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Olivier Kamitatu : « La solution est une armée nationale bien équipée, bien encadrée »
Olivier Kamitatu Etsu, directeur de cabinet et porte-parole de Moïse Katumbi, s’est exprimé sur TV5Monde, sur les vives tensions en cours entre la RDC et le Rwanda. Pour l’ancien président de l’Assemblée nationale, le Congo n’a pas besoin de l’armée étrangère pour pacifier sa partie orientale. « Les Congolais peuvent assurer l’ordre et restaurer l’autorité de l’Etat congolais chez eux. On n’a pas besoin des étrangers pour ça. »
Ces armées étrangères, ça fait vingt ans qu’elles viennent, elles viennent, elles repartent, elles reviennent, on les invite, parfois on ne les invite pas. La solution est une armée nationale qui soit bien équipée, bien encadrée. Moïse Katumbi l’avait bien dit il y a quelques années, en 2019, en visitant les camps des déplacés internes à Bunia. Il avait : ‘’Donnons les moyens à l’armée congolaise d’assumer ses fonctions, parce que nous avons confiance dans nos officiers, dans notre armée’’. Malheureusement aujourd’hui elle est mal gérée, elle est mal encadrée. Il faut absolument que nous nous ressaisissions. Les Congolais peuvent assurer l’ordre et restaurer l’autorité de l’Etat congolais chez eux. On n’a pas besoin des étrangers pour ça. L’importance de l’interview et l’actualité étant telles que Forum des As publie in extenso cet entretien.
TV5Monde : La voie diplomatique demeure l’option idéale privilégiée pour u la paix durable dans l’Est de la RDC. C’est ce qu’a dit le président Tshisekedi cité aujourd’hui par le ministre de la Culture. Le point devue du président qui est partagé par Moïse Katumbi ?
Olivier Kamitatu ; Moïse Katumbi l’a déjà exprimé de manière très claire. C’est que nous devons à la fois sécuriser toutes les populations dans l’Est du pays. Cela fait plus de 25 ans aujourd’hui que les populations de l’Est souffrent leur martyre. 5 ans de souffrance. Ce qui fait qu’aujourd’hui nous avons à désarmer et à éradiquer la violence des groupes armés dans l’Est du pays. Nous avons surtout également à éviter la stigmatisation de nos communautés congolaises et nous avons aussi à discuter dans un dialogue franc ; constructif avec tous nos voisins à la fois pour faire part de nos préoccupations, écouter les leurs, mais trouver une solution définitive. Je pense qu’aujourd’hui Moïse Katumbi l’a très clairement dit. Nous voulons que l’armée congolaise puisse être en capacité à assurer l’intégrité du territoire national et éradiquer tous les groupes armés, le M23 en particulier.
Justement ce lundi, lors du sommet de la Communauté de l’Afrique de l’Est, le déploiement d’une force régionale destinée à stabiliser l’Est de la RDC a été acté. Une intervention militaire suffira-t-elle à pacifier la situation ?
Ces armées étrangères, ça fait vingt ans qu’elles viennent, elles viennent, elles repartent, elles reviennent, on les invite, parfois on ne les invite pas. La solution est une armée nationale qui soit bien équipée, bien encadrée. Moïse Katumbi l’avait bien dit il y a quelques années, en 2019, en visitant les camps des déplacés internes à Bunia. Il avait : ‘’Donnons les moyens à l’armée congolaise d’assumer ses fonctions, parce que nous avons confiance dans nos officiers, dans notre armée’’. Malheureusement aujourd’hui elle est mal gérée, elle est mal encadrée. Il faut absolument que nous nous ressaisissions. Les Congolais peuvent assurer l’ordre et restaurer l’autorité de l’Etat congolais chez eux. On n’a pas besoin des étrangers pour ça.
Selon vous et Moïse Katumbi que vous représentez ce soir, le Rwanda soutient-il le M23 ?
