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Lualaba : Luilu, fief des grandes entreprises minières au développement communautaire sacrifié
En dépit du rayonnement médiatique de la ville de Kolwezi, la localité périphérique de Luilu, pourtant cœur des richesses minières — cuivre et cobalt —, est aujourd’hui abandonnée à son triste sort. La route nationale n°39, principale voie reliant directement Luilu à Kolwezi, est dans un état de délabrement très avancé. Ni asphaltée ni en terre battue, elle est devenue productrice de poussière à outrance, contribuant ainsi à la pollution de l’air.
Face à l’indifférence des autorités, des artistes comédiens et influenceurs de Lubumbashi et Kolwezi ont lancé un challenge interpellateur, «Visit Luilu», qui lève le voile sur la triste réalité des habitants de Luilu, en contraste avec la propagande médiatique vantant le développement fulgurant de la province du Lualaba, présentée aujourd’hui comme l’Eldorado de la République démocratique du Congo. Ces derniers publient des images et vidéos où ils apparaissent méconnaissables, submergés par la poussière.
Ce challenge sur les réseaux sociaux, bien qu’empreint d’humour, n’est pas anodin. Le 5 juin dernier, les habitants de Luilu avaient organisé des manifestations pour exprimer leur ras-le-bol face à l’enclavement de leur entité. Ils réclamaient la réhabilitation de la RN39, ainsi que l’accès à l’électricité et à l’eau potable.
D’après Mexa Mukanya, coordonnateur de la société civile Eben-Ezer du territoire de Mutshatsha, les désidératas de la population sont bien réels. Luilu manque de routes, d’eau potable et d’électricité. «Le courant et l’eau aussi, car il n’y a que des puits d’eau de fortune où la population s’approvisionne», souligne-t-il.
À qui profitent les redevances de Luilu ?
Ces révélations surprennent, compte tenu de la présence de plusieurs compagnies minières, dont Kamoto Copper Company (KCC), Metalkol, Luilu Ressource ou encore Kamoa Copper, toutes dotées d’un cahier des charges et versant des redevances minières. À qui profitent donc ces redevances minières, destinées initialement au développement communautaire, conformément à l’article 242 alinéa 2 du Code minier de 2002 révisé en 2018 ?
«Pourtant, plusieurs entreprises payent les redevances minières, entre autres : Kamoa, Mutanda Mining, Sicomines et consorts. Et chose grave, sur la route, là où nous nous trouvons, il y a des postes d’observation (péages). La question qu’on se pose est de savoir où va l’argent perçu à ces endroits», s’interroge Mexa Mukanya, coordonnateur de la société civile, contacté par Forum des As.
À cette occasion, la société civile appelle les autorités du Lualaba à trouver une solution «dans un court délai» pour le bien de la population, qui brave la poussière au quotidien avec le risque permanent de contracter des maladies.
Luilu, une localité touristique et économique
Créé en 1943 par le pouvoir colonial belge, le secteur de Luilu, situé dans la province du Lualaba, est devenu partie intégrante du territoire de Mutshatsha en 1976. Il se trouve à une dizaine de kilomètres de la ville de Kolwezi. En dehors de l’exploitation minière et forestière, l’agriculture à petite échelle y est pratiquée sur des terres arables propices à la culture du manioc, du maïs, des oléagineux, des protéagineux, des céréales et des fruits.
La localité abrite également le barrage de Nzilo et plusieurs ponts, faisant d’elle une zone au potentiel touristique et économique considérable.
Patient Mubiayi MBY, depuis Lubumbashi