Dernière minute
Société
"Heureux l'homme qui ne marche pas selon le conseil des méchants". Cette phrase est le début du Psaume 1:1 dans la Bible. Ce verset décrit l'homme heureux (ou bienheureux) comme celui qui évite l'influence des impies, ne suit pas le chemin des pécheurs et ne s'associe pas aux moqueurs. Bref, il…
Culture
Forum éco
Sport
Enjeux de l’heure
Rien ne laissait présager qu’un simple choix vestimentaire allait susciter un tel engouement. Pourtant, en l’espace de quelques heures, le motif du corsage en pagne porté par la Première ministre…
Étranger
Leurs Altesses Royales les Princesses Lalla Khadija, Lalla Meryem et Lalla Hasnaa, accompagnées de Madame Brigitte Macron, ont assisté, mercredi soir, au spectacle d'ouverture du Théâtre Royal de…
Nation
La publication sur les réseaux sociaux d’un ordre de mission collectif attribué au Conseil supérieur de la magistrature (CSM), mentionnant notamment des personnes présentées comme les épouses de…
Les moyens qui permettent de stabiliser le taux de change
(Par Fweley Diangitukwa, professeur et essayiste)
Depuis plusieurs mois, le franc congolais bat de l’aile face au dollar dans une folle dépréciation. Alors qu’un dollar se changeait à 2000 FC en août 2020 et à 2100 FC une année plus tard, aujourd’hui il faut 2 450 FC à 2 500 FC pour un dollar. Cette situation économique n’a pas laissé indifférents la plupart des Congolais qui la vivent la mort dans l’âme, y compris les scientifiques. C’est le cas du Pr Fweley Diangitukwa. Dans une tribune sur la question, il propose quelques pistes de solutions concernant les moyens permettant de stabiliser le taux de change de la monnaie locale face au billet vert. Lire l’intégralité de cette tribune intéressante. FDA
Deux principes participent à la stabilisation du taux de change
La monnaie congolaise dépend étroitement du taux du dollar. En RD Congo, l’homme de la rue est plus familier avec le cours du dollar qu’avec les prix des denrées alimentaires, comme le riz, le pain, la chikwangue, le lait, le savon, etc. Dans ces conditions, il est indispensable que chaque Congolais s’intéresse au phénomène de hausse et de baisse du taux de change . Ce phénomène étant récurrent, les économistes ne restent pas indifférents et proposent différentes analyses et pistes de solutions.
Stabilisation du taux de change par l’augmentation de la production locale
» Emile et Pharel analysent en profondeur les causes de la dépréciation de la monnaie locale. Ils pointent la balance commerciale négative causée par l’augmentation des importations et la faiblesse des exportations et le déficit budgétaire causé par la subvention des produits pétroliers, de l’électricité, la contrebande. Ils mettent en évidence la mauvaise gouvernance économique avec l’absence d’une politique économique fiable, d’une politique fiscale solide et d’une politique monétaire crédible générant des anticipations négatives. Ils soulignent aussi l’instabilité politique entraînant les tensions sociales générant de l’incertitude chez les acteurs économiques » .
Il est important de souligner que la RD Congo ne transforme rien en produit fini. Toute son économie est basée sur l’exportation des matières premières dont le prix de vente est fixé par les bourses des pays étrangers, notamment à la bourse de Londres.
À part les minerais et les grumes (bois) exportés à l’état bruit, aucun produit transformé localement en produit fini de bonne qualité n’est vendu à l’étranger permettant de ramener des devises dans le pays. Cette forme d’économie extravertie entraîne le fait que l’offre du dollar par les banques commerciales reste constamment à la hausse à cause de la demande de cette monnaie qui est toujours haute sur les marchés. « L’Association Professionnelle des Banques (APB) soutient que l’accélération de la dépréciation de la monnaie locale est le résultat de la dégradation de l’environnement macro-économique alimentée essentiellement par un déséquilibre des finances publiques (déficit budgétaire et financement monétaire) « . Soupper » met l’emphase sur la relation entre le taux de change et la mise en œuvre d’une politique économique qui influe sur le niveau de confiance des agents économiques à travers des indicateurs comme le PIB par habitant, la crédibilité budgétaire, la balance des paiements. Toutes ces analyses pointent les déséquilibres macroéconomiques notamment la faible production locale, le déficit commercial, le déficit budgétaire, le financement monétaire comme les causes principales de la hausse du change » . Ce sont effectivement ces facteurs qui, dans le cas de la RD Congo, contribuent à l’instabilité du taux de change. L’offre et la demande de devises sont continuellement en contradiction, dans le sens que la demande réelle du dollar dépasse toujours l’offre du dollar sur le marché. Le point d’équilibre est quasiment introuvable cause de la demande qui est constamment supérieure à l’offre. Dans un tel contexte, il est impossible de stabiliser le taux de change.
