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L’Eglise catholique en RDC est-elle au milieu du village ou au cœur de la contestation ?
L’Eglise catholique en RDC est-elle au milieu du village ou au cœur de la contestation ? Telle est la principale question que le Groupe d’étude sur le Congo (GEC) et d’Ebuteli se sont posée et sur laquelle ils ont fondé leur dernier rapport rendu public tout récemment et dont Forum des As a obtenu copie. Ces ONG ont consacré leur analyse sur l’importance de l’Eglise catholique en RDC. Ils tentent ainsi de justifier l’activisme politique de cette Eglise qui, selon eux, est loin de cultiver la démocratie en son sein, elle qui lutte en faveur de l’instauration de celle-ci.
Dans ce premier rapport, le Groupe d’étude sur le Congo et son partenaire Ebuteli se penchent sur les structures qui mobilisent les Congolais dans la politique – allant des partis politiques aux clubs de football. Ils analysent l’importance de l’Église catholique – et particulièrement celle de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et du Comité laïc de coordination (CLC) – dans l’aune de la démocratie congolaise.
Il s’agit d’une série de rapports sur la démocratie en République démocratique du Congo que le GEC et Ebuteli ont lancée depuis le 3 octobre. Un projet qui se concentrera sur les structures de mobilisation comme moyen d’examiner les canaux de redevabilité dans le pays.
Les auteurs dudit rapport sont convaincus que l’Église catholique a été capable d’articuler une critique forte de la gouvernance par les élites dirigeantes. Elle a été capable de mobiliser ses fidèles et d’autres couches de la population, en particulier lorsqu’il s’agissait de questions concernant les élections. Ils soutiennent cependant que l’activisme politique de l’Eglise dans la mobilisation de ses fidèles dans les rues s’est concentré relativement sur les droits politiques. Bien que la sécurité, la pauvreté et les services publics soient souvent mentionnés dans le discours et lettres des évêques, la tenue des élections démocratiques, crédibles et transparentes reste le sujet clé de la mobilisation des fidèles par les évêques.
Pour le GEC et Ebuteli, vu l’importance que l’Eglise catholique accorde à la justice sociale et à la pauvreté, elle dispose du potentiel de mobiliser l’électorat et de susciter des discussions autour de ces priorités politiques dans le pays.
ACTIVISME COURAGEUX EN FAVEUR DE LA DEMOCRATIE
En plus, malgré son activisme courageux en faveur de la démocratie, l’Église a ses propres défis démocratiques internes à relever. Primo, la décentralisation de l’Église est parfois à la base des positions contradictoires qu’adoptent les différents évêques. Cf. les manifestations de 2015-2018, où certains étaient beaucoup plus favorables au gouvernement de Joseph Kabila que d’autres. La CENCO, qui est censée offrir un espace de coordination et de débat, n’a pas toujours été en mesure d’unir ses évêques derrière un point de vue commun, suivi et respecté par tout le monde.
Secundo : l’Eglise fait face au défi de redevabilité, en ceci que: ses dirigeants ne sont pas élus par leurs paroissiens et ne leur rendent qu’exceptionnellement de comptes. C’est un corps dirigé par des évêques non élus, qui ont été désignés par le pape au terme d’un processus impliquant d’autres évêques et le nonce apostolique. Alors que les évêques sont profondément influencés par les préoccupations de leurs chrétiens, le processus décisionnel de la CENCO est difficilement lisible et relativement peu redevable devant les fidèles. Le mouvement pour une plus grande responsabilité, initié par le Concile Vatican II, devrait être renforcé au Congo.
Concernant les manifestations de rue, qui ont été essentielles au processus démocratique, le GEC et Ebuteli notent que ce sont surtout les organisations laïques – le CLC et le Conseil de l’apostolat des laïcs du Congo (CALCC) – qui ont été capables de mobiliser les fidèles. La première organisation est largement dirigée par des individus forts et charismatiques, avec peu de structures ou de règlements internes, et avec un focus sur la ville de Kinshasa ; la seconde, le CALCC, est plus institutionnalisée et fait formellement partie de l’Église, mais n’est pas très active dans l’ensemble du pays.
Les auteurs du rapport font remarquer que l’activisme politique des structures de l’Eglise catholique remonte de l’époque du régime Mobutu où la CENCO et le CLC s’étaient illustrés avec la Conférence nationale souveraine (CNS) de 1992.
