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Dialogue national : toujours pas de visage ni de calendrier
Près de trois semaines après l'annonce de Félix Tshisekedi, le Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l'État avance encore à pas comptés. Le cadre est posé, les grandes lignes sont tracées, mais les visages appelés à porter le processus restent dans l'ombre. À ce stade, ni le coordonnateur du Comité d'organisation, ni son adjoint, ni les membres de cette structure et les onze experts de son Secrétariat technique n'ont été officiellement dévoilés.
Le Dialogue national n'est donc plus seulement une promesse présidentielle. Il dispose désormais d'un premier cadre institutionnel. Mais, à y regarder de plus près, la machine reste encore en attente de ses principaux rouages.
L'ordonnance présidentielle place ce Comité d'organisation sous l'autorité du Chef de l'État et lui confie notamment la préparation administrative, matérielle, logistique et sécuritaire du processus. Il doit également préparer le terrain à la mise en place d'une Commission préparatoire et favoriser les premiers contacts avec les différentes composantes nationales ainsi qu'avec les partenaires internationaux.
Seulement voilà si le contenant est là, le contenu humain reste encore à découvrir.
À ce stade, ni le nom du coordonnateur, ni celui du coordonnateur adjoint, ni la liste des membres du Comité, encore moins celle des onze experts du Secrétariat technique, n'ont été rendus publics.
UNE MACHINE INSTITUTIONNELLE ENCORE SANS VISAGE
Le 27 août, Félix Tshisekedi avait annoncé un processus appelé à durer au maximum trois mois. Celui-ci doit commencer par des consultations dans les 26 provinces, avant de converger vers Kinshasa pour les assises nationales. Le Président avait insisté sur la volonté de faire remonter la parole des provinces afin que les assises nationales soient l'aboutissement, et non le point de départ du Dialogue.
Sur le papier, l'ambition est vaste : Majorité et Opposition, société civile, confessions religieuses, autorités coutumières, milieux professionnels, économiques, universitaires et scientifiques sont appelés à prendre part au processus.
Mais une question demeure encore sans réponse : quand ces consultations commenceront-elles réellement ?
Pour l'heure, aucune date précise n'a été communiquée pour le lancement des forums provinciaux ni pour la tenue des assises nationales. Or, lorsque le calendrier annoncé ne doit pas dépasser trois mois, chaque jour qui passe finit par peser lourd dans la balance.
L'AUTRE BATAILLE SERA CELLE DE LA CONFIANCE
Le choix des personnalités chargées de piloter cette première phase sera donc scruté avec attention. Dans un climat politique déjà marqué par les divergences autour de l'initiative présidentielle, la composition du Comité pourrait être aussi importante que son mandat.
L'opposition réclame notamment des garanties d'inclusivité, de neutralité et de transparence. Le pouvoir, de son côté, présente le Dialogue comme une démarche nationale destinée à dépasser les clivages politiques et à s'attaquer aux causes profondes des crises qui minent le pays.
Autre ligne de fracture : la participation des groupes armés. Félix Tshisekedi a exclu du Dialogue les mouvements qui continueraient à combattre par les armes, tout en maintenant le processus de Doha comme cadre de discussion avec l'AFC/M23 sur les questions directement liées au conflit.
L'annonce du dimanche 13 septembre constitue donc une avancée, mais elle ne lève pas toutes les zones d'ombre. Le Comité existe désormais juridiquement. Reste à lui donner un visage, une feuille de route et un calendrier.
Car, au fond, la crédibilité du Dialogue se jouera moins dans les textes que dans leur mise en œuvre. Les Congolais attendent de savoir qui écoutera leurs revendications dans les provinces, comment leurs propositions seront compilées et de quelle manière elles se retrouveront sur la table des assises nationales.
Félix Tshisekedi avait promis que les conclusions du processus ne devraient pas se perdre dans les méandres des précédents accords, mais être traduites en décisions, réformes et résultats concrets.
Comme le rappelle une formule célèbre de Benjamin Franklin : "En ne se préparant pas, on se prépare à échouer".
Le Comité d'organisation est désormais créé. La prochaine étape sera de lui donner des hommes, des femmes, des dates et surtout une véritable feuille de route.
Le Dialogue national est donc lancé. Mais pour l'instant, la porte est ouverte, la salle est encore vide et le rendez-vous reste à fixer.
Christian-Timothée MAMPUYA