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La Cenco rejette tout projet de révision constitutionnelle
*"Nous ne voyons ni la nécessité, ni l'urgence, ni l'opportunité du changement de la Constitution", indiquent les prélats
*"La priorité aujourd'hui en RD Congo, c'est la paix, le bien-être social du peuple congolais, l'unité et la cohésion national"
La Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) tire une nouvelle fois, la sonnette d'alarme. Au terme de son Assemblée plénière extraordinaire tenue du 18 au 20 juin à Kinshasa, l'épiscopat catholique affirme que "la Nation est en péril" et met en garde contre toute initiative visant à modifier la Constitution de 2006, estimant qu'une telle démarche ferait courir au pays le risque d'une grave déstabilisation.
Dans un message particulièrement ferme intitulé La Nation est en peril! Dressons nos fronts, prenons le plus bel élan", les évêques dressent un tableau sombre de la situation du pays. Ils évoquent la persistance de la guerre dans l'Est, l'occupation de plusieurs territoires par l'AFC/M23, les massacres perpétrés par des groupes armés en Ituri et au Nord-Kivu, la crise humanitaire, ainsi que la résurgence d'Ebola, autant de facteurs qui fragilisent davantage la cohésion nationale.
"La Nation est en péril! Notre pays est toujours en guerre, malgré les Accords de paix signés", alertent les prélats, qui déplorent également la présence d'armées étrangères sur le territoire national congolais et les souffrances endurées par des milliers de déplacés et de réfugiés.
"OFFRIR UN AUTRE CYCLE DE MANDATS, UNE RUPTURE DU PACTE RÉPUBLICAIN"
Si la Cenco reconnaît les efforts consentis par le gouvernement dans la construction d'infrastructures publiques, elle estime que ces avancées restent insuffisantes face à la précarité persistante de la population.
Les évêques soulignent que plusieurs programmes sociaux majeurs, notamment la Couverture santé universelle et le Programme de développement local des 145 territoires (PDL-145 T), connaissent d'importantes difficultés de mise en œuvre.
Mais c'est surtout le débat autour de la révision de la Constitution qui cristallise les inquiétudes de l'Église catholique.
Selon la Cenco, la campagne menée en faveur d'un changement de la Loi fondamentale s'accompagne d'un climat de peur, marqué par des pressions contre les voix dissidentes et par une répression des manifestations de l'opposition.
Les évêques affirment que certains promoteurs de cette réforme " ne cachent plus leur principale motivation qui est d'offrir un autre cycle de mandats à l'actuel Président de la République", estimant qu'une telle orientation constituerait "une rupture du Pacte républicain" conclu au sortir des différentes crises qu'a connues le pays.
"LA PRIORITÉ EST LA PAIX, L'UNITÉ ET LA COHÉSION NATIONALE" martèle la Cenco
Pour l'épiscopat, toute tentative de toucher aux dispositions verrouillées par l'article 220 de la Constitution ouvrirait une dangereuse brèche institutionnelle. "Nous ne voyons ni la nécessité, ni l'urgence, ni l'opportunité du changement de la Constitution. La priorité aujourd'hui en RD Congo c'est la paix, le bien-être social du peuple congolais, l'unité et la cohésion nationale", martèle le message.
La Cenco prévient qu'un passage en force pourrait favoriser la balkanisation du pays et raviver des tensions à caractère ethnique, avec le risque d'une nouvelle guerre civile.
Les évêques dénoncent également la prolifération de groupes de jeunes transformés en milices, responsables, selon eux, de violences et de pratiques illégales dans plusieurs villes du pays.
Dans le même message, les prélats appellent la population à ne pas perdre de vue la menace que représente l'épidémie d'Ebola.
Ils invitent les Congolais au respect des mesures de prévention tout en rendant hommage au personnel médical et aux volontaires engagés dans la lutte contre cette maladie.
Au chapitre des recommandations, la Cenco exhorte le Président de la République à respecter le serment prêté lors de son investiture en défendant la Constitution de 2006. Elle demande également aux responsables pastoraux de sensibiliser les fidèles sur les enjeux liés à l'ordre constitutionnel et invite les citoyens à " faire preuve de vigilance pour s'opposer par tous les moyens légaux et pacifiques à toute tentative de modification des articles verrouillés".
