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Nation
Mercredi 3 août 2022 - 04:38

La trajectoire sociétale face à la véracité historique

Extrait de l’introduction de l’essai intitulé : Le Président F.Tshisekedi et l’UDPS en 30 Mois d’Imperium (Hubert Kabasu Babu Katulondi, Librinova, Paris, 2022). Il s’agit du Tome III du triptyque « L’Esprit du Pouvoir et le Pouvoir de l’Esprit en RDC ».

« …Le Président Tshisekedi et l’UDPS n’ont pas repris la gestion de l’Etat congolais dans un vacuum ou ex nihilo. Ils ne constituent pas le big bang de l’historico-politique de la RDC… »

Dans cette optique, la voute de la problématique est la propension monocratique du Président Tshisekedi et l’UDPS imposant leur volonté particulière-partisane, avec violence et méthodes régressives, à tous, à toutes les institutions de l’Etat, et à toutes les provinces. Cette dynamique est en contradiction avec l’élan général de la reconstruction républicaine et démocratique pluraliste fondé sur le Pacte Républicain de Sun City. Cette tendance pré-républicaine, assortie d’un élan monoïdéiste, est déviante par rapport au continuum de la réinvention systémique inhérente à la volonté générale. Ce Tome III a l’ambition de démontrer justement comment quelques réalisations indéniables du régime du Président Tshisekedi sont en antithèse érosive au plan systémique, au regard du continuum de la réinvention nationale. Celle-ci porte les référents contractuels de Sun City.

Mais, les reculs-déviances décelés dans ce Tome III ne signifient pas la mauvaiseté intrinsèque et irréversible du Président Tshisekedi et de son parti politique, l’UDPS. Au regard de la thèse principale de cet essai, le Président Tshisekedi et l’UDPS sont les reflets des pathologies psycho-politiques et sociétales congolaises. Ils étalent aussi le potentiel de ce que les Congolais peuvent réaliser lorsqu’ils sont décidés, par exemple, à combattre la corruption. Ainsi donc, au lieu d’une diabolisation inconsidérée, leur déviance systémique doit nous interpeller en faveur d’une cogitation profonde sur notre Etre sociétal et ses défectuosités. Celles-ci exigent une catharsis plus robuste et plus substantielle. C’est pourquoi, le Président Tshisekedi et l’UDPS devraient jouir des circonstances atténuantes dans le procès de l’histoire. L’opposition de 36 ans ne les avait pas nécessairement épargnés des effets psycho-politiques déformants inhérents à la zairianisation anthropologique sous le régime féodo-totalitaire de 1965-1997. Ces effets se sont enracinés dans la société et dans la conscience collective. Leur puissance déformatrice est permanente. Elle exige une épuration psycho-politique collective dont la faculté échappe aux politiciens congolais – eux-mêmes étant les principaux envoutés.

La voute de cette problématique porte des extensions qui lui sont consubstantielles. Celles-ci sont liées à l’inadéquation de la volonté particulière-partisane de l’UDPS à la volonté générale, la distorsion de la conscience historico-politique, la carence en intériorisation des missions politiques sociétales ultimes et, enfin, l’illusion de la disjonction complète des dispensations de 1997-2018 et 2019-2023 sur l’itinéraire développemental de la RDC. Ces trois embranchements de la problématique méritent d’être scrutés.

a.    La dialectique de la volonté particulière-partisane versus la volonté générale républicaine

Primo, on cerne dans ce rayon de la problématique, la dialectique de la vérité/volonté parcellaire, égotiste, partisane, d’une part, antithétique à la volonté générale rousseauiste, d’autre part. Dans cette perspective, on peut affirmer que par rapport aux problèmes fondamentaux du Congo et aux principales pistes de solutions, une certaine volonté générale s’était déjà dégagée à partir de Sun City/Pretoria en 2002-2003. Ses résolutions, inspirées et aussi légitimées par les référents de la CNS, ont constitué la base du nouveau Contrat Social congolais. Et sur base du Pacte Républicain de Sun City, la RDC s’est engagée sur la voie de la reconstruction de l’Etat Républicain, de la démocratie pluraliste et de la navigation vers le développement. Il est d’une importance capitale de comprendre objectivement que depuis 1960, ces trois pistes et projets systémiques synthétisent et reflètent l’aspiration collective ou la volonté générale d’un contrat social républicain. Les trois pistes constituent des plages-repères fondamentales menant vers la réalisation de la destinée d’un Congo puissant. Et donc, toute œuvre politique porteuse d’intelligence transformationnelle en RDC est censée cerner la marche du pays, par rapport aux tracés de ce Pacte Républicain, en tenant compte de ce qui a été accompli, afin de matérialiser la volonté générale qu’il incarne depuis 1960. Et ce, tout en cernant rationnellement tant les avancées que les lacunes de chaque phase, afin d’activer de meilleures avancées au présent et dans le futur.

