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Du ballon rond au terrain politique : A Houston, Fatshi se déchaine sur "les dirigeants manipulables à merci"
Ce qui devait être une soirée de liesse populaire s'est, contre toute attente, mué en tribune politique à ciel ouvert. Après le match nul (1-1) arraché avec panache par les Léopards face au Portugal, la diaspora congolaise réunie à Houston avait le cœur à la fête. Mais à peine l'émotion sportive retombée, le président Félix Tshisekedi a pris la parole, changeant du tout au tout la tonalité de la rencontre.
D'entrée de jeu, le chef de l'État a salué une performance " à la hauteur des espérances ", voyant dans ce résultat bien plus qu'un simple exploit sportif. Pour lui, les Léopards ont montré que, même dans l'adversité, la RDC peut " tenir tête aux plus grands " une manière, en filigrane, de redonner du baume au cœur à une nation éprouvée.
Mais très vite, le discours a pris un virage à 180 degrés. Le président congolais a troqué le registre sportif pour un ton autrement plus offensif, n'hésitant pas à tirer à boulets rouges sur ce qu'il considère comme les ennemis de la nation. Dans un langage sans détour, il a dénoncé "les complices " de Kigali, accusés de semer la division au sein même du pays. " Leurs complices sont devenus fous ", a-t-il martelé, appelant ses compatriotes à ne pas tomber dans le piège du régionalisme, véritable "cheval de Troie " des déstabilisateurs, selon lui.
Remontant le fil de l'histoire, Félix Tshisekedi n'a pas fait dans la dentelle. Évoquant la chute de Mobutu en 1997 et l'assassinat de Laurent-Désiré Kabila en 2001, il a dénoncé une époque où, à ses yeux, " on a ouvert la porte à tous les vents ", quitte à laisser s'installer à la tête du pays des dirigeants " manipulables à merci ". Une allusion à peine voilée à son prédécesseur, Joseph Kabila, aujourd'hui dans la tourmente judiciaire. Sans le nommer, le président a clairement voulu solder les comptes du passé, quitte à raviver les braises d'un climat politique déjà sous haute tension.
"FASTHI DEPASSE LES BORNES"
Ces propos n'ont pas tardé à faire grincer des dents dans le camp kabiliste. Pour certains proches de l'ancien chef de l'État, le Président "dépasse les bornes " et "franchit la ligne rouge " en substituant l'invective à l'argumentation. Félix Momat, ancien vice-ministre du Budget, a même accusé Félix Tshisekedi de " dégrader la fonction " qu'il incarne, estimant que ce type de sortie nuit à la stature présidentielle.
Il faut dire que le timing de cette intervention n'a rien d'anodin. Trois jours plus tôt, le Parlement congolais donnait son feu vert à une loi ouvrant la voie à un référendum constitutionnel. Une initiative qui, pour l'opposition, n'est rien d'autre qu'une " boîte de Pandore " susceptible de permettre au chef de l'État de briguer un troisième mandat. Dans ce contexte, les propos tenus à Houston prennent une résonance particulière, comme un coup de semonce adressé à ses détracteurs.
"LE CONGO SERA LIBERE"
Sur le front sécuritaire, Félix Tshisekedi s'est voulu résolument optimiste, voire volontariste. Promettant de "remettre de l'ordre dans la maison ", il a réaffirmé sa détermination à reconquérir les territoires occupés par l'AFC/M23 dans l'est du pays. " J'ai la foi que tout le Congo sera libéré", a-t-il assuré, appelant à serrer les rangs face à un conflit qui n'en finit pas de faire des ravages. Une déclaration qui sonne comme un vœu pieux pour certains, mais comme une ligne de conduite pour le pouvoir en place.
Dans ce discours à la fois galvanisant et clivant, le président congolais a également tenté de remettre les pendules à l'heure sur la question de l'identité nationale. " Soyez fiers d'être Congolais ", a-t-il insisté, invitant la diaspora à mettre la main à la pâte pour contribuer au développement du pays. Football, science, éducation : tous les domaines sont appelés à être des leviers d'un renouveau national.
Christian-Timothee MAMPUYA