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Des voix s’élèvent pour la protection des exploitants artisanaux dans le secteur minier
«Entonnoir des matières premières», la République démocratique du Congo est qualifiée de «scandale
géologique» au regard du paradoxe que vit au quotidien sa population. Au moment où le pays est convoité pour ses ressources naturelles qu’il déverse sur le marché international, les communautés locales croupissent dans la pauvreté. «Il est temps que les choses changent», tempête la société civile dont nombre d’acteurs sont intervenus la semaine dernière au café politique «Uongozi», organisé par la Fondation Friedrich-Ebert-Stiftung à Kinshasa.
Mobilisés autour du secteur minier, les acteurs de la société civile se sont réunis pour échanger sur un thème qui taraude l’esprit des observateurs intéressés par la question des ressources naturelles : «Qui paye la note? La situation des exploitants miniers artisanaux en RDC».
La réflexion découle du paradoxe qui saute aux yeux dans plusieurs zones minières. Particulièrement à l’Est de la RDC où affluent des milliers d’investisseurs étrangers. «Premier producteur mondial de cobalt, avec environ 70% à 76% de la production mondiale, la RDC détient les clés de la transition énergétique et numérique», affirment Michel Kilima et Thiery Zeng, dans une étude récente publiée par la fondation allemande Friedrich-Ebert-Stiftung.
Comme on le sait, les minerais stratégiques tels le cobalt, le coltan, le cuivre... sont essentiels à la fabrication des batteries pour véhicules électriques, des smartphones et d’autres technologies vertes.
.«Or, la RDC est détentrice de ressources minérales estimées à plus de 24.000 milliards de dollars américains. Ce qui place son sous-sol au centre de l’économie numérique et écologique du XXIème siècle», assurent les chercheurs Michel Kilima et Thiery Zeng.
«Pourtant, constatent-ils, derrière ces chiffres impressionnants, certains cachent une réalité brutale : des milliers de creuseurs artisanaux, estimés entre 150.000 et 200.000, voire jusqu’à 450.000 dans certaines provinces comme le Lualaba, vivent dans une précarité extrême».
«Chaque jour, ils descendent dans des galeries de fortune, souvent sans équipement de protection, et sont exposés aux risques d’éboulement, aux maladies et aux violences», déplorent les deux chercheurs congolais.
«Curieusement, notent-ils, les dividendes de cette richesse minière remontent vers les capitales financières et les géants de la technologie, alors que les communautés locales stagnent dans la pauvreté, payant le prix fort en termes de santé, de sécurité et de dignité».
Femmes et enfants marginalisés
Dans ces carrières où les éboulements sont devenus récurrents, emportant sous terre des centaines de creuseurs artisanaux, comme récemment à Rubaya, dans le Nord-Kivu, ou encore dans le Katanga, des femmes et des enfants sont marginalisés, alors qu’on les voit souvent contraints de participer à l’extraction ou à des tâches périphériques dans des conditions dégradantes.
Plongés dans une spirale de dettes, les creuseurs artisanaux et leurs proches sont en plus victimes d’impacts environnementaux. Les sols et les eaux qui les environnent sont contaminés par des métaux lourds, avec des conséquences sanitaires graves (troubles respiratoires, affections dermatologiques, risques pour le développement des enfants vivant à proximité des sites miniers...), révèlent des enquêtes.
«Ainsi, privés d’accès à une eau potable sécurisée, les populations locales voient le rendement agricole diminuer et leur insécurité alimentaire s’accroître», regrettent Michel Kilima et Thiery Zeng.
Bien renseigné sur le sujet, l’ingénieur Jean-Jacques Kayembe estime que «90 % de l’exploitation artisanale en RDC se déroulent sur des terrains concédés à des investisseurs», ce qui lui paraît anormal.
