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L’Alliance pour le Changement célèbre trois années de résistance et réaffirme son combat pour un Congo libre et démocratique
Sous un soleil de plomb et un ciel implacablement clair, les artères de la 11ème Rue Limete, à Kinshasa, ont vibré hier mercredi 24 avril au rythme de la ferveur militante et de l’engagement politique. Le siège national de l’Alliance pour le Changement, jeune formation politique de l’opposition congolaise, a accueilli des centaines de militants, sympathisants et responsables politiques venus célébrer le troisième anniversaire de la création du parti.
Un anniversaire au goût de défi et de mémoire. Défi contre un pouvoir jugé oppressif et autoritaire. Mémoire d’une résistance qui, malgré les persécutions, ne s’est jamais essoufflée.
Le contexte national reste marqué par une crise politique chronique, des tensions sécuritaires persistantes dans l’Est du pays et un climat social délétère.
Dans cette ambiance lourde, l’Alliance pour le Changement, née en 2022 sur les cendres d’un espace politique en déliquescence, se présente comme une alternative sérieuse et radicale. Son discours, résolument engagé et sans concession, trouve un écho grandissant au sein d’une population épuisée par les privations et désillusionnée face aux promesses non tenues.
En ouverture de la cérémonie, Belly Mutono, Secrétaire Général du parti, a livré un discours vibrant d’émotion et de détermination. Remerciant les militants et les partis amis présents, Mutono a évoqué «trois années de luttes, de souffrances et de répressions», mais surtout de conviction inébranlable dans la justesse du combat engagé.
«Notre ambition est de bâtir un Congo où chaque voix compte, où personne n’est relégué dans l’ombre à cause de son origine ethnique ou de sa province, où la richesse nationale est équitablement partagée», a-t-il clamé sous les applaudissements nourris de la foule.
Il a également rendu hommage à la résilience des militants et à l’espoir qu’ils portent, symbolisant l’avenir d’un Congo réconcilié avec ses valeurs démocratiques et républicaines.
Jean-Marc Kabund : un discours frontal et des propositions concrètes
C’est ensuite Jean-Marc Kabund, président national de l’Alliance pour le Changement, qui a captivé l’assistance avec un discours aussi attendu que musclé. D’emblée, il a dénoncé la dérive dictatoriale et antidémocratique du régime en place, l’accusant de gérer le pays comme une propriété privée et de sacrifier l’intérêt national au profit d’un cercle restreint de privilégiés.
Kabund a dressé un bilan sans fard des trois dernières années :
Arrestations arbitraires, dont la sienne en 2022.
Intimidations, menaces et répressions brutales à l’encontre des opposants et militants de son parti.
Tentatives d’asphyxie politique par des décisions arbitraires visant à suspendre ou museler les partis d’opposition.
«Nous avons souffert, nous avons été brimés, mais nous avons tenu bon. Cette lutte, c’est celle de chaque Congolais qui aspire à la dignité et à la justice», a-t-il martelé.
Un projet politique d’avenir
Dans la foulée, Kabund a annoncé la mise en place imminente d’une plateforme politique de la gauche congolaise, regroupant partis politiques, mouvements associatifs et syndicats, autour d’une politique commune fondée sur l’humanisme, la justice sociale et la défense des libertés fondamentales.
Un projet qui entend structurer l’opposition sur des bases idéologiques claires, face à un pouvoir qu’il accuse de débaucher les opposants et de chercher à instaurer un gouvernement d’union nationale aux allures de camouflage politique.
Kabund n’a pas éludé la question de l’insécurité dans l’Est du pays. Pointant l’échec des processus de Nairobi et de Luanda, il a proposé deux nouvelles initiatives :
Un processus de Lomé, sous la médiation du président togolais Faure Gnassingbé, pour des négociations directes entre Kinshasa et Kigali.
Un dialogue interne inclusif, réunissant gouvernement, groupes armés, opposition et société civile, sous supervision régionale ou internationale, pour restaurer la paix.
«Il est temps d’arrêter de gérer la crise à coups de deals occultes et de simulacres de consultations. Seule une approche sincère et inclusive peut sortir notre pays de cette impasse», a-t-il déclaré.
Libération des prisonniers politiques et défense de la démocratie
Autre point saillant : l’appel à la libération immédiate des prisonniers politiques, dont son compagnon de lutte Jacques Ndala. Kabund a exigé la fin des procédures judiciaires montées de toutes pièces contre les opposants et les journalistes indépendants.
Il a dénoncé avec vigueur la décision de suspendre le PPRD et appelé tous les partis d’opposition à manifester leur solidarité. «Ce n’est pas une question d’affinité, mais de défense de notre espace politique et de nos libertés démocratiques. Si nous laissons faire, c’est toute la République qui basculera dans l’arbitraire», a-t-il prévenu.
Une journée de communion et d’espoir
Ce troisième anniversaire de l’Alliance pour le Changement dépasse le simple cadre commémoratif. Il consacre la résilience d’un mouvement qui, malgré la persécution et la répression, n’a jamais abdiqué face à l’oppression. Plus qu’un rappel du passé, ce rendez-vous à Limete aura été un acte de foi en l’avenir et en la capacité des Congolais à écrire une nouvelle page de leur histoire collective. Jean-Marc Kabund et ses compagnons tracent aujourd’hui les contours d’une alternative politique audacieuse, humaine et inclusive, qui ambitionne de redonner sens à l’action publique et de remettre l’homme congolais au centre de toute décision nationale.
Jérémie ASOKO