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Institut Confucius : une vitrine apolitique des échanges culturels sino-congolais
Les instituts Confucius, implantés dans de nombreuses villes à l’échelle mondiale, sont depuis quelques années sujet de controverse dans certains pays occidentaux. Soupçonnés d’espionnage, ces instituts ont pourtant pour objectif de dispenser la langue et la culture chinoise à l’instar des instituts français, centre culturel américain ou encore Goethe-Institut (Institut allemand).
Pour en savoir un peu plus sur le fonctionnement de l’Institut Confucius (IC), haut lieu dédié à l’apprentissage du mandarin et aux échanges culturels, nous nous sommes inscrits pour deux mois (juillet-août) aux cours « Spécial vacances », proposé par la direction de l’Institut Confucius (IC) implanté en République démocratique du Congo.
L’Institut Confucius a ouvert ses portes en RDC en 2018. Son siège se trouve à l’Académie diplomatique congolaise (ADC) à Kinshasa. Chose rare, car la plupart des instituts à travers le monde sont implantés dans des universités.
C’est en 2025 qu’une classe de l’Institut Confucius a vu le jour à l’Université de Kinshasa (UNIKIN), la plus grande université de la capitale. Il en existe aussi à l’Institut de la Gombe 2, à l’École nationale d’administration (ENA), à l’Institut national des arts (INA), à l’École militaire des langues ainsi que dans plusieurs autres établissements scolaires, à l’Université Joseph Kasa-Vubu à Boma. L’IC a également des classes dans d’autres provinces notamment Lubumbashi, Kisangani et Goma.
Nous nous rendions à l’IC deux fois par semaine pour deux heures de cours chaque semaine. Avec plus d’une cinquantaine d’inscrits à cette session, la classe était composée de différentes catégories de personnes, des élèves, des étudiants, des employés…
À la question de savoir pourquoi apprendre le mandarin, à ceux qui sont inscrits aux sessions normales, Steve, la vingtaine, étudiant en architecture, et qui passe au niveau deux de l’apprentissage du mandarin (HSK 2), explique qu’il s’est inscrit à l’IC pour avoir davantage d’opportunités sur le marché de l’emploi.
« Je ne cherche pas à obtenir une bourse pour aller étudier en Chine, c’est plus pour le travail que j’apprends le chinois. Il y a maintenant plusieurs entreprises chinoises qui sont dans le secteur des infrastructures, donc connaitre la langue est un plus pour moi. Comme je suis en dernière année, je compte postuler dans les sociétés chinoises et avoir plus de chance à l’embauche grâce à mes connaissances du mandarin ».
DÉPOLITISATION DE LA DIMENSION CULTURELLE
Par contre Béni, la vingtaine également, qui a déjà atteint le niveau 4 (HSK 4) dans l’apprentissage de la langue chinoise, compte aller en stage pratique en Chine durant une année et devenir formateur à son retour. Quelques autres apprenants approchés disent vouloir également obtenir des bourses pour poursuivre leurs études en Chine.
Concernant l’enseignement, en d’autres termes savoir si d’une manière ou d’une autre les questions politiques sont abordées, la majorité des apprenants affirment que, durant leurs formations, du contenu politique en cours est totalement inexistant, ils ne s’y intéressent pas également. Ils veulent juste atteindre leurs objectifs.
« Personnellement, les questions politiques ne m’intéressent, et l’enseignante n’aborde pas ce sujet également. Toutefois, je sais que notre pays adhère au principe d’une seule Chine et que Taiwan fait partie de la Chine. Je me dis que c’est un peu comme ce qui se passe à l’est de notre pays. Nous considérons la RDC comme une et indivisible. Aussi, je ne vois pas de mal à ce que la Chine revendique les terres faisant partie de son territoire », a expliqué Grâce, apprenante du niveau 3 (HSK 3) à l’Université de Kinshasa, où nous nous sommes également rendus pour rencontrer les apprenants.
La période durant laquelle nous avons assisté aux cours, les questions politiques n’ont été abordées ni par l’enseignante ni par les apprenants. Taïwan est présenté dans les cartes des ouvrages d’apprentissage linguistique comme partie intégrante de la Chine. Elle fait partie de la Chine.
Par ailleurs, la création des instituts Confucius est en partie adossée au modèle des centres culturels des pays occidentaux. Or, ces institutions ont pour principe d’une part l’universalité et d’autre part la dépolitisation de la dimension culturelle.
C’est exactement sur ces principes que se basent les enseignements dans les Instituts Confucius. Le soft power, cette manière de faire de la politique par l’absence apparente de contenu politique n’est pour autant pas inédite, c’est ce que font la plupart des centres linguistico-culturels implantés à travers le monde.
