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Incitation à la haine : Bitakwira ne doit pas se cacher derrière le livre de Charles Onana
Invité par le parquet général près la Cour de cassation ce jeudi 20 juillet 2023, Justin Bitakwira Bihona Hayi est ressorti libre après plusieurs heures d’audition. Se confiant à la presse présente sur les lieux, il s’est caché derrière le livre du polémiste franco-camerounais Charles Onana intitulé ‘‘Holocauste au Congo’’ dont il s’est dit simple commentateur. Avant de donner à l’inspecteur de police judiciaire et au procureur général qui l’ont reçu deux semaines pour lire le livre avant toute prochaine audience.
Comme attendu, le mobile de l’invitation était relatif à ses propos tenus sur le plateau de l’émission ‘‘Bosolo na politik’’ contre les congolais Tutsi qu’il a qualifiés globalement de ‘‘race méchante’’ et de ‘‘criminels nés’’. Le Collectif contre le racisme et les discours de haine s’offusque contre cette sortie médiatique de M. Bitakwira qui se croit permis de donner des instructions à la justice avec arrogance.
Plus important : M. Bitakwira ne peut pas se cacher derrière le livre de M. Onana pour justifier ses propos haineux. L’homme est coutumier du fait. En septembre 2021, dans un audio largement partagé dans les réseaux sociaux, M. Bitakwira avait tenu ces propos :
– «C’est moi Bitakwira Bihona Hayi Justin, je parle depuis Kinshasa. Je suis en train de suivre tout ce qui se passe chez nous. D’ailleurs je viens de là récemment. La guerre que nous menons contre les Tutsi prend une vitesse supérieure. Et vous devez savoir que ce combat est en train d’affaiblir ces gens que nos grand-pères et nos pères ont accueillis comme rwandais, étudiant et logeant dans nos familles». (…)
– «Tout jeune mufuliro doit s’engager dans une guerre contre les Banyamulenge et celui qui s’abstiendra sera traité comme un ennemi et va subir un sort tragique».
Le Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l’homme avait condamné ces propos.
Le 9 décembre 2022, M. Bitakwira a été sanctionné par l’Union européenne pour les raisons ci-après :
1. Avoir, de manière répétée, incité à la violence et encouragé la discrimination et l’hostilité à l’égard de la communauté Banyamulenge, ciblée et attaquée par des groupes armés ;
2. Ces discours et déclarations incendiaires contribuent à alimenter le conflit et la violence en RDC, en particulier dans la région des Hauts-Plateaux, caractérisée par des conflits intercommunautaires ;
3. M. Justin Bitakwira est donc responsable d’entretenir le conflit armé, l’instabilité et l’insécurité en RDC en incitant à la violence.
M. Bitakwira saisit toute occasion, lorsqu’il se trouve face à des auditoires ignorants, pour semer la haine contre les Tutsi en usant de mensonges et manipulations de toutes sortes. Cela a encore été le cas le samedi 1er juillet lors d’une conférence organisée à l’académie des beaux-arts pour la présentation du livre Holocauste au Congo. M. Bitakwira a tenu ces propos :
«Savez-vous que Museveni est né au Rwanda, à Butare ? Museveni, il est né à Butare, c’est un Tutsi du Rwanda, mais président en Ouganda. Tu as déjà vu la morphologie de Ruto ? Tu as déjà bien regardé ? Regardes bien. Quand vous entendez parler de l’empire Hima, c’est ça ! Ils peuvent s’appeler Ruto, Kagame, Museveni, c’est entre eux. Vous connaissez bien l’Afrique de l’Ouest ? Sais-tu que la majorité des présidents ouest-africains, tous, en majorité sont Peuls ? Les Peuls sont les Tutsi d’Afrique de l’Ouest».
Ces propos, qui relèvent d’une paranoïa anti-Tutsi mortifère, démontrent, si besoin en était encore, l’ignorance de leur auteur, mais aussi sa volonté de manipuler les esprits faibles. En effet, M. Yoweri Kaguta Museveni est un citoyen ougandais né dans la ville de Ntungamo, chef-lieu du district éponyme, en Ouganda. Il appartient à la communauté de Banyankole, et doit son nom (‘‘Seven’’, sept en Anglais) au septième bataillon d’une armée coloniale britannique dénommée King’s African Rifles, dont les soldats étaient recrutés dans les colonies et protectorats de la couronne. Quant au président kenyan actuel William Ruto, il est d’ethnie Kalendjin, une population qui tire ses lointaines origines du Soudan actuel, et connue pour les performances sportives de ses ressortissants en athlétisme où, depuis les années 1980, ils ont remporté plus de 40% des médailles aux jeux olympiques et aux championnats mondiaux d’athlétisme dans les course de fond et demi-fond.
Enfin, les allégations sur les Peuls sont également un tissu de mensonges. En effet, selon l’encyclopédie en ligne Wikipédia, les Peuls vivent dans les pays ci-après d’Afrique de l’Ouest, centrale et de l’Est : Nigeria, Niger, Cameroun, Mali, Sénégal, Mauritanie, Guinée, Tchad, Gambie, Burkina Faso, Bénin, Guinée Bissau, Sierra Leone, Ghana, Côte d’Ivoire, Togo et Soudan. Or, les présidents de ces différents pays appartiennent aux groupes ethniques suivants : Nigeria : Bola Tinubu (Yoruba), Niger : Mohamed Bazoum (Arabe), Cameroun : Paul Biya (Fang), Mali : Assimi Goïta (Minianka), Sénégal : Macky Sall (Toucouleur-Peul), Mauritanie : Mohamed El Ould Ghazaouani (Arabe), Guinée : Mamady Doumbouya (Malinké), Tchad : Mahamat Idris Deby (Zaghawa), Gambie : Adama Barrow (Malinké), Burkina Faso : Ibrahim Traoré (Bwaba), Bénin : Patrice Talon (Houéda), Guinée Bissau : Umaro Sissoko Embalo (Peul), Sierra Leone : Julius Maada Bio (Mende), Ghana : Nana Akuffo Ado (Akwamu), Côte d’ivoire : Alassane Ouattara (Malinké), Togo : Faure Gnassingbé (Kabyè), Soudan : Abdel Fattah Abdelrahmane al-Burhan (Arabe).
Sur les 17 pays, seuls deux, le Sénégal et la Guinée Bissau, sont dirigés par des personnes d’origine peule, démocratiquement élues par ailleurs. C’est sur base de ce genre de mensonges que M. Bitakwira base sa propagande haineuse contre les Tutsi-Banyamulenge.
Compte tenu de ce qui précède, le Collectif contre le racisme et les discours de haine réitère son appel à la justice pour poursuivre le traitement du cas Bitakwira pour incitation à la haine ethnique jusqu’au procès qui devrait servir d’exemple à tous ceux qui embouchent les trompettes de la haine.
Fait à Kinshasa, le 22 juillet 2023
Pour le Collectif contre le racisme et les discours de haine
Belhar MBUYI, journaliste
Thomas GAMAKOLO, avocat.