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A LA LUMIERE DES DECLARATIONS DES ACTEURS DE LA SOCIETE CIVILE : Des voix s'élèvent pour réclamer un dialogue "totalement inclusif "
* Pour l'ODEP, l'exclusion systématique des groupes armés pourrait priver le dialogue d'une partie des acteurs nécessaires à la recherche d'une issue durable.
L'Observatoire de la dépense publique (ODEP) appelle Félix Tshisekedi à élargir le dialogue national annoncé aux acteurs directement impliqués dans les conflits armés dans l'Est de la République démocratique du Congo, notamment l'AFC/M23.
L'organisation plaide pour un processus "totalement inclusif", indépendant et construit à partir des préoccupations de la population ", lit-on dans un communiqué publié le lundi 31 août et signé par son président du conseil d'administration, Florimond Muteba Tshitenge.
L'ODEP accueille avec "responsabilité et réserve " l'initiative présidentielle, tout en saluant l'adhésion du Chef de l'État au principe de participation populaire. Pour cette organisation de la société civile, les précédents dialogues politiques congolais ont souffert d'une implication insuffisante des citoyens dans leur préparation, au risque de transformer des rendez-vous nationaux en simples négociations entre élites.
Pour rompre avec cette logique, l'ODEP propose un processus allant de la base vers le sommet. Sa recommandation est claire : consulter directement les populations dans les 145 territoires, consolider ensuite les propositions au niveau des 26 provinces, avant de les soumettre à une synthèse nationale destinée à faire émerger des réponses collectives aux crises qui secouent le pays.
ASSOCIER L'AFC/M23 ?
La participation des groupes armés constitue le cœur de la proposition. L'ODEP condamne fermement " le recours aux armes, à la rébellion et à la violence comme moyens de revendication ou de conquête du pouvoir ". Mais l'organisation estime que leur exclusion systématique pourrait priver le dialogue d'une partie des acteurs nécessaires à la recherche d'une issue durable.
" On ne peut prétendre rechercher une solution à une crise tout en écartant du processus certains de ceux qui y sont directement impliqués ", estime l'ODEP.
L'inclusion de l'AFC/M23 dans le processus de dialogue annoncé reste le point qui divise. A cet effet, l'organisation prend soin de distinguer dialogue et impunité. Pour elle, faire participer un acteur armé à une table de négociation ne revient ni à effacer ses responsabilités ni à lui conférer une légitimité politique. "Participer à un dialogue ne signifie pas être absous de ses actes ", insiste-t-elle, considérant que la mise sur la table des différends peut ouvrir une voie vers une solution politique lorsque la seule option militaire ne suffit plus à faire taire les armes.
UNE COMMISSION INDÉPENDANTE
Autre exigence : l'ODEP souhaite que la conduite opérationnelle du dialogue échappe à la tutelle directe de la Présidence de la République. L'organisation propose la création d'une commission indépendante, chargée d'organiser et de piloter les travaux, tandis que Félix Tshisekedi conserverait son rôle de garant institutionnel.
Cette architecture, estime-t-elle, permettrait de renforcer la confiance de différentes parties et de préserver la neutralité du processus, notamment dans la désignation des participants et des responsables de ses différentes composantes.
L'ODEP réclame également la mise en place d'une Commission Vérité et Réconciliation, inspirée de l'expérience sud-africaine. Celle-ci aurait notamment pour mission de contribuer à l'établissement des responsabilités liées aux crimes commis, de favoriser la justice et d'accompagner le pays sur le chemin de la réconciliation.
En définitive, l'ODEP exhorte majorité et opposition à placer l'intérêt national au-dessus des calculs politiques et invite la population à s'approprier le processus, tout en rejetant les discours de haine et de division.
Pour l'organisation, le véritable enjeu est désormais de faire du dialogue annoncé non pas une énième confrontation politique, mais un rendez-vous national capable de traiter à la racine les crises politiques, institutionnelles et sécuritaires de la RDC.
Jérémie ASOKO