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Union sacrée : Marc Kabund alerte Félix Tshisekedi sur "le piège du pouvoir prolongé"
Président de l’Alliance pour le Changement (ACh) et de la Coalition de la Gauche Congolaise, Jean-Marc Kabund-a-Kabund hausse le ton contre l’Union Sacrée de la Nation. Dans une charge d’une rare virulence, l’ancien président intérimaire de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) qualifie la coalition au pouvoir de « machine de survie politique », dont la constance historique serait moins idéologique qu’opportuniste : se mettre au service du président en place pour prospérer dans son orbite.
Invité d’un Space animé par le journaliste Stanis Bujakera, Jean-Marc Kabund a livré une lecture sévère de la scène politique congolaise et des dynamiques qui entourent aujourd’hui le pouvoir de Félix Tshisekedi. Son constat est sans détour : les discours qui plaident, ouvertement ou à demi-mot, pour un maintien prolongé du chef de l’État relèvent d’une mécanique politique ancienne, déjà observée sous les précédents régimes.
Dans son intervention, l’opposant congolais a convoqué la mémoire politique du pays pour appuyer sa démonstration. À ses yeux, les acteurs qui gravitent aujourd’hui autour de l’Union sacrée ne sont que la continuité d’un personnel politique rompu à l’exercice de l’allégeance. Hier, a-t-il rappelé, ces cercles célébraient « Sese Seko » autour de Mobutu Sese Seko ; plus tard, ils reprenaient « Wumela » pour Joseph Kabila. Aujourd’hui, selon lui, les mêmes réflexes se reproduisent autour du président Tshisekedi.
USN, LE CERCLE DES FIDÈLES APPARENTS QUI EXPOSE TSHISEKEDI À UNE ERREUR POLITIQUE
Pour Kabund, il ne s’agit pas d’un simple soutien politique. Il y voit une stratégie de conservation d’intérêts, portée par des acteurs qui changent de camp sans changer de méthode. Leur objectif, affirme-t-il sans nuance, n’est pas la stabilité institutionnelle ni la consolidation démocratique, mais la préservation de positions acquises, de privilèges et de leviers d’influence. La loyauté affichée au chef de l’État ne servirait avant tout que de monnaie d’échange politique.
L’ancien numéro un de l’UDPS estime que ce cercle de fidèles apparents expose Félix Tshisekedi à une erreur politique majeure : celle de croire qu’un pouvoir peut se prolonger au-delà du cadre constitutionnel sous la pression d’une majorité acquise. « Ils poussent Tshisekedi à la même erreur », a-t-il averti, suggérant que les appels autour d’un éventuel troisième mandat pourraient ouvrir une fracture politique et institutionnelle profonde.
Son intervention résonne avec un poids particulier dans le débat national. Parce que Jean-Marc Kabund a parlé depuis une position singulière : celle d’un ancien architecte du pouvoir devenu opposant déclaré. Longtemps considéré comme l’un des hommes les plus influents de la majorité présidentielle, il a accompagné les premières années du mandat de Tshisekedi avant sa rupture fracassante en 2022. Son éloignement du régime, suivi de son incarcération puis de son retour offensif dans le débat politique, lui confère aujourd’hui une parole à la fois critique et entourée d’une connaissance intime des mécanismes du pouvoir.
POUR KABUND, LA LONGÉVITÉ AU POUVOIR NE S’EST JAMAIS IMPOSÉE DURABLEMENT EN RDC
Au-delà de la dénonciation politique, Kabund adresse surtout un avertissement historique. Il rappelle que la longévité politique ne s’est jamais imposée durablement en République démocratique du Congo par la seule volonté d’un entourage ou par les slogans de circonstance. Ni Mobutu, malgré plus de trois décennies de règne, ni Joseph Kabila, malgré son poids politique et institutionnel, n’ont pu défier indéfiniment la pression de l’histoire, des institutions et des équilibres populaires.
Son message vise directement Félix Tshisekedi : ne pas confondre soutien politique et adhésion populaire, ni fidélité de circonstance et destin politique.
Cette sortie intervient dans un climat où les débats autour de l’avenir institutionnel du pays reviennent avec insistance dans l’espace public, alimentés par les spéculations sur une éventuelle reconfiguration constitutionnelle et par les crispations croissantes entre majorité et opposition à l’approche des prochaines grandes échéances politiques.
En dénonçant ce qu’il considère comme une répétition des vieux schémas de conservation du pouvoir, Jean-Marc Kabund replace le débat au cœur d’une interrogation plus large sur la démocratie congolaise : celle de la transmission du pouvoir, du respect des limites constitutionnelles et du poids persistant des fidélités politiques dans la gouvernance du pays.
Jérémie ASOKO