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Emmanuel Kanyinda : "Le système LMD, c'est du copier-coller mal appliqué en RDC"
Intervenant hier au Café politique de la Fondation Friedrich-Ebert-Stiftung, le coordonnateur du CIDEP, Emmanuel Kanyinda a procédé à un décryptage sans complaisance des défis universitaires en République Démocratique du Congo. Devant un parterre d'une centaine d'invités réunis hier jeudi 30 juillet au Cercle Elaïs de Kinshasa, le conférencier s'exprimait dans le cadre du Café politique mensuel coorganisé par la Fondation Friedrich-Ebert-Stiftung et la Dynamique des Politologues Congolais (DYPOL).
Fustigeant "la précipitation avec laquelle les réformes ont été menées à l'Enseignement Supérieur et universitaire" il y a quelques années, dans l'optique d'offrir au pays des diplômes acceptés à l'étranger, l'orateur a mis le curseur sur une vérité qu'il estime fondamentale : aucun développement national n'est possible sans l'assainissement et la valorisation préalable du système éducatif et de la recherche scientifique.
Emmanuel Kanyinda a ainsi décrié l'obsolescence des infrastructures et le manque de préparation des structures d'accueil qui ont précédé la mise en œuvre du système LMD en RDC.
Veiller à la qualité de l'enseignement
D'entrée de jeu, cet enseignant méticuleux a souligné que l'évolution de l'enseignement supérieur impose des exigences strictes. Évoquant l'ancien système PADEM des années 2000 - conçu pour moderniser l'université, mais voué à l'échec par manque de préparation -, Emmanuel Kanyinda a rappelé que la base de toute émergence réside dans la qualité de son éducation.
"Celui qui veut détruire une nation doit commencer par détruire son système éducatif", a-t-il fait remarquer, appelant les gouvernants à rehausser la qualité de l'enseignement supérieur aux standards internationaux pour espérer rivaliser à l'échelle mondiale.
Nécessité d'une formation continue
Pour l'intervenant, la RDC ne peut plus se contenter de diplômes ou de systèmes dits "médiocres". L'alignement qualitatif est une condition sine qua non. C'est dans cette perspective que le système LMD impose le principe de l'apprentissage continu, note Emmanuel Kanyinda. Ainsi, l'obtention d'une licence ou d'un master n'est pas censée marquer la fin du parcours intellectuel.
La science évoluant constamment, un enseignant qui refuse d'actualiser ses connaissances s'expose à être dépassé par des étudiants connectés aux réalités modernes, alerte le coordonnateur de CIDEP.
De plus, estime-t-il, l'accent doit être mis sur la professionnalisation : l'enseignement ne peut plus rester purement théorique. Il s'agit désormais de former des diplômés capables de répondre à la question essentielle. A savoir : " Que sais-tu faire ?". Ce, afin de s'intégrer efficacement sur le marché de l'emploi.
Les leçons du processus de Bologne
Pour illustrer les écueils de la réforme congolaise, Emmanuel Kanyinda s'est appuyé sur l'exemple du Processus de Bologne, qui a démarré en Europe. Amorcé en 1988, ce processus n'a été lancé officiellement qu'onze ans plus tard, en 1999, le temps pour les pays européens de réunir toutes les conditions structurelles, institutionnelles et cartographiques nécessaires.
En RDC, affirme le coordonnateur national de CIDEP, l'erreur majeure réside dans la précipitation et le mimétisme - "un copier-coller" dépourvu de contextualisation. Vouloir adopter le LMD sans infrastructures adéquates revient, selon le conférencier, ''à surcharger un pont fragile qui risque de s'écrouler, entraînant des crises institutionnelles et des blocages systémiques''.
Une confusion conceptuelle
Dans son argumentaire, l'orateur a tenu à distinguer deux notions souvent confondues. D'une part, le système LMD, concu comme un modèle d'organisation axé sur trois grades (Licence, Master, Doctorat) dont les critères et exigences ne se négocient pas.
Une notion ) à ne pas confondre avec "La réforme LMD", entendue comme "le processus progressif et stratégique qu'un pays doit concevoir pour réussir cette transition".
En RDC, renseigne Emmanuel Kanyinda, les autorités se sont focalisées sur l'importation du modèle brut, sans bâtir au préalable les fondations indispensables. Des préalables qui devraient reposer sur l'autonomie des universités, la liberté de la recherche et la revalorisation du corps académique.
Les trois missions cardinales de l'Université
Au terme de son exposé, Emmanuel Kanyinda a jugé nécessaire de rappeler le triptyque sur lequel doit reposer l'université moderne. De prime abord, former des cadres compétents et opérationnels. Ensuite, chercher à travers une innovation scientifique autonome. Enfin, servir la communauté en apportant des solutions concrètes aux problèmes de la société.
Faute d'appliquer ce triptyque, les institutions congolaises, incapables de résoudre de l'intérieur les maux qui gangrènent le pays, continueront de se tourner vers l'extérieur (France, États-Unis, Canada...) à la moindre crise. Yves Kalikat