b.    Le déficit de conscience historico-politique

Le deuxième aspect sous-jacent de cette problématique est lié à l’impératif de la conscience historico-politique véridique et à l’intelligence développementale des nations. À cet égard, il est indispensable de noter qu’il n’y a aucun développement intégral et soutenable dans la durée, si un peuple et ses élites sont détenteurs d’une conscience historique fallacieuse sur leur phénoménologie politique. Pour paraphraser Hegel, l’histoire des peuples n’est rien d’autre que l’ouverture de leur conscience à la dialectique de leur société. Il s’agit de la conscience-entendement véridique du mouvement de l’histoire et de la trajectoire sociétale.  En d’autres termes, la conscience comme foyer des opérations de cognition analytique et de navigation normative sur les réalités de la société. Une prise sur la collectivité qui transcende la discursivité politicienne messianique, la doxa populiste et les supputations médiatiques.            Il convient de rappeler, dans cette optique, l’incidence de la politique-conscience sur la politique-pratique, dans un exposé du Professeur Mulumbati de l’Université de Lubumbashi (Introduction à la Science Politique, 2006). Il relève que l’entendement que l’on a de la réalité politique et même de l’histoire, influe sur le mode opératoire du pouvoir et des occurrences évènementielles. Sous cette lumière, les Congolais — et surtout ceux qui sont au pouvoir — sont appelés à déployer un effort intellectuel épuré des effets affaissants de leurs egos. Ils ont le devoir de se décharger des propensions partisanes ou tribales, pour avoir une triple conscience cognition-entendement-mentalisation historico-politique véridique. Justement, un des problèmes fondamentaux du Président Tshisekedi et l’UDPS se situe au niveau de cette dimension, et surtout par rapport aux accomplissements de 1997-2018.

La cognition historico-politique transcendantale, impose une saisie védique des accomplissements de 1997-2018. Ces accomplissements matérialisent quelques aspects du Pacte Républicain de Sun City dont les référents majeurs sont ceux de la CNS, comme indiqué ci-haut. Dans l’optique générale de cet essai, la dispensation de 1997-2018, sous la présidence de Laurent Kabila et le régime de Joseph Kabila, s’est caractérisée par l’Esprit Révolutionnaire et Consociatif. Il a été expliqué dans le Tome II que cet esprit-là fut adéquat, impératif et efficace, par rapport à leurs missions historiques et politiques nationales. Leurs finalités étaient celles de la répudiation du système absolutiste totalitaire de 1965 à 1997, la restauration de la cohésion et l’unité nationale ébranlées, la construction des fondamentaux de l’Etat Républicain moderne en rupture avec le pseudo-Etat vassalisé par le MPR, la démocratisation pluraliste ainsi que la propulsion de la RDC sur la piste de l’émergence. Tout n’a pas été absolument réalisé parfaitement et encore moins intégralement. Les déficiences sont nombreuses ainsi qu’il a été démontré dans le Tome II. Cependant, il est d’une véracité granitique que de 1997 à 2018, il y a eu des réalisations reconstructives fondamentales citées ci-haut. Elles sont conceptualisées comme étant des accomplissements architectoniques. Ceux-ci sont réinventeurs du nouvel Etat Congolais postcolonial républicain après l’écroulement de l’Etat monarchique zaïrois.