La France, par exemple, est parvenue à diffuser sa culture dans les pays où elle cherchait à s’implanter à travers les Alliances ou Instituts Français.
La direction nous a fait savoir que les sessions normales de formation couvrent les six niveaux d’apprentissage du mandarin, en fonction de la demande. Une session dure en moyenne trois mois, avec généralement deux à trois séances par semaine, de deux à trois heures chacune.
PLUS DE 5000 APPRENANTS FORMÉS SUR L’ENSEMBLE DU TERRITOIRE
La méthode pédagogique combine les techniques classiques d’enseignement des langues étrangères avec les spécificités du chinois.
L’Institut indique également disposer de différents supports pédagogiques : ouvrages, supports électroniques ainsi que du matériel artistique destiné à faciliter l’apprentissage de la culture chinoise. La pédagogie s’appuie sur la combinaison des caractères chinois (Hanzi) et du système phonétique (Pinyin), soutenue par un matériel didactique moderne, des supports électroniques et des outils d’immersion artistique.
À ce jour plus de 5.000 apprenants ont été formés sur l’ensemble du territoire, indiquent les autorités de l’IC.
Depuis son ouverture en moyenne 4 ou 5 bourses sont accordées aux apprenants. Cette année, il y a une légère augmentation avec 9 candidatures acceptées. Ce qui donne un total de plus d’une dizaine de bourses déjà attribuées.
L’Institut accompagne activement ses étudiants méritants dans les démarches de bourses d’études pour la Chine. Une fois leur cursus achevé, le lien n’est pas rompu : l’Institut conserve un contact permanent avec ses anciens élèves pour favoriser leur réinsertion professionnelle en RDC, notamment comme interprètes, cadres au sein des entreprises chinoises locales ou enseignants de chinois.
Constant, étudiant en dernière année médecine, à l’Unikin et apprenant de l’IC, après une année de formation en mandarin est devenu interprète chinois-français, et occupe aussi le poste d’administrateur de la salle de l’Institut Confucius de cet Alma mater.
« D’ici la fin de l’année, je compte aller en Chine pour approfondir ma connaissance de la langue chinoise puisque je pratique déjà l’interprétariat et la demande est très élevée », nous explique le jeune étudiant.
GOUVERNANCE PARITAIRE
Pour ce qui est de son fonctionnement, l’Institut Confucius de l’ADC est une association sans but lucratif qui repose sur un modèle de gouvernance paritaire. Le projet réunit d’un côté l’Académie Diplomatique Congolaise, et de l’autre la Fondation Internationale Chinoise pour l’Éducation et l’Université du Centre-Sud.
Ce double ancrage se traduit dans sa direction : l’établissement est piloté par un Directeur Congolais et un Directeur Chinois. Ensemble, ils proposent le programme, les recrutements et le budget, qui sont ensuite validés par un Conseil d’Administration paritaire composé de 8 membres (4 Congolais et 4 Chinois).
Les activités, infrastructures et événements de l’Institut sont financés conjointement par ces parties prenantes.
Les autorités de l’Académie diplomatique du Congo disent avoir été favorables à la création de l’IC au sein de ses locaux d’autant plus que plusieurs autres langues étrangères y sont enseignées notamment, l’anglais, le russe, l’allemand etc.
« Nous avons accepté la demande de nos partenaires pour ouvrir un institut Confucius dans nos bâtiments étant donné que des programmes de formation en langues sont organisés en harmonie avec les ambassades des pays concernés par lesdites langues, notamment pour le programme d’immersion. Et la collaboration entre les deux parties se déroule très bien et nous connaissons le programme dispensé et sommes en accord sur cela », assure la partie congolaise.
L’APPRENTISSAGE DU CHINOIS RÉPOND À UN BESOIN ÉCONOMIQUE
Alors que l’Institut veut étendre l’apprentissage du mandarin à l’ensemble du territoire national, le problème du manque d’enseignants qualifiés se pose.
« Le nombre de demande de cours du soir est en hausse cependant il se pose le problème d’enseignant », font savoir les responsables. Actuellement, deux enseignants congolais sont en stage. Un autre Congolais poursuit déjà une formation en Chine.
Hormis l’apprentissage de la langue chinoise, l’Institut est un centre d’échange culturel. Ses rendez-vous annuels phares comprennent la célébration du Nouvel An Chinois, des démonstrations de Kung-Fu, de tambour chinois, de calligraphie, de découpage de papier ou de danse.
Au-delà des controverses, un constat s’impose : l’intérêt des Congolais pour le mandarin existe bel et bien. Il répond à un besoin économique pragmatique.
Avec la présence massive d’entreprises chinoises dans les secteurs des mines, du bâtiment, du commerce ou de l’agriculture, la maîtrise du mandarin est devenue un puissant vecteur d’employabilité.
Fyfy Solange TANGAMU