autorités du Parquet.
L’ambiance, pourtant bruyante dehors, s’est soudainement figée dans un silence pesant dès qu’il a pénétré le couloir du Parquet, comme si le temps lui-même suspendait son cours.
Car l’heure était grave : Constant Mutamba est visé par une instruction préjuridictionnelle ouverte par le Procureur général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde Mambu, sur fond de soupçons de détournement de fonds publics. Il s’agit d’une somme colossale de 39 millions de dollars américains, censés financer la construction d’un nouveau centre pénitentiaire à Kisangani, dans la province de la Tshopo. Des fonds initialement affectés aux réparations pour les victimes de la guerre de six jours, dont l’acheminement et l’utilisation sont désormais sous le feu des projecteurs.
Procédure préjuridictionnelle
À l’intérieur du Parquet, l’audition s’est déroulée à huis clos, dans le cadre strict d’une procédure dite préjuridictionnelle, autrement dit une étape préparatoire qui permet au procureur d’évaluer la pertinence d’éventuelles poursuites.Selon des sources proches du dossier qui se sont confiées à nos confrères de 7sur7, cette première comparution-là n’a pas été consacrée à des échanges de fond. Elle s’est limitée à l’identification formelle du ministre et à la présentation des charges retenues contre lui.
À l’issue de cette séquence, le procureur général Firmin Mvonde a accordé au ministre un délai de 48 heures pour préparer ses éléments de défense. Il est donc attendu de nouveau dans ces mêmes locaux le vendredi 6 juin. Ce jour-là, il devra présenter, point par point, ses arguments, pièces justificatives à l’appui, dans l’espoir de convaincre l’accusation de l’inanité des poursuites.
Car selon la loi congolaise, c’est à l’issue de cette phase préparatoire que le Parquet décidera s’il y a lieu de poursuivre ou non. Deux options sont sur la table : soit classer l’affaire sans suite, si les éléments de défense s’avèrent solides ; soit transmettre le dossier à la Cour de cassation pour ouverture d’un procès. Une décision qui pourrait marquer un tournant judiciaire et politique dans l’histoire récente du pays.
Des accusations graves
L’affaire ne serait sans doute pas aussi scrutée si elle ne touchait pas à la fois à des enjeux judiciaires, budgétaires et éthiques. Les accusations sont graves : détournement de fonds publics et violation des règles de passation des marchés publics. Il est notamment reproché à Constant Mutamba d’avoir ordonné le paiement d’une avance de 19 millions de dollars dans le cadre d’un marché de gré à gré, sans approbation préalable de l’autorité compétente.
Ces griefs, révélés au grand jour à la suite d’une demande officielle du procureur général, ont été jugés suffisamment sérieux par l’Assemblée nationale pour qu’elle vote, le 29 mai dernier, la levée de l’immunité parlementaire du ministre. Une décision qui a surpris plus d’un, tant la démarche est rare sous la Ve République congolaise.
L’attente muée en clameur
À la sortie, Constant Mutamba n’a pas été retenu. Il est reparti du Parquet en homme libre. Et lorsque le ministre est ressorti, deux heures plus tard, l’attente s’est muée en clameur. Une nuée de partisans l’ont accueilli en héros, en chantant des slogans d’innocence et de résistance. Dans cette marée humaine, certains y voyaient l’expression d’un soutien populaire spontané, d’autres une tentative de pression politique sur une justice encore fragile.
Mais malgré les cris de joie et les flashes des téléphones portables, Constant Mutamba est resté mutique. Aucune déclaration à la presse. Aucun commentaire sur l’affaire. Seul le silence, encore une fois, semblait traduire l’état d’esprit d’un homme désormais suspendu à une décision de justice qui pourrait redéfinir son avenir politique.
Car l’instruction n’est qu’à ses débuts. À ce stade, aucune inculpation formelle n’a été prononcée. Le procureur peut, à tout moment, convoquer le ministre autant de fois qu’il le jugera nécessaire, jusqu’à se forger une conviction claire. Ce n’est qu’après un examen complet des moyens de défense que sera prise la décision de classer l’affaire sans suite ou de la transmettre à la Cour de cassation pour fixation et début d’un éventuel procès.
Christian-Timothée MAMPUYA