Force est de souligner qu’il n’y a aucun historien, politologue ou économiste qui démontre scientifiquement qu’en 1997, lorsque Mzee Laurent Kabila accède au pouvoir, le Zaïre était un Etat reluisant aux institutions organisées et solides de type républicain contemporain, doté d’une économie prospère et ayant une société brillante. Bien au contraire, comme abondamment démontré dans le Tome I et dans le Tome II, en 1996 le Zaïre n’avait plus ni Etat aux institutions modernes actuelles, ni économie productive, ni macroéconomie stable, et encore moins un horizon sociétal de progrès contemplé. Le Professeur Kabamba de l’Université de Liège, dans sa préface du livre du Professeur Mabi intitulé Congo-zaïre : les coulisses du pouvoir sous Mobutu (Edition de l’Université de Liège, 2011), affirme que le Zaïre de Mobutu était devenu un Etat fantôme. Dans cet ouvrage, le Professeur Mabi le démontre amplement, qualitativement et quantitativement, tant sur le plan politique qu’économique.                      En réalité, les deux académiciens Congolais, Kabamba et Mabi, reprennent en échos les conceptualisations déjà déployées par plusieurs éminents académiciens internationaux pour capter la réalité du Zaïre comme un Etat non pas en faillite (failed state), mais un Etat écroulé et totalement disloqué (collapsed and dislocated state) avec une économie ruinée, une nation-société déboussolée. Le Professeur Crawford Young conceptualisait le Zaïre comme un Etat-pagaille. Dans son article «Zaïre : Shattered Illusions of an Integral State» (The Journal of Modern African Studies, 32(2) 1994, pp.247-263) il reprend la formule éloquente du journaliste Bwana Kabwe (Lettre ouverte au Président Mobutu, Paris, 1978, p.23) qui observe : « L’Etat n’existe pas ou n’existe plus ». Ce constat est fait par le brillantissime journaliste Congolais Bwana Kabwe, quand Joseph Kabila avait sept ans d’âge, 23 ans avant son ascension au pouvoir. Ce captage est reflété dans une autre conceptualisation du chercheur Thomas Turner catégorisant le Zaïre comme un «Etat coquille» (shell state) complètement cannibalisé.  Le Professeur William Reno, lui, parle de «l’Etat Ecroulé à l’Absolutisme» (Third World Quarterly, Vol. 27, N.1, pp.43-56, 2006, Routledge). La vérité scientifique démontrable qualitativement et quantitativement est donc celle de la construction de l’Etat postcolonial congolais républicain moderne, la démocratisation pluraliste ainsi que la propulsion de la RDC de la strate de l’ante-émergence à la phase de la pré-émergence (un horizon capital vers le développement), de 1997 à 2018.  Ainsi donc l’entendement logique de ces réalisations architectoniques avec leurs imperfections, au-delà des pulsions égotistes et partisanes, comme amplement expliqué dans le Tome II, permet de mieux comprendre les missions historico-politiques du régime de l’alternance.

c.    La carence en intériorisation des missions historiques, politiques sociétales ultimes

Le troisième volet essentiel de la problématique est relatif à la vérité des missions politiques et sociétales ultimes du Président Tshisekedi et l’UDPS dans la trajectoire développementale de la RDC. À partir de 1960, les défis fondamentaux étaient ceux de la construction de l’Etat Républicain Congolais (émanant de la cosmogonie, de la raison et du patrimoine normatif des Congolais eux-mêmes), de la démocratisation pluraliste et de la propulsion économique du pays vers l’émergence. Dans les Tomes I et II, il a été démontré que trois générations de politiciens, des pères de l’indépendance, aux mobutistes, et leurs acolytes de la mouvance de la CNS, échouèrent de réaliser ces accomplissements systémiques fondamentaux. Le Tome I a éclairé comment l’Esprit du pouvoir pré-républicain amena les pères de l’indépendance à ruiner l’entreprise de la transformation de l’Etat colonial en Etat postcolonial Républicain, de 1960 à 1965. Aussi ces pères de l’indépendance dévastèrent le premier projet de la démocratisation et ruinèrent l’économie, laissée par les Belges au seuil du décollage en 1960. Mobutu parvint à réunifier et à pacifier le pays, tout en réalisant une performance économique spectaculaire. Le PIB fut catapulté de $ 4 milliards en 1965 à plus de $15,37 milliards en 1978. Mais, sa promotion et sa cristallisation de l’Esprit du Pouvoir monocratique (aussi conceptualisé comme zairoitique dans le Tome I), produisirent un absolutisme totalitaire.                                      Le Président Mobutu et ses partenaires fondateurs-opérateurs du MPR-Parti-Etat rejetèrent le projet de la construction de l’Etat postcolonial républicain au Congo. Aussi, ils répudièrent le projet de la démocratie pluraliste pendant 32 ans. Et pire, ils dévastèrent l’économie, en produisant la toute première catastrophe économique aux effets apocalyptiques sur le Zaïre, qui continuent à hanter la RDC. La Zaïrianisation et les pillages, aussi conçus et implémentés par le régime de Mobutu roi du Zaïre et les fondateurs du MPR parti-Etat, ruinèrent tous leurs accomplissements antérieurs. Les nouvelles élites politiques et de la société civile ayant émergé dans les années 1990, et les anciens mobutistes devenus opposants, ne furent pas en mesure de réaliser ces trois projets architectoniques du Congo postcolonial, de 1990 à 1996. Il a été démontré dans le Tome II, tel que rappelé ci-haut, que c’est de 1997 à 2018 que les matériaux cardinaux du système étatique républicain, de la polyarchie libérale, et de notre infrastructure de production ont été posés – avec leurs déficits faut-il encore souligner. Et le Tome II fournit une explication rationnelle contextualisée de ces déficits. Cela pour mieux concevoir les modalités de leur correction dans le régime de l’alternance.        