Du fait que les biens exportés sont des produits bruts et les biens importés estimés en dollars américains sont pour la plupart des biens de première nécessité, toute augmentation de prix entraîne inévitablement des effets sociaux négatifs.
Stabilisation du taux de change par l’injection d’un stock de devises dans l’économie
Les données montrent clairement qu’il y a manque d’un stock suffisant de devises dans l’économie congolaise susceptible de répondre à la demande locale. Le stock de devises (dollar dans le cas échéant) en circulation sur le marché est inférieur à la demande strictement nécessaire. D’où le phénomène de hausse du taux de change.
En principe, la loi de l’offre et de la demande, qui devrait conduire à l’appréciation de la monnaie locale, toute chose étant égale par ailleurs, est en déphasage avec la loi de l’offre et de la demande des biens exportés (produits vendus à l’étranger à l’état brut dont le prix est imposé de l’extérieur) et des biens importés dont le prix d’achat est encore fixé ou imposé de l’extérieur. À cause de ce déséquilibre, la loi de l’offre et de la demande n’est pas respectée sur le marché de change.
Le processus d’équilibre sur le marché de change
La réalité et/ou la croyance montre que les consommateurs (entreprises et ménages) pensent que le dollar est un bien rare et qu’il faut, à tout prix, obtenir tout de suite et, thésauriser en cas de besoin pour se prémunir contre toute hausse éventuelle ou contre la rareté. La peur du lendemain entraîne les Congolais à se procurer le moindre dollar qui traîne pour mieux protéger ses économies.
Les besoins importants en dollar ne permettent pas de renouveler le stock en devises. Pour cette raison, les offreurs de devise en général et du dollar en particulier prennent des précautions quotidiennes (vente de devises) à leur avantage pour maximiser leur profit. « En somme, l’économie se trouve en un état instable d’équilibre basé sur une quête constante de devises et une anticipation constante de hausse de taux de change qui se reflète sur un ajustement constant des prix » . Comme toute la vie économique du Congo est dollarisée, les consommateurs (entreprises et ménages) pensent que la possession de cette monnaie est indispensable à l’acquisition de certains biens spécifiques car la monnaie locale qui devrait permettre d’acheter n’importe quel bien et dans n’importe quel pays a déjà perdu toute sa valeur. De cet effet, le dollar est devenu une monnaie de refuge. C’est pourquoi les entreprises et les ménages se mettent à acheter systématiquement les devises en dollar en circulation pour constituer leurs épargnes à domiciles ou dans des banques commerciales pour parer à toute éventualité voire à toute incertitude face à l’avenir. Comme le dollar n’est pas imprimé localement, les entreprises et les ménages ne peuvent pas savoir en avance s’ils auront facilement accès à une quantité de devises nécessaire lorsqu’ils seront dans le besoin. Ainsi, à chaque hausse, une rumeur survient, alimentée de bouche à oreille, qu’il n’y a plus assez de dollars sur le marché de change et cela participe à la hausse de la demande du dollar qui fait augmenter le taux de change de cette devise. Les gens qui sont dans le besoin se ruent régulièrement dans les points de vente du dollar par peur de ne pas en trouver au moment voulu. Cette humeur participe à la hausse du taux de change et, sans s’arrêter, les entreprises et les ménages (c’est-à-dire les consommateurs) répètent le même exercice en se procurant les devises en dollar pour ne pas se retrouver dans une situation de manque le moment venu. Ce geste se répète quotidiennement et indéfiniment avec des milliers de consommateurs entraînant une hausse régulière du taux de change du dollar. Conséquemment, comme tout bien qui connaît une demande élevée, le prix ou le taux de change du dollar augmente de manière vertigineuse. C’est le rythme quotidien de demande du dollar sous forme de retrait ou d’achat de devises qui constitue l’élément objectif principal utilisé par les institutions financières pour définir le taux de change.
Pour désagréger la demande du dollar et faire baisser le taux de change, plusieurs solutions existent. Prioritairement, la RD Congo doit produire plus dans tous les secteurs et vendre à l’étranger des produits finis (ou transformés) afin de ramener au pays les devises nécessaires. Lorsque la quantité de devises en dollar dépasse la demande locale des entreprises et des ménages, le taux de change baisse inévitablement. L’État, ou le gouvernement, peut exiger que toutes les transactions soient payées directement en monnaie locale pour ne pas aligner les biens à échanger localement sur un taux de change en dollar arbitrairement élevé. Malheureusement, le franc congolais étant très faible et mondialement non reconnu, l’État congolais ne peut pas actionner ce levier.
Publication récente : » Poutine et le nouvel ordre mondial. Des leçons géopolitiques et géostratégiques utiles pour les États africains ou Comment changer l’avenir de l’Afrique « , éditions Monde Nouveau/Afrique Nouvelle, juin 2023.