Nous avons vu récemment à Nairobi le président Tshisekedi à côté du président Kagame et ensemble ils ont signé un communiqué. Je n’ai entendu nulle part le qualificatif de pays agresseur et je n’ai pas entendu, non plus, le M23 comme un groupe terroriste. J’ai vu qu’il y avait manifestement comme un symptôme de paranoïa dans notre diplomatie congolaise. D’un côté, on crie au loup, de l’autre côté, on veut discuter. Il faut qu’il y ait une ligne claire et la population a besoin de cette ligne claire. Je pense qu’en ce qui nous concerne, Moïse Katumbi considère aujourd’hui que l’armée soit forte, qu’elle fasse son travail, il faut que la diplomatie engage un vrai dialogue avec tous nos voisins.
Vous parlez de stigmatisation tout à l’heure, conséquence de l’escalade d’entre la RDC et le Rwanda. Dans la province du Maniema, un bouvier banyamulenge échappe en obtenant la communauté tutsi a été lynché et brûlé il y a quelques jours. Moïse Katumbi compte-t-il intervenir, dire quelque chose face à ce message de haine qui se développe de plus en plus en RDC ?
Ce message de haine a déjà commencé depuis longtemps. C’est une longue glissade à travers d’abord la congolité. Essayer d’exclure une communauté puis aujourd’hui on sort des machettes à Kinshasa. Il faut à la fois, de manière exemplaire, punir, sévir ceux qui veulent cette nouvelle épuration. C’est inacceptable et tout à fait intolérable. Moise Katumbi l’a déjà dit et nous nous exprimons très clairement sur ce point : il n’y a pas à stigmatiser une communauté congolaise. Nous devons au contraire favoriser le vivre ensemble.
Au Katanga Monseigneur Fulgence Muteba l’a fait avec toutes les communautés katangaises. Aujourd’hui au Katanga, il y a un apaisement et nous attendons également un apaisement à l’Est. La stigmatisation d’une communauté ne sert à rien ; au contraire ça nous ramène dans le passé.
Moise Katumbi fait partie des potentiels candidats à l’élection présidentielle de 2023 en RDC. S’il officialise sa candidature, il sera confronté à la gestion de la sécurité dans l’Est du pays. Vous travaillez avec lui, quelles sont ses solutions pour endiguer ces fléaux ?
La solution c’est effectivement que nous ayons une véritable armée. C’est qu’il y ait à la fois une armée, un dialogue intercommunautaire entre toutes nos communautés, qu’on puisse améliorer le vivre ensemble dans l’Est du pays et à travers tout le pays et à la fois engager un vrai dialogue avec tous les voisins.
Vous parlez des élections aujourd’hui nous sommes à la croisée des chemins. Ce qui permettra d’avoir un Congo fort, c’est à la fois une armée forte, les institutions démocratiques fortes issues des élections qui soient crédibles, transparentes. Le Congo a besoin d’animateurs qui soient vraiment légitimes.
Il y a quelques jours, Moise Katumbi et le président honoraire Joseph Kabila se sont serré la main. Quelle est actuellement la relation entre ces deux amis ?
C’était un dialogue de toutes les communautés du Katanga. Imaginez-vous que parmi les communautés deux des grands leaders se serrent pas la main alors que toute les communautés sous l’égide de l’Eglise catholique et de Monseigneur Muteba se réconcilient ? Ce n’est pas une alliance politique, c’est une réconciliation de toutes les communautés. Chacun à ses options, mais nous, nous voulons réellement que toutes les Congolaises et tous les congolais, que les souverains primaires congolais puissent s’exprimer et nous avons le sérieux doute sur la qualité des élections qui auront lieu alors qu’aujourd’hui elles sont préparées par une seule famille politique qui veut s’arranger à nouveau les moyens de conserver le pouvoir contre l’ensemble du pays.
Ça sera la dernière question. Le cercueil de Patrice Lumumba, l’icône congolaise, est donc rentré au pays. Il a été à Kisangani ville pour la cérémonie de deuil national. Savez-vous si Moïse Katumbi y participera?
Donner la sépulture au Premier ministre du Congo est une chose extraordinaire mais la page ne se tourne pas parce que Patrice Lumumba a une belle sépulture mais Patrice Lumumba est un moment historique. Je ne sais pas si Moïse Katumbi sera en RDC en ce moment là. Mais nous partageons la ferveur et la joie de la population d’accueillir la relique du Premier ministre et de lui donner la sépulture digne de son nom mais ce n’est pas pour autant que la page est tournée. Décryptage réalisé par Kléber KUNGU