Cette toile de la problématique se prolonge en termes de la non intériorisation des missions politiques sociétales du Président Tshisekedi et l’UDPS, par rapport à ces trois projets de la transformation du Congo de l’Etat colonial, absolutiste, en Etat Républicain, démocratique et producteur des richesses nouvelles, au regard de la dialectique éclairée ci-dessus. Ce triple projet impose des missions systémiques essentielles inhérentes à la trajectoire ascendante collectivement idéalisée de la DRC. Ces missions sont notamment : (a) la mission coagulatrice de la cohésion nationale pour la solidification de l’Etat républicain moderne, (b) la mission consolidation de la démocratie, et (c) la mission accélératrice de la navigation de la RDC vers la pleine émergence, comme avancée majeure vers l’horizon du développement. Dans cette optique, justement, les observateurs avertis et profonds, qui voient au-delà des supputations partisanes et tribalo-fanatiques, perçoivent que sur ces trois plans systémiques et paradigmatiques fondamentaux, le Président Tshisekedi et l’UDPS sont dans des contradictions régressives. Les militants et les courtisans se basent sur des actions et évènements opérationnels (non systémiques), qui ne sont pas nécessairement à négliger, pour offrir des incantations sublimant le régime. L’intellectualité parresiastique propose, elle, la bravoure d’une exploration critique et prescriptive systémique pour le progrès collectif.

d.    L’illusion de la disjonction complète des dispensations de 1997-2018 et 2019-2023 sur l’itinéraire développemental

Au regard des trois premières dimensions de la problématique épinglées ci-haut, il peut ne pas y avoir continuité en termes du modèle de leadership et de gouvernance. Mais il y a « continuum » dans la dynamique de la reconstruction nationale à finalité développementale. C’est-à-dire qu’en dépit d’une discursivité nouvelle par ses slogans et ses leitmotivs (Etat de Droit, le Peuple d’abord), les projets structurants et propulseurs arrimés à un plan stratégique national (ayant bénéficié des inputs des techniciens et scientifiques nationaux et internationaux), imposent la continuation de leur exécution accélérée et expansive.                                                        À cet égard, le problème majeur est l’incapacité apparente des élites de l’UDPS de cerner la rationalité reconstructive et modernisatrice de certains projets structurants et d’accélérer leur finalisation avec vélocité et innovation. On observe comme une perte de focus développemental stratégique dans d’innombrables conflits actionnés par des allégeances et pulsions primaires. Cette perte de focus stratégique est manifestée par la dissipation des ressources sur de nouveaux projets à motivation première politicienne (Sauts-de-mouton, Maisons préfabriquées, Tshilejelu) en déphasage avec le cadre logique de la planification nationale. En plus, pour certains projets déjà avancés (Aéroport de Ndjili, Barrage Inga III, Barrage Katende, par exemple), par opportunisme prédateur de certains courtisans du président, ceux-ci changent des investisseurs, au détriment de ceux qui ont déjà piloté lesdits projets, surtout les Chinois. Pourtant, ces derniers possèdent et l’expertise et les financements.

Imhotep Kabasu Babu K

(libre-penseur, écrivain, AGIR NEW CONGO, www.agirnewcongo.com, Afrique du Sud)

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