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Kasaï : La prison centrale de Luebo au bord de l'implosion après une année sans subvention de l'État
La situation humanitaire devient de plus en plus préoccupante à la prison centrale de Luebo, dans la province du Kasaï, au centre de la République démocratique du Congo. Depuis douze mois, cet établissement pénitentiaire ne reçoit plus la subvention régulière censée être allouée par le gouvernement central pour assurer son fonctionnement, a appris Forum des As hier jeudi 12 février, lors d'un passage dans cette maison pénitentiaire. Une interruption prolongée qui plonge la maison carcérale dans une crise profonde, qualifiée de critique, alarmante et insoutenable par ses responsables.
Derrière les murs de cette prison, le quotidien des détenus se dégrade à une vitesse inquiétante. Le manque de moyens financiers, conjugué à l'absence totale de soutien logistique, a conduit à une situation de pénurie alimentaire, de surpopulation carcérale et de détérioration accélérée des conditions d'hygiène, faisant planer le risque d'une catastrophe sanitaire et sécuritaire. Selon plusieurs sources internes, la prison centrale de Luebo vit aujourd'hui une forme d'abandon institutionnel. Douze mois sans subvention, c'est douze mois de fonctionnement improvisé, sans ressources pour nourrir, soigner ou encadrer correctement les personnes privées de liberté. Une réalité qui remet en question la capacité de l'État à assumer ses responsabilités fondamentales en matière de justice et de droits humains.
LA SUBVENTION N'EST PLUS VERSEE DEPUIS UNE ANNEE
Depuis environ une année, la subvention publique destinée au fonctionnement de la prison centrale de Luebo n'a plus été versée. Cette subvention constitue pourtant l'un des piliers essentiels de la survie de l'établissement, car elle permet normalement de financer l'alimentation des détenus, l'entretien minimum des infrastructures, l'achat de produits d'hygiène et parfois même l'assistance médicale de première nécessité. Mais à Luebo, le mécanisme semble totalement bloqué.
Des responsables de l'administration pénitentiaire affirment que cette interruption s'est installée dans le silence le plus total. Aucun calendrier officiel de paiement n'a été respecté, aucun dispositif d'urgence n'a été déployé et aucune communication claire n'a été adressée aux gestionnaires de la prison. Pendant ce temps, les besoins s'accumulent, les stocks s'épuisent et la tension monte.
Cette absence de subvention n'est pas un simple retard administratif : elle représente une crise structurelle qui met en péril non seulement la dignité des détenus, mais également la sécurité publique dans cette partie du pays.
RATIONS REDUITES, IRREGULIERES, VOIRE INEXISTANTES
Dans cette prison, la question de l'alimentation est devenue centrale. Les détenus, déjà fragilisés par l'environnement carcéral, vivent désormais dans une situation où manger correctement n'est plus garanti. Des témoignages concordants indiquent que certains prisonniers ne reçoivent plus de repas suffisants. Les rations sont parfois réduites, irrégulières, voire inexistantes à certains moments. Dans un tel contexte, la faim devient une souffrance permanente, une humiliation silencieuse, une punition supplémentaire qui ne figure dans aucun jugement.
Le constat est particulièrement inquiétant : plusieurs détenus survivent uniquement grâce à l'assistance de leurs proches. Les familles qui en ont les moyens apportent un peu de nourriture, du manioc, du riz, quelques haricots ou du maïs. Mais cette solidarité familiale, déjà difficile dans un contexte de pauvreté généralisée, demeure fragile et limitée. Plus grave encore, certains détenus n'ont plus aucun soutien. Ceux dont les familles vivent loin, ceux qui ont été abandonnés, ceux qui n'ont personne pour leur rendre visite, sont les plus vulnérables. Ils vivent dans une précarité totale, exposés à la malnutrition et à l'affaiblissement physique.
Dans une prison, l'alimentation n'est pas une faveur. C'est une obligation légale et morale de l'État. Priver les détenus de nourriture revient à les condamner à une lente dégradation, en violation des principes fondamentaux des droits humains.
SURPOPULATION ET PROMISCUITÉ EXTREME
À cette crise alimentaire s'ajoute un autre facteur aggravant : la surpopulation carcérale. La prison centrale de Luebo, à l'instar de plusieurs établissements pénitentiaires du pays, fait face à une promiscuité extrême. Les cellules sont surchargées. L'espace manque. Les détenus dorment parfois à même le sol, entassés les uns sur les autres, dans des conditions indignes. La ventilation est insuffisante, l'air circule mal, la chaleur devient étouffante et l'environnement se transforme progressivement en une bombe à retardement.
Dans de telles conditions, le moindre conflit peut dégénérer. La promiscuité engendre frustration, tensions internes, violence entre détenus, mais aussi affaiblissement psychologique.
La situation devient d'autant plus explosive que le personnel pénitentiaire lui-même, faute de moyens, ne parvient plus à assurer un encadrement strict et efficace. Le manque de ressources matérielles réduit considérablement la capacité de surveillance et de gestion des mouvements internes.
Les conditions d'hygiène au sein de la prison centrale de Luebo se détériorent dangereusement. Faute de financement, les produits de nettoyage manquent. L'entretien des sanitaires devient difficile, voire impossible. L'accès à l'eau potable n'est pas toujours garanti. Les infrastructures, déjà vieillissantes, se dégradent sans possibilité de réparation. Cette réalité expose les pensionnaires à des maladies infectieuses et contagieuses.
Cette prison ressemble de plus en plus à un lieu où l'on attend la maladie, la faim ou la mort, plutôt qu'un espace où la justice s'exerce dans le respect de la dignité humaine.
LA SONNETTE D'ALARME
Face à cette situation qui s'aggrave jour après jour, Emmanuel Tshintela, directeur de la prison centrale de Luebo, a décidé de briser le silence et d'interpeller publiquement les autorités compétentes. Selon lui, l'établissement est désormais au bord de l'asphyxie. Son appel n'est pas un discours politique, mais un cri d'alerte fondé sur une réalité concrète et quotidienne.
Le directeur met en garde contre les conséquences possibles si rien n'est fait rapidement. Il insiste sur l'urgence d'une intervention de l'État afin de rétablir la subvention, renforcer les moyens logistiques et éviter un effondrement total du système pénitentiaire local.
Dans son alerte, Emmanuel Tshintela souligne que la prison n'est pas un espace de condamnation à une mort lente. Les détenus sont certes privés de liberté, mais ils ne sont pas privés de leurs droits fondamentaux. La prison doit rester un lieu de détention encadré par la loi, et non un lieu de souffrance institutionnalisée.
La crise actuelle à Luebo engage directement la responsabilité de l'État. Une prison est une institution publique. Elle relève du ministère de la Justice et des structures nationales chargées de l'administration pénitentiaire. Elle ne peut donc pas être abandonnée à elle-même pendant une année entière.
Félix MULUMBA Kalemba