S'adressant enfin à la communauté internationale, les évêques demandent qu'elle veille au respect de la Constitution ainsi que des engagements pris en faveur de la paix.
En conclusion, la Cenco réaffirme que seul un dialogue sincère, fondé sur son initiative du Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble, permettra de préserver la cohésion nationale et d'organiser les prochaines élections dans le strict respect des délais constitutionnels.
Les évêques rappellent avec insistance leur position constante: " Tout président ayant épuisé le deuxième mandat ne peut plus en briguer un troisième ", appelant les dirigeants et les citoyens à préserver l'ordre constitutionnel afin d'éviter au pays une crise plus grave encore que celle qu'il traverse actuellement.
Jérémie ASOKO
LA NATION EST EN PERIL !
DRESSONS NOS FRONTS, PRENONS LE PLUS BEL ELAN
Message de l'Assemblée plénière extraordinaire des Evêques de la CENCO 18-20 juin 2026
- Nous, Cardinal, Archevêques et Evêques membres de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO), nous sommes réunis en Assemblée Plénière extraordinaire à Kinshasa, du 18 au 20 juin 2026. Mūs par notre sollicitude pastorale, nous nous sommes penchés sur la situation sécuritaire et sociopolitique préoccupante, en vue d'apporter notre contribution à la consolidation de la paix et de l'unité nationale en RD Congo.
- La Nation est en péril! Notre pays est toujours en guerre, malgré les Accords de paix signés. Depuis quatre ans, une partie du pays dans le Nord et le Sud-Kivu est contrôlée par l'AFC/M23 qui consolide de plus en plus son administration des territoires occupés. Le combat continue avec son lot important de morts ainsi que des déplacés internes et des réfugiés vivant dans des conditions inhumaines. Des armées étrangères se sont installées chez nous. En Ituri et dans une partie du Nord Kivu, les groupes armés dont les ADF-Nalu sont en train de massacrer des milliers de nos compatriotes. Toujours à l'Est du pays, la maladie à virus Ebola fait des victimes avec le risque d'extension si elle n'est pas bien gérée.
- Par ailleurs, le Gouvernement s'efforce à améliorer le social, notamment par la construction des routes, des écoles, des universités, des aéroports ainsi que des hôpitaux dans quelques provinces. Au-delà de ces avancées, sur le plan économique, la majorité de la population vit encore dans la misère. Les projets sociaux initiés par le Gouvernement, notamment celui de Couverture Santé Universelle, le programme de développement local des 145 territoires (PDL-145 T), les projets à impacts visibles par le truchement de l'Eglise catholique, sont en souffrance.
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Pendant ce temps, nous observons, avec beaucoup d'inquiétude, une tension croissante née de la campagne de la Majorité au pouvoir en faveur du changement de la Constitution du 18 février 2006. Malheureusement, cette campagne, qui mobilise les moyens de l'Etat, se fait dans un climat de terreur contre des voix discordantes au sein même de la Majorité, obligées de se taire par peur des représailles. Quant aux manifestations de l'Opposition, elles sont violemment réprimées par la police nationale en collaboration avec une milice d'un parti politique dénommée " Force du progrès".
Alerte De la manipulation
- Certains tenants du changement de la Constitution du 18 février 2006 ne cachent plus leur principale motivation qui est d'offrir un autre cycle de mandats à l'actuel Président de la République. Ce qui serait une rupture du Pacte républicain, qui est un compromis politique historique, chèrement acquis après toutes les crises connues dans le pays depuis l'indépendance.
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En effet, une des conséquences de la loi fixant les conditions d'organisation du Référendum, votée sous prétexte de combler un vide juridique, serait de rendre possible un Référendum, qui permettrait de toucher, en violation de l'ordre constitutionnel, aux matières intangibles déjà verrouillées par l'article 220. Et pourtant cet article représente un véritable rempart contre la dictature et la privatisation de l'Etat.
Du danger du changement de la Constitution
- Nous pensons quant à nous que tout passage en force dans cette direction comporte des risques énormes dont la balkanisation du pays. Dans un contexte où les rivalités politiques revêtent des connotations ethniques et tribales, le déclenchement d'une autre guerre civile est à redouter.