Coordonnateur national de l’ITIE-RDC depuis 2020, ce diplômé en métallurgie de l’Université de Lubumbashi (UNILU) reconnaît que le secteur minier est trop risqué pour l’investisseur qui n’a pas la certitude de rentrer demain dans ses frais, après avoir beaucoup dépensé dans l’exploration, l’extraction et même dans la production de minerais.
Ainsi, pour réduire les risques pour leurs entreprises, plusieurs investisseurs recourent à la sous-traitance. Aux dires de Michel Kilima et de Thiery Zeng, «les grandes entreprises minières concèdent parfois des parcelles de leurs concessions à des coopératives locales. Cela leur permet de s’approvisionner en minerais à bas prix, sans avoir à assumer la responsabilité des conditions de travail au sein de ces coopératives».
Par ailleurs, soutiennent les chercheurs, «la dilution de la responsabilité permet aux multinationales de la Tech et de l’automobile d’acheter à des intermédiaires qui achètent eux-mêmes à des creuseurs anonymes, et de prétendre ainsi qu’elles ignorent les conditions de travail réelles».
Dès lors, «l’opacité de la chaîne d’approvisionnement leur permet de maintenir des prix bas en ignorant le coût de la protection sociale», attestent les deux analystes.
A peine, 5% d'acteurs émergent
De l’avis de Jean-Jacques Kayembe, sur 100 % d’acteurs qui interviennent dans le secteur minier en RDC, à peine 5 % émergent. «Les boss sont les plus influents et jouent un rôle déterminant dans un pays où à peine deux zones d’exploitation artisanale (ZEA) sont viables sur les 50 disponibles».
«Il recommande, dès lors, au Gouvernement congolais de mobiliser des moyens conséquents pour mieux connaître les richesses du sous-sol du pays et pouvoir investir dans une exploitation minière durable qui soit profitable pour le Congolais lambda».
Coordonnatrice d’un réseau de communicateurs spécialisés dans le secteur minier, Flore Kayala s’apitoie sur le sort des femmes et des enfants qui travaillent dans les zones minières. Elle affirme les avoir vus déployer des activités autour des carrières de mines. Ces personnes vulnérables s’adonnent, à la main, au tri des minerais, au concassage ou encore au lavage... Nombre d’entre elles se livrent à la prostitution pour arrondir leurs revenus.
Avocat, Jean-Pierre Okenda connaît bien le rôle des coopératives qui opèrent dans le secteur minier. À travers son expérience sur le terrain, il constate que les problèmes de transparence se posent avec acuité dans le secteur minier en RDC. La rentabilité préoccupe davantage les opérateurs qui œuvrent dans ce secteur, au point de sacrifier les maillons faibles de la chaîne d’approvisionnement.
Au terme des échanges, nombre d’acteurs de la société civile se sont montrés unanimes sur la nécessité de réformer le Code minier de 2018. D’après eux, ce Code ne tient pas suffisamment compte des intérêts des exploitants artisanaux et des syndicats des employés œuvrant dans le secteur minier.
«L’intégration des syndicats dans la gouvernance minière artisanale est un élément souvent négligé dans le débat sur l’exploitation artisanale. Le Code minier congolais continue de s’appuyer presque exclusivement sur les coopératives, souvent défaillantes ou contrôlées par des élites, et ignore largement les syndicats», soutient Christian Moleka, coordonnateur de la Dynamique des Politologues Congolais (Dypoc), paraphrasant les chercheurs Michel Kilima et Thiery Zeng.
«Cette omission prive les creuseurs d’un instrument collectif de défense de leurs droits et les condamne à se cantonner dans l’informel. Pourtant, les syndicats peuvent jouer un rôle décisif dans la structuration du secteur : ils offrent une représentativité réelle, favorisent la négociation collective et permettent de relier les artisans aux partenaires internationaux autour d’une même exigence de justice sociale», estime, pour sa part, Constantin Grund, Directeur de la Fondation Friedrich-Ebert-Stiftung en RDC.
Yves Kalikat