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Crise humanitaire : 700 millions USD d'aides anti-Ebola introuvables, Jean Kaseya exige des comptes
Sur les 926,66 millions de dollars décaissés par les bailleurs pour la riposte sanitaire en RDC, seuls 200 millions auraient été retracés. En visite à Kinshasa, le directeur général d'Africa CDC, Jean Kaseya, dénonce une opacité "inacceptable" et réclame des explications sur près de 700 millions de dollars. Alors que le pays affronte Ebola, les soupçons sur la gestion des financements humanitaires ravivent une exigence fondamentale : la transparence dans l'utilisation de chaque dollar destiné à sauver des vies.
Le chiffre est vertigineux. Près de 700 millions de dollars restent à élucider, selon les déclarations de Jean Kaseya, qui s'appuie sur les données communiquées lors d'une réunion consacrée à la gestion des financements internationaux. Le patron d'Africa CDC, en visite à Kinshasa depuis le 13 octobre dans le cadre de la riposte contre Ebola Bundibugyo, réclame des comptes sur des fonds dont la traçabilité demeure, selon lui, largement insuffisante.
Sur les 926,66 millions de dollars décaissés par les bailleurs au profit des partenaires de mise en œuvre, seuls 200 millions auraient pu être retracés. Sur cette somme, environ 100 millions seraient encore disponibles et n'auraient pas été utilisés.
"Ça fait 700 millions de dollars à rechercher, et qui existent", a insisté Jean Kaseya, affirmant disposer d'éléments précis, notamment des notes verbales et des enregistrements d'une réunion du G20.
Ces déclarations soulèvent une question cruciale : comment des financements destinés à répondre à des urgences sanitaires peuvent-ils échapper à une traçabilité claire ?
Des justificatifs insuffisants
Les inquiétudes ne datent pas d'hier. Le 2 octobre, Dieudonné Mwamba, directeur général de l'Institut national de santé publique (INSP), indiquait que, sur 94 partenaires accrédités, seuls 25 avaient fourni des justificatifs.
D'autres éléments rapportés interrogent également les mécanismes de contrôle. Un versement de 50.000 dollars sur le compte privé d'un député élu du Haut-Uélé aurait été effectué pour une prétendue campagne de sensibilisation communautaire. Dans le même registre, des élus du Nord-Kivu auraient présenté un devis de 345.000 dollars pour des activités similaires.
Ces informations, qui nécessitent des vérifications approfondies, posent la question du respect des procédures financières et de la séparation entre fonds publics, financements humanitaires et intérêts privés.
La riposte sanitaire face à l'exigence de redevabilité
Face à ces irrégularités présumées, le ministre de la Santé, Roger Kamba, a annoncé des mesures coercitives sur instruction du gouvernement, notamment le retrait d'accréditation et la saisine de la Direction générale de migration (DGM) à l'encontre des partenaires récalcitrants.
Mais les annonces ne suffiront pas. Il faudra établir précisément les montants reçus, les dépenses engagées, les fonds encore disponibles et les responsabilités éventuelles dans les sommes non retracées.
Derrière ces centaines de millions de dollars, il y a une urgence qui ne souffre d'aucun retard : la protection des populations. En période d'épidémie, chaque ressource mal documentée fragilise la confiance et risque de détourner l'attention des priorités sanitaires.
La transparence n'est donc pas une simple exigence comptable. Elle constitue une obligation morale envers les malades, les familles exposées et les communautés qui attendent une réponse sanitaire efficace.
Les fonds destinés à sauver des vies doivent pouvoir rendre compte de chaque dollar dépensé.
Jérémie ASOKO