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Jean-Marc Kabund: "La prison m'a appris le pardon et la patience"
Après deux ans et demi passés derrière les barreaux, Jean-Marc Kabund brise le silence. L'ancien président par intérim de l'UDPS revient sur son incarcération, la mutinerie sanglante de la prison de Makala et les conditions de détention qu'il qualifie d'"inhumaines". Il accuse les forces de sécurité d'avoir laissé faire un massacre avant d'ouvrir le feu sans sommation sur des détenus en révolte. Il assume également sa rupture avec le président Félix Tshisekedi et affirme ne rien regretter de ses prises de position. "Forum des As" publie ci-dessous les propos de cet acteur politique qui se dit "changé, mais toujours déterminé à peser dans l'avenir politique du pays". Une interview accordée à nos confrères de la Radio France International (RFI) hier jeudi 06 mars. Jérémie ASOKO
Jean-Marc Kabund, Comment allez-vous après plus de deux ans de prison ?
Je vais bien, merci. Nous avons enduré cette épreuve, mais aujourd'hui, je peux dire que je me porte bien.
Cette incarcération vous a-t-elle changé ?
Vous savez, nous avons été arrêtés injustement. Ce que nous avons subi dépasse l'injustice. C'était une véritable persécution. Mais toute épreuve apporte une leçon. La prison m'a appris deux choses essentielles : le pardon et la patience.
J'ai compris qu'il est important de pardonner, quelles que soient les circonstances. Ensuite, j'ai appris à patienter. Lorsque vous êtes condamné à sept ans de prison de manière arbitraire et que celui qui exige votre condamnation n'est autre que le président de la République, vous n'avez d'autre choix que d'attendre le jour où vous serez enfin libre.
Donc, le Jean-Marc Kabund fougueux des années 2020 n'existe plus?
Nous grandissons tous avec le temps. Je ne suis plus le même homme qu'en 2020. Cinq ans ont passé, et je travaille à atteindre une maturité politique et personnelle qui me permettra d'apporter les changements que notre peuple attend. Mon objectif est clair : me préparer à gérer ce pays demain avec responsabilité.
"À Makala, près de 2.000 prisonniers ont été tués"
Le 1er septembre dernier, une mutinerie à la prison centrale de Makala a officiellement fait 129 morts. Vous étiez détenu à ce moment-là. Que s'est-il réellement passé ?
En réalité, le bilan officiel est largement sous-estimé. Il ne s'agit pas de 129 morts, ni même de 827 comme certaines sources l'ont avancé, mais bien d'environ 2 000 victimes.
L'administration pénitentiaire elle-même, dans un rapport resté confidentiel, a fait état de 1.500 morts. Mais nous, prisonniers, avons vu et compté les corps. Ce sont les détenus eux-mêmes qui ont ramassé les cadavres, les ont entassés et chargés dans des camions pour les évacuer.
Makala est une prison conçue pour 1 500 détenus, mais qui en hébergeait plus de 22.000. Dans ces conditions, la situation était ingérable. Tout a commencé dans la nuit du 1er au 2 septembre. À minuit, les prisonniers du premier pavillon ont forcé leur porte et libéré ceux du deuxième, puis du troisième, jusqu'à ce que toute la prison soit en révolte. Entre minuit et deux heures du matin, aucun service de sécurité n'est intervenu.
Ce n'est qu'au moment où les détenus ont tenté de forcer le portail principal que les forces de l'ordre ont réagi. Mais au lieu d'user de méthodes de contrôle, elles ont ouvert le feu sans sommation, abattant des milliers de prisonniers.
Vous accusez donc les forces de sécurité d'inaction et de répression aveugle ?
Oui, et je les condamne fermement. S'ils étaient intervenus dès le début, ils auraient pu contenir la révolte et éviter un massacre. Pire encore, ils n'ont pas protégé les femmes détenues. Nous savions que lors de chaque tentative d'évasion, certains prisonniers se dirigent vers le pavillon des femmes pour commettre des viols.
J'étais moi-même logé dans le pavillon 8, tout proche de celui des femmes. Ce que nous avons vécu cette nuit-là était abominable. Plus de 400 femmes ont été violées par des milliers de prisonniers, alors que les forces de sécurité stationnaient à quelques mètres de là. Elles ont laissé faire. Et lorsqu'elles ont décidé d'agir, elles ont simplement tiré dans la foule, causant un carnage.
Comment avez-vous survécu à cette nuit tragique ?
Par la grâce de Dieu. Le pavillon 8, où j'étais incarcéré, a lui aussi été pris d'assaut, ce qui n'était jamais arrivé auparavant. Des détenus armés de barres de fer et d'objets contondants ont saccagé tout sur leur passage.
J'ai eu la vie sauve grâce à d'autres prisonniers qui ont estimé que je ne devais pas rester visible. Ils m'ont caché dans une cellule de quatre personnes, dont la porte était blindée. C'est ainsi que j'ai échappé à la mort.
Vous confirmez l'existence d'un rapport interne évoquant 1 500 morts ?
Oui. Ce rapport existe, mais il n'a jamais été rendu public. Nous étions en contact permanent avec des agents pénitentiaires qui nous ont informés de ce chiffre. Mais nous, prisonniers, savons que le bilan réel avoisine les 2 000 morts.
"À Makala, 10 à 30 détenus meurent chaque jour"
Après cette tragédie, le gouvernement a promis d'améliorer les conditions de détention à Makala. Est-ce le cas ?
Pas du tout. Ce gouvernement est habitué aux déclarations de façade destinées à l'opinion publique. Mais en réalité, rien n'a changé. Les prisonniers de Makala vivent dans des conditions inhumaines.
Vous affirmez que des détenus meurent chaque jour ?
Oui, et les chiffres sont effarants. En 2023 et 2024, la moyenne était de 10 décès par jour, avec des pics atteignant parfois 30 morts en une seule journée.
Les causes sont multiples : surpopulation extrême, absence de soins médicaux, malnutrition, insalubrité. Makala est un véritable mouroir où la vie humaine ne vaut rien.
"Je ne regrette rien"
Vous avez longtemps été un proche de Félix Tshisekedi. Vous avez même dirigé l'UDPS par intérim après son accession au pouvoir. Mais en 2022, c'est la rupture, suivie de votre incarcération pour outrage au chef de l'État. Regrettez-vous cette conférence de presse de juillet 2022 où vous l'avez sévèrement critiqué ?
Je ne regrette rien. Contrairement à ce que certains pensent, je n'ai pas tenu de propos virulents, ni fait de simples dénonciations.
J'ai livré un témoignage citoyen d'intérêt public, dans le but d'éveiller les consciences et de faire avancer notre pays. Mon engagement politique repose sur des valeurs claires : garantir l'État de droit, promouvoir le développement et œuvrer pour le bien-être du peuple congolais.
En tant que député national et acteur politique, j'avais le devoir de dire la vérité. Et je l'ai fait.
RFI