MANIFESTATIONS DE 2015-2018
Les manifestations de 2015-2018, estiment les auteurs du Rapport, constituent l’autre moment fort de ce qu’ils considèrent comme l’immixtion de l’Église catholique dans le champ politique. Ces années se situent dans la période des dernières années du régime de Kabila, autour du processus électoral. Pourquoi l’Eglise catholique s’implique à nouveau dans la politique, alors que le pays s’est démocratisé, l’espace politique s’est ouvert, que des centaines d’ONG et de partis politiques opèrent désormais à travers le pays ? s’interrogent le GEC et Ebuteli.
Parce qu’entre autres, répondent-ils, l’horizon du paysage politique congolais est sombre : avec notamment des résultats des élections de 2011 qui sont largement considérés truqués. Monsengwo, désormais cardinal, juge que les résultats proclamés par la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) ne sont « conformes ni à la justice ni à la vérité¹t »
La possibilité d’un troisième mandat pour le président Kabila finit par envenimer le climat engendrant ainsi des tensions politiques. Faute de parvenir à un consensus sur ce troisième mandat, le gouvernement tente de jouer la montre en retardant le processus électoral.
Intervient alors le Dialogue de l’OUA en 2016 sous le médiation de l’ancien Premier ministre togolais, Edem Kodjo, pour le compte de l’Union africaine,. Le Dialogue échoue, l’opposition politique et l’Église catholique s’étant retirées du processus. Finalement, le 31 décembre 2016, la CENCO réussit à obtenir un accord entre le gouvernement et l’opposition, l’Accord de Saint-Sylvestre, qui permet à Joseph Kabila de rester en fonction à condition que des élections soient organisées avant la fin de 2017 et qu’un nouveau Premier ministre soit nommé au sein de l’opposition.
Des marches pacifiques vont être organisées, appelant à l’organisation d’élections sans Joseph Kabila comme candidat. Au cours de ces manifestations, plusieurs dizaines de morts seront enregistrés dont Rossy Mukendi, et l’aspirante religieuse Thérèse Kapangala. Finalement les élections seront organisées le 31 décembre 2018.
Les différentes structures de l’Église catholique (Communautés ecclésiales vivantes de base, CALCC, CLC…) vont jouer un rôle clé dans la mobilisation des gens à Kinshasa et dans quelques autres villes : au niveau local, les protestations sont annoncées et discutées dans les Communautés ecclésiales vivantes de base (CEVB), une structure laïque créée en Amérique latine dans les années 1940 et 1950 et présente dans toutes les paroisses. La commission Justice et Paix et le Conseil de l’apostolat des laïcs du Congo (CALCC) constituent d’autres structures clés pour la mobilisation au sein de l’Église.
PROMOTION DE LA DEMOCRATIE
Tout compte fait, l’Église catholique demeure l’un des acteurs les plus importants de la politique nationale congolaise, en jouant un rôle clé dans la promotion de la démocratie. À la fin des années 1950, dans les années 1990, les prêtres ne cessent de participer à la lutte pour l’indépendance, en aidant à organiser des marches et des pétitions pour instaurer une démocratie multipartite. Puis, entre 2015 et 2018, l’Église catholique a occupé le devant de la scène politique comme jamais auparavant, prenant la tête de la mobilisation des gens dans les rues, facilitant le dialogue politique et menant une diplomatie stridente dans la presse et en coulisse.
Malgré son activisme politique, estiment GEC et Ebuteli, l’Église catholique est loin d’être considérée comme un catalyseur de la démocratie. Le Rapport a examiné les forces et les faiblesses de l’Eglise catholique compte tenu de son importance, mais aussi des controverses entourant son implication dans la vie politique. Deux aspects ont été soulignés : l’orientation de son activisme politique, qui se limite principalement au processus électoral, et le degré de démocratie au sein de l’Église catholique elle-même.
Bien que luttant pour l’instauration de la démocratie dans le pays, rien ne garantit que l’Église reste une force progressiste en politique. L’abbé José Mpundu, célèbre ancien curé de Saint Alphonse à Kinshasa, n’hésite pas à critiquer l’Église pour son manque de démocratie, de transparence, de l’opacité financière ainsi que du manque d’engagement avec les fidèles de l’Eglise Kléber KUNGU