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Kinshasa : matières fécales traitées, une ressource pour restaurer un sol contaminé aux hydrocarbures
L'impact des boues de vidange (matières fécales) des fosses septiques sur la réduction de la toxicité d'un sol contaminé aux hydrocarbures à Kinshasa, en République démocratique du Congo (RDC), qui fait face au défi de collecte et traitement de plus de 10.000 tonnes de déchets produits par jour, a été analysé dans une thèse doctorale vendredi à l'Université de Kinshasa.
"La contamination des sols par les hydrocarbures représente un problème environnemental significatif dans les zones urbaines densément peuplé à l'instar de Kinshasa où la multiplication d'entrepôts pétroliers, de garages et de stations-services entraîne des déversements fréquents. Ces contaminants perturbent les propriétés physico-chimiques du sol, troublent les processus microbiens, inhibent la germination des graines et limitent la croissance végétale", a indiqué Papy Kawata, docteur en Science et gestion de l'environnement, dans sa thèse sur l' "Impact des boues de vidange (matières fécales) des fosses septiques sur la réduction de la toxicité d'un sol sableux contaminé aux hydrocarbures à Kinshasa".
"Dans ce contexte, cette étude explore une approche écologique et peu coûteuse : l'utilisation des boues de vidange traitées comme amendement organique afin de réduire la toxicité d'un sol sableux contaminé par les hydrocarbures et le recours aux bioessais à l'aide de l'amarante (Amaranthus cruentus) et du gombo (Abelmoschus esculentus) afin d'évaluer la réduction de la toxicité du sol traité", a-t-il précisé.
"Quand vous regardez dans la ville de Kinshasa il y a des stations-services partout, il y a le carburant il y a le dépôt de carburant. Quand il pleut, tout ça est lessivé vers les cours d'eaux. Ça va contaminer les écosystèmes mêmes du Pool Malebo. Et d'ailleurs quand vous êtes vers Kinsuka, généralement, le poisson sent du pétrole, mais d'où vient ce pétrole-là ? C'est ce pétrole qui est dans le sol qui est lessivé. Et maintenant si on sait traiter ce sol là en utilisant les boues de vidange, on va résoudre le problème environnemental au niveau de tout le système aquatique et donc, c'est vraiment un intérêt scientifique et même social", a relevé de son côté le professeur Dieudonné Musibono, promoteur de la thèse.
Ainsi, après avoir observé le rejet des matières fécales dans la nature à Ndolo, dans le nord de Kinshasa et la prolifération des entrepôts pétroliers, de garages et de stations-service, entraînant des risques sur l'environnement, le chercheur a proposé une solution. "Nous avons démontré que nous pouvons récupérer ces boues de vidange, les traiter. Nous avons utilisé une technologie simple qui est le lit de séchage non planté. Son grand avantage c'est que, nous sommes dans un pays où il y a suffisamment de soleil, c'est un dispositif qui utilise essentiellement l'évaporation et le drainage. Donc, avec la permanence du soleil pendant une longue période de l'année, nous pouvons facilement obtenir des taux de déshydratation qui vont nous permettre de les utiliser. Nous avons démontré que les boues traitées peuvent aider à décontaminer, sinon à réduire la toxicité d'un sol contaminé par les hydrocarbures", a dit Kawata, ajoutant : "Le déchet n'est pas un déchet, c'est une ressource, une matière première. Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme".
Une matière première à utiliser après traitement
Il ne s'agit pas d'utiliser n'importe comment les matières fécales, il faut avant tout les traiter pour en évacuer toutes les propriétés toxiques et nuisibles, rappelle l'auteur de la recherche. "Les boues utilisées ont été traitées par lit de séchage non planté, un procédé adapté aux conditions tropicales, reposant sur le drainage et l'évaporation. Après 21 jours de séchage (…), les analyses microbiologiques ont montré une charge microbienne inférieure à 10³ UFC/mL et l'absence d'œufs d'helminthes, confirmant l'innocuité sanitaire du produit", a indiqué Kawata, auteur de la thèse.
"L'ensemble des résultats démontre que les boues de vidange traitées, appliquées à des doses de 30% et 45 %, réduisent significativement la toxicité d'un sol sableux contaminé par les hydrocarbures, en améliorant la germination, la croissance racinaire, la croissance aérienne et le rendement des plantes. L'hypothèse de travail est donc confirmée : les boues de vidange constituent un amendement efficace dans un contexte tropical humide, à condition d'être préalablement traitées", a démontré docteur Kawata dont la thèse a obtenu du jury la mention grande distinction. "Cette étude ouvre des perspectives importantes pour la gestion durable des boues de vidange à Kinshasa, la restauration écologique des sols pollués et la promotion d'une économie circulaire locale", a-t-il conclu.
La ville de Kinshasa, peuplée de plus de 15 millions d'habitants, produit entre 10.000 et 15.000 tonnes de déchets par jour, selon les estimations officielles des gestionnaires d'assainissement de la capitale. Seule une fraction minime de ces volumes (moins de 10 % à 25% selon les filières et les communes) fait l'objet d'un ramassage ou d'un traitement formel.
ACP/BR