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À Mbudi et environs, les populations riveraines
Implanté aux abords du fleuve Congo, dans la commune de Ngaliema, le quartier CPA Mushi est à ce jour exposé aux puissantes détonations provoquées par l'usage intensif de dynamite dans les carrières de la zone. Si certaines carrières ont consenti des efforts pour atténuer la charge de leurs explosifs sous la pression des populations environnantes, les répercussions des tirs se ressentent avec encore plus d'acuité à Mbudi, comme à Matshungu, l'une des six localités du quartier située à proximité de la frontière naturelle entre Kinshasa et Brazzaville.
Face à ce danger permanent, un médecin soutenu par nombre de notables du quartier CPA Mushi, a amorcé des démarches citoyennes auprès des instances concernées afin de préserver la quiétude, la santé et la sécurité des populations riveraines.
"Aux dires de Godé Aloyi, chef de localité au quartier CPA Mushi, les plaintes des administrés pleuvent à gogo sur son bureau. La fréquence de ces plaintes s'accroît au fur et à mesure que les tirs d'explosifs continuent à engendrer des ondes de choc dans les parages", reconnaît-il.
Ces détonations répétées provoquent, en effet, de véritables secousses du sol, plongeant les ménages dans une vive frayeur à chaque déflagration. Cette pollution acoustique et vibratoire s'accompagne d'importants amas de fumée et de poussières qui envahissent l'air, dégradant considérablement la santé et les conditions de vie des riverains.
Les dangers des projectiles volants
Au-delà de la détresse psychologique, du traumatisme sonore et de la dégradation de l'air, les répercussions physiques sur le cadre de vie sont dramatiques, alertent quelques notables de la place.
"Sur le plan des infrastructures résidentielles, les vibrations fissurent les murs et fragilisent de nombreux édifices. Mais le danger le plus immédiat vient des airs : le dynamitage propulse des pierres et des moellons à une vitesse impressionnante", estime le chef de localité.
"Il arrive que ces projectiles volants atterrissent jusque dans l'intimité des habitations, transperçant les toitures et mettant directement en péril la vie des occupants", fait mention un habitant, propriétaire d'une résidence implantée à la lisière du fleuve Congo à Matshungu.
Il a d'ailleurs dû déchanter à plusieurs reprises : chaque fois que ses ingénieurs achevaient une récente construction, la structure se brisait et se fendait sous la violence des détonations, confie-t-il à la presse. Ne sachant plus à quel saint se vouer, il a finalement dû envisager des négociations avec les responsables de certaines carrières environnantes afin qu'ils atténuent la véhémence de leurs explosions.
La situation est particulièrement critique dans cette localité de Matshungu, située en première ligne, juste en bordure du fleuve.
Un cri d'alarme également partagé par Araine Nseya, étudiante d'une vingtaine d'années habitant une cité environnante. Elle témoigne avec émotion du quotidien d'insécurité permanente et du stress continuel subis par les jeunes et les familles du quartier, impuissants face à la véhémence des déflagrations quotidiennes.
Selon Araine Nseya, la veille de chaque opération d'explosion, dans la soirée, les entreprises de carrières délèguent un agent muni d'un mégaphone pour alerter les ménages environnants. Cet émissaire invite instamment la population à ouvrir portes et fenêtres afin d'éviter qu'elles ne soient soufflées par la violence du tremblement du sol.
Chez ceux qui négligent cette consigne, les vitres se brisent fréquemment et les portes se retrouvent projetées hors de leurs encadrements. Elle souligne d'ailleurs que ces tirs ont lieu généralement trois à quatre fois par mois, les carrières dépêchant systématiquement un agent la veille pour prévenir toutes les habitations du secteur.
Des infrastructures stratégiques
" S'agissant de la menace sur les infrastructures stratégiques, la violence des explosions s'exerce à proximité immédiate des pylônes haute tension de la SNEL, des lignes vitales qui acheminent l'électricité à travers la capitale jusqu'à la présidence de la République", déplore un notable de Mbudi. Fragiliser le sol à cet endroit compromet gravement la stabilité de ces équipements critiques, assure-t-il.
En ce qui concerne la destruction des berges et l'insalubrité, alors que d'autres nations protègent et valorisent leurs littoraux fluviaux, l'extraction effrénée détruit irrémédiablement les rives du fleuve Congo, aujourd'hui dégradées et transformées par endroits en dépôts d'immondices.
Un impact transfrontalier sur le bassin du fleuve
La situation est accentuée par la configuration géographique des lieux. La double provenance des tirs - rive gauche à Kinshasa et rive droite à Congo-Brazzaville - démultiplie l'onde d'impact reçue par les populations des quartiers riverains.
Devant ce constat alarmant, les riverains du quartier CPA Mushi, particulièrement les populations des localités de Matshungu et de Mbudi, appuyés par les notables locaux réunis autour du médecin congolais, lancent un appel pressant aux autorités compétentes pour un encadrement strict des activités d'extraction par dynamite, en vue notamment de la protection des zones résidentielles et de la sauvegarde du patrimoine naturel du fleuve Congo.
Yves KALIKAT