- De tout ce qui précède, après un profond discernement, nous ne voyons ni la nécessité, ni l'urgence, ni l'opportunité du changement de la Constitution. La priorité aujourd'hui en RD Congo c'est la paix, le bien-être social du peuple congolais, l'unité et la cohésion nationale.
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Aujourd'hui, du Nord au Sud, de l'Est à l'Ouest, notre pays fait face à une insécurité généralisée et à une désacralisation sans précédent de la vie humaine. On assiste à une montée vertigineuse des violences physiques et verbales, surtout dans les grandes villes. Cette situation inquiète toute personne soucieuse de l'avenir du pays car ce sont les jeunes, manipulés et incorporés dans les groupes transformés en milices, qui sèment la terreur parmi les populations et imposent parfois les taxes indues, au vu et au su de tout le monde, sans être inquiétées, malgré les dispositions constitutionnelles (cf.art. 190). Si nous n'y prenons garde, nous assisterons à des affrontements Interurbains ou inter-ethniques que personne ne saura maîtriser.
De la maladie à virus Ebola
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Aussi, dans ce contexte d'agitation sociopolitique, qui risque de détourner notre attention des enjeux de notre société, ne perdons pas de vue que la maladie à virus Ebola est un danger pour tous. Il est important que chacun se comporte de façon responsable en respectant les gestes barrières. En présentant nos condoléances aux familles éprouvées, nous exprimons notre sollicitude paternelle et notre gratitude au personnel soignant et aux volontaires engagés dans la lutte contre cette épidémie, en collaboration avec le Gouvernement et les organisations internationales, tout comme celles locales, dont nous apprécions l'aide.
Recommandations
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Dès ses origines, la CENCO défend constamment le respect de l'ordre constitutionnel comme gage du maintien d'une paix durable. Fidèles à cet engagement, nous recommandons:
Au Président de la République :
12. D'honorer le serment qu'il a prêté devant Dieu et la Nation, celui de respecter et de défendre la Constitution promulguée en 2006 (art.74). Agir autrement engagerait sa responsabilité personnelle et historique.
Aux Ecclésiastiques et Agents pastoraux
13. De faire large diffusion de ce message et d'éveiller, de diverses manières, la conscience de nos fidèles ainsi que celle des hommes de bonne volonté, afin de résister aux manipulations visant le changement de la Constitution. Nous nous réservons le droit de revenir à vous pour vous annoncer, le moment venu, quelques actions concrètes à mener.
A la Population
14. " De faire preuve de vigilance pour s'opposer par tous les moyens légaux et pacifiques à toute tentative de modification des articles verrouillés." De regarder " où nous risquons d'aller. Le pays va très mal. Mettons-nous debout, dressons nos fronts encore courbés...il est impérieux de nous Impliquer nous-mêmes, de prendre notre destin en main, sinon notre avenir sera hypothéqué pour longtemps" (cf. Ne2,17).
A la Communauté Internationale
15. De respecter et faire respecter la Constitution congolaise, les résolutions et accords signés en faveur de la paix en RD Congo.
Conclusion
16. A la lumière de la Lettre Encyclique "Magnifica Humanitas" du Pape Léon XIV qui nous invite de passer de la "culture de la puissance" à une véritable "culture de la négociation", nous sommes convaincus que seul le dialogue, dans l'esprit de l'initiative " Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble en RD Congo et dans la Région des grands lacs", proposée par la CENCO et l'Eglise du Christ au Congo (ECC), permettra de consolider la cohésion nationale et surtout d'organises les élections dans le respect du délai constitutionnel. Comme nous l'avions dit en 2018 et nous le réaffirmons: "Le Président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois. Il s'en suit que tout président ayant épuisé le deuxième mandat ne peut plus en briguer un troisième ".
Puisse le Seigneur, par l'intercession de la Sainte Vierge Marie, Notre-Dame du Congo, nous donner la lucidité, la sagesse et l'humilité de nous engager à respecter et faire respecter l'ordre constitutionnel, afin d'épargner le pays d'une crise pire que celle que nous vivons actuellement.
Fait à Kinshasa, le 19 juin 2026