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L'Opposition manifeste ce mardi 15 septembre : Le Parlement ouvre, la C64 marche
A quelques heures de la rentrée parlementaire, le climat politique reste tendu davantage en République démocratique du Congo. Ce mardi 15 septembre 2026, tandis que les députés nationaux sont attendus au Palais du Peuple pour l'ouverture de la session parlementaire de septembre, l'opposition entend occuper la rue. La Coalition Article 64 (C64) maintient, en effet, son appel à une marche nationale pour s'opposer au projet de changement de la Constitution et au référendum envisagé par le pouvoir.
À Kinshasa, plusieurs points de rassemblement doivent donner le coup d'envoi de cette mobilisation avant de converger vers le siège du Parlement. Annoncée depuis le mois d'août, après l'expiration de l'ultimatum adressé au pouvoir, cette marche prend une résonance particulière du fait de sa concomitance avec la rentrée parlementaire.
FAYULU, KABUND ET SESANGA DONNENT LE TON
À mesure que l'échéance approche, les ténors de la C64 resserrent les rangs et battent le rappel de leurs troupes. De retour à Kinshasa après un séjour en Europe, Martin Fayulu a renouvelé son appel à manifester, invitant ses partisans à se mobiliser pour défendre, selon lui, l'ordre constitutionnel.
Même son de cloche du côté de Jean-Marc Kabund. L'ancien président a.i. de l'Assemblée nationale appelle à une mobilisation qu'il veut pacifique, tout en dénonçant le projet de modification de la Constitution.
Delly Sesanga s'inscrit dans la même dynamique. Pour les responsables de la C64, les dispositions constitutionnelles encadrant le mandat présidentiel ne doivent pas être fragilisées par une réforme qu'ils jugent politiquement préoccupante.
Mais la grogne de la coalition ne s'arrête pas aux textes constitutionnels. La guerre dans l'Est, le chômage, la précarité, la corruption et les détournements des deniers publics alimentent également le discours de ses dirigeants. En filigrane, c'est donc un réquisitoire plus large contre la conduite des affaires publiques qui se dessine.
LE PALAIS DU PEUPLE, POINT DE CONVERGENCE
Le choix du 15 septembre ajoute une dose supplémentaire de tension. Alors que la C64 appelle ses militants à converger vers le Palais du Peuple, les députés doivent, eux, y ouvrir officiellement la nouvelle session parlementaire à 13 heures.
Cette proximité n'a pas échappé à Augustin Kabuya. Le député national avait sollicité auprès du bureau de l'Assemblée nationale un report de la cérémonie solennelle à 18 heures, redoutant un éventuel face-à-face entre manifestants et élus.
La proposition n'a pas été retenue. L'agenda parlementaire reste inchangé.
Le décor est donc planté pour une journée délicate, où les itinéraires de la rue et ceux de l'institution parlementaire pourraient se croiser autour d'un même lieu hautement symbolique.
UNE MOBILISATION DEJA FREINEE DANS PLUSIEURS VILLES
Sur le terrain, la mobilisation annoncée par la C64 se heurte toutefois à plusieurs décisions administratives. À Lubumbashi, Kananga, Kisangani, Kindu, Kalemie ou encore Kolwezi, les manifestations annoncées ont été interdites ou suspendues pour des raisons liées à la sécurité, à l'ordre public ou, dans le cas de Kisangani, au contexte sanitaire marqué par Ebola.
À Kindu, l'arrestation de plusieurs membres de la coalition a davantage crispé les esprits. La C64 réclame leur libération et assure ne pas renoncer à son appel.
Pour l'opposition, ces interdictions ne sauraient faire disparaître le droit de manifester, consacré par la Constitution. Les autorités, de leur côté, mettent en avant leur responsabilité dans la préservation de l'ordre public.
La CNDH redoute une escalade
Comme si le climat ne suffisait pas, la Commission nationale des droits de l'homme (CNDH) a tiré la sonnette d'alarme sur des informations faisant état d'appels à venir manifester avec des armes blanches, notamment des machettes.
L'institution exhorte les organisateurs, les manifestants et les forces de sécurité à faire preuve de retenue et à préserver le caractère pacifique de la mobilisation.
Cette prudence est loin d'être anodine. Le 12 juin dernier, une manifestation de l'opposition à Kinshasa avait dégénéré en affrontements, faisant notamment des blessés parmi les figures de la C64.
La marche intervient également dans un contexte de dialogue national lancé par Félix Tshisekedi. Annoncé le 27 août, le processus doit notamment aborder les questions de paix, de cohésion nationale et de refondation de l'État.
Mais, pour l'heure, le dialogue peine à rapprocher les positions. La C64 rejette le cadre proposé et estime que les conditions d'une véritable décrispation politique ne sont pas réunies. Le mouvement " Sauvons la RDC " s'est également montré critique à l'égard du processus.
Après avoir suspendu une précédente mobilisation en juillet, dans le sillage des appels des confessions religieuses au dialogue, la C64 avait fixé au pouvoir un ultimatum jusqu'au 15 août. Faute d'avancée jugée suffisante, elle a remis la rue au cœur de sa stratégie.
Entre Parlement et manifestation, entre interdictions administratives et appels à la mobilisation, le 15 septembre s'annonce comme une journée à haut risque politique.
L'attention sera particulièrement braquée sur le Palais du Peuple : la marche pourra-t-elle atteindre sa destination ? Les autorités parviendront-elles à contenir les éventuels débordements ? Et surtout, la contestation restera-t-elle dans les limites du pacifique revendiquées par ses organisateurs ? Les réponses à ces questions, c'est dans quelques heures.
Christian-Timothée MAMPUYA