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Joseph Kabila évoque la soudanisation au lieu de la yougoslavisation (Une tribune de Moïse Moni Della)
L'ancien président Joseph Kabila évoque les risques de la soudanisation de la RDC dans une interview accordée au journal belge La Libre Belgique. Il s'agit là d'une lecture biaisée de la part de l'ancien chef de l'État. Lecture biaisée de la situation à l'Est de notre pays, comparativement à celle du Soudan qui a conduit à la division en deux pays distincts : le Soudan du Nord et le Soudan du Sud.
Au Soudan, la division du pays s'est faite sur une base religieuse et raciale. Le Nord est habité par des Arabes musulmans, tandis que le Sud l'est par des Noirs chrétiens. Bien que les musulmans de RDC aient toujours été discriminés, minimisés et ignorés depuis l'accession de notre pays à l'indépendance, il n'y a jamais eu chez les Congolais musulmans de velléités de séparation. Jamais les musulmans n'ont formulé une revendication, une suggestion ou organisé une manifestation réclamant la partition du pays. Existe-t-il au Congo un conflit armé entre chrétiens et musulmans ?
On peut en revanche craindre la yougoslavisation du pays en raison de la persistance d'une guerre à l'Est soutenue par le Rwanda, ce qui peut entraîner la partition du pays sur une base politique, régionale et tribale, par exemple entre fédéralistes et unitaristes. Dans cette hypothèse machiavélique et diabolique, il n'y aura pas une simple partition en deux États, Nord et Sud, mais bien un grand risque de yougoslavisation du pays si l'on ne trouve pas les solutions politiques, militaires et sociales adéquates.
Cette division pourrait se faire selon la configuration des 26 provinces, comme ce fut le cas de la Yougoslavie, un pays qui nous est très familier sur le plan sportif (la défaite cuisante et humiliante de nos Léopards lors de la Coupe du monde de 1974 avec à leur tête l'entraîneur yougoslave Blagoje Vidinic). Ce pays a éclaté en sept États : la Slovénie (indépendante en 1991), la Croatie (1991), la Bosnie-Herzégovine (1992), la Macédoine du Nord (1991), le Monténégro (2006), la Serbie (2006) et le Kosovo (2008).
Les propos séparatistes et extrémistes de soudanisation du pays et de renversement du régime actuel sont inquiétants, surtout venant d'un ancien président de la République. Lorsque j'ai lu l'interview de Joseph Kabila, j'ai eu l'impression de lire les propos de quelqu'un qui devient amnésique et qui n'assume pas ses responsabilités et ses actes, lesquels sont à la base de la situation actuelle. Nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude.
Il a même insinué qu'à son époque les droits de l'homme étaient scrupuleusement respectés, alors que les prisons étaient aussi pleines de prisonniers politiques qu'aujourd'hui et que de nombreux exilés politiques se trouvaient à l'étranger. Je suis moi-même un témoin vivant, gênant, oculaire et orbiculaire de grandes violations des droits de l'homme. J'ai été arrêté et maltraité à plusieurs reprises par son régime. J'ai même porté plainte, en bonne et due forme, devant la Cour suprême de justice avant la mise en place de la Cour constitutionnelle. La plainte a été régulièrement enregistrée et j'ai également fait une dénonciation auprès de la Cour pénale internationale (CPI), qui devrait en principe diligenter des enquêtes après que toutes les voies de droit internes auront été épuisées.
Les menaces que l'ancien président profère à l'égard du pouvoir actuel ne sont pas à la hauteur de la charge suprême de l'État qu'il a assumée. Je l'invite à tenir compte des propos de Wole Soyinka, écrivain nigérian et prix Nobel de littérature, qui disait : "Le tigre ne montre pas sa tigritude, le tigre saisit et mange sa proie." Qu'il se réfère également aux propos d'un vieux de mon village de Wenga, dans le territoire de Kibombo, qui disait : "Une guerre annoncée ne tue pas les aveugles." Qu'il s'inspire aussi des paroles de l'ancien président ivoirien Félix Houphouët-Boigny, qui disait: "Même en cas de victoire d'un groupe armé sur la ligne de front, la guerre se termine toujours autour d'une table pour gagner et consolider la paix."
Ces sages paroles d'Houphouët doivent inspirer non seulement Kabila, mais aussi Félix Tshisekedi et Corneille Nangaa. Cela revient à dire qu'il faut un dialogue inclusif et sincère entre Congolais pour retrouver la paix et gagner le développement de notre cher et beau pays.
Pour tous ceux qui ne veulent ni de la soudanisation à la Kabila ni de la yougoslavisation de notre pays, que je dénonce depuis longtemps, nous devons tous nous liguer au sein de ce que j'appelle le Camp de la nation (CANA), afin de faire échec à ceux qui veulent le déchirement et l'émiettement de notre pays.
L'union fait la force, l'union fait la paix, l'union engendre le progrès.
Moise Moni Della Idi Saluka Onya
- Président de CONADE (Conservateurs de la Nature et Démocrates)
- Président de L'IDEP (Ligue internationale pour la défense des prisonniers)
- Co fondateur de l'UDPS
- Vice-Ministre honoraire
- Ancien Mandataire de l'Etat