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À Moscou, Tshisekedi pose ses conditions et appelle Poutine à soutenir la paix dans l'est du Congo
Au troisième Sommet Russie-Afrique, le président Félix-Antoine Tshisekedi a défendu une coopération fondée sur des résultats concrets, tout en appelant Moscou à soutenir l'application des résolutions du Conseil de sécurité de l'Onu pour mettre fin à la guerre dans l'Est de son pays.
Arrivé à Moscou le 27 octobre 2026, Félix Tshisekedi, a pris part au troisième Sommet Russie-Afrique, placé sous le signe du renforcement des relations entre la Fédération de Russie et les États africains.
Dans son adresse aux chefs d'État et de gouvernement, le chef de l'État congolais a exprimé sa reconnaissance à son homologue russe, Vladimir Poutine, pour l'invitation et l'accueil réservés à la délégation congolaise. Il a, toutefois, insisté sur la nécessité de transformer les engagements diplomatiques en réalisations tangibles, susceptibles d'améliorer les conditions de vie des populations.
"DIVERSIFIER NOS PARTENARIATS N'EST PAS CHOISIR UN CAMP"
Sur le plan diplomatique, Félix Tshisekedi a réaffirmé l'indépendance de la politique étrangère du pays. Pour lui, la diversification des partenariats internationaux ne signifie pas un alignement systématique sur une puissance au détriment d'une autre, mais plutôt la préservation de la liberté de décision de la RDC au service de ses intérêts nationaux.
Le président congolais a également défendu la construction d'un monde multipolaire respectueux de la souveraineté des États, de l'intégrité territoriale et des principes de la Charte des Nations unies.
Cette position traduit la volonté de Kinshasa de multiplier ses partenaires stratégiques tout en conservant son autonomie dans les choix diplomatiques, économiques et sécuritaires.
L'EST DE LA RDC AU CŒUR DU PLAIDOYER PRÉSIDENTIEL
La situation sécuritaire dans l'Est du pays a occupé une place importante dans le discours présidentiel. Félix Tshisekedi a rappelé les souffrances des populations confrontées aux violences armées, soulignant que l'exploitation illicite des ressources naturelles contribue à alimenter les conflits et à compromettre le développement.
Le chef de l'État a réaffirmé l'engagement de son gouvernement en faveur d'une paix durable, fondée sur la restauration de l'autorité de l'État et la protection des populations civiles.
À cet égard, il a évoqué les processus diplomatiques de Washington et de Doha, en coordination avec la médiation de l'Union africaine, saluant les efforts des États-Unis, du Qatar et des médiateurs africains.
Pour Kinshasa, les avancées diplomatiques ne pourront cependant être considérées comme une véritable réussite que si elles se traduisent par des résultats concrets et vérifiables sur le terrain.
Félix Tshisekedi a interpellé Moscou sur les résolutions de l'Onu. Dans un passage particulièrement important de son intervention, le président congolais a appelé la Russie, en sa qualité de membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, à soutenir pleinement l'application des résolutions 2773 et 2808.
Ces textes portent notamment sur la cessation des hostilités, le retrait du M23 des zones occupées, la fin du soutien des Forces de défense rwandaises à ce mouvement ainsi que le retrait des troupes rwandaises du territoire congolais. Ils prévoient également des engagements relatifs à la neutralisation des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).
Félix Tshisekedi a souligné que la RDC assume les obligations qui lui incombent et attend la même rigueur de toutes les parties concernées.
En insistant sur ces exigences devant les dirigeants réunis à Moscou, le président congolais a ainsi placé la question de la souveraineté territoriale et du respect des engagements internationaux au centre de son plaidoyer diplomatique.
ÉNERGIE, INFRASTRUCTURES ET TRANSFORMATION DES MINERAIS : LES PRIORITÉS DE KINSHASA
Au-delà des enjeux sécuritaires, Félix Tshisekedi a présenté les secteurs dans lesquels le pays souhaite approfondir sa coopération avec la Russie.
L'accès à l'énergie, la valorisation du potentiel hydroélectrique congolais, l'exploration du nucléaire civil, le développement des infrastructures, la transformation locale des minerais et la sécurité alimentaire figurent parmi les priorités évoquées.
Le chef de l'État a plaidé pour des projets économiquement viables, favorisant le transfert de technologies, la formation professionnelle et la participation des entreprises congolaises.
Il a également proposé que les ministres définissent un nombre limité de projets prioritaires, accompagnés de financements identifiés, de calendriers réalistes et d'un mécanisme de suivi régulier.
L'objectif affiché est de faire du partenariat Russie-Afrique un instrument de développement concret, dont les retombées pourront être directement ressenties par les populations.
Dans son allocution, il a également abordé la réforme du Conseil de sécurité des Nations unies. A ce sujet, Félix Tshisekedi a rappelé la nécessité de corriger l'injustice historique faite au continent africain dans les instances internationales.
Il a notamment évoqué le Consensus d'Ezulwini et la Déclaration de Syrte, qui portent les revendications africaines en faveur d'une représentation plus équitable au sein du système multilatéral.
Membre non permanent du Conseil de sécurité pour la période 2026-2027, la RDC entend, selon le président, exercer ses responsabilités avec indépendance et privilégier des solutions équilibrées aux crises internationales.
Le chef de l'État a également plaidé pour le maintien des voies du dialogue et de la diplomatie dans les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient, tout en rappelant leurs conséquences sur le coût de la vie, notamment à travers les prix des denrées alimentaires, des engrais et de l'énergie.
UN PARTENARIAT ATTENDU AU TOURNANT DES RESULTATS
Félix Tshisekedi a réaffirmé la disponibilité du pays à approfondir sa coopération avec la Fédération de Russie, dans le respect mutuel, la réciprocité et l'exigence de résultats.
Son intervention à Moscou met en évidence une double ambition : mobiliser de nouveaux partenariats pour accélérer le développement économique du pays et obtenir un soutien diplomatique plus ferme en faveur de la paix dans l'Est de la RDC.
Pour Kinshasa, l'enjeu dépasse désormais les déclarations de principe : il s'agit de transformer les engagements politiques en investissements, en opportunités économiques et en avancées sécuritaires mesurables. C'est à l'aune de ces résultats que sera jugée la portée réelle du partenariat entre la RDC et la Russie.
César IPOKA