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Cimetière de Kimbanseke : lorsque les morts n’inspirent plus respect ni crainte !
Tombes éventrées, défoncées ou introuvables, croix emportées, marché occasionnel florissant en plein cimetière, quelques rares sépulcres encore debout dans une forêt d’herbes envahissantes, des cris des vendeurs à la sauvette, des colonnes de parents arpentant ce village des morts à la recherche de sépultures des proches… Le cimetière de Kimbanseke présente ce 1er août 2022 un spectacle d’abandon, de vestiges d’un village enfoui dans une brousse, au lendemain d’un bombardement… Des cris des vendeurs de vin de palme, d’eau et autres balais sont un signe qu’en pareille circonstance, les profiteurs ne manquent aucune occasion.
Lorsqu’on pénètre au cimetière de Kimbanseke, on est loin d’imaginer la scène ambiante.
Mué en lieu de négoces, il accueille quotidiennement nombre de vendeurs et vendeuses ambulants qui n’hesitent pas à vanter, auprès de visiteurs occasionnels, les vertus du vin de palme ou des breuvages enivrants aux qualités douteuses.
Sur notre trajectoire, une quarantaine de tombes s’alignent sous les regards indifférents de quelques jeunes qui s’affairent à les peindre.
A peine cette zone franchie, une forêt d’herbes se pointe masquant les vestiges blancs ou déteints des tombes et autres croix sous l’effet de la chaleur ou des pluies.
DES HEURES DE RECHERCHE INFRUCTUEUSE
En ce lundi férié, quelques parents rentrent de la quête de sépulcres de leurs proches. Des heures de recherche à travers des sentiers créés dans le cimetière se sont avérées infructueuses.
» Puisque vous vendez des croix de nos tombes qui ne vous appartiennent pas, vos enfants, vos petits-enfants ! ne seront jamais bénis dans leur vie « , a aussitôt lâché une femme débusquant du cimetière où elle n’a pas retrouvé la croix du caveau d' »un membre de famille.
» Nous rentrons sans avoir vu la tombe de notre parent « , s’indigne un quinquagénaire, surpris en train d’uriner sur une sépulture.
Une femme arpentant des tombes à la recherche de celle de son parent, nous répond : » Moi, je ne l’ai pas découvert, mais lui, m’a vu ».
A CHACUN SON JOUR DE CHANCE
A chacun son jour de chance. C’est le cas de cette famille qui n’est pas à sa première visite dans ce cimetière en pareille circonstance. L’un des membres est une religieuse. Originaire du Kongo Central, assise calmement sur la tombe, alors que les autres membres sont debout, en train de photographier le sépulcre au moyen de leurs téléphones.
Je les félicite d’avoir retrouvé la tombe de leur proche, inhumé en 1980. « Oui, mais nous serons obligés de l’expatrier au cimetière de Kimberly où nous avons inhumé notre mère. Ici, on n’a plus le respect des morts. Ce qui est tout différent de chez nous au Kongo Central C’est pour la troisième que nous entretenons la tombe de notre papa « , me confie la religieuse.
Par contre, cette femme n’a pas la même chance que cette famille. Je la trouve en train de tempêter, toute furieuse d’avoir retrouvé la tombe de son père profanée, inhumé en 1989. Découragée et toute plaintive, la dame, arborant des lunettes sombres, décide de refaire en béton cette sépulture comme celle se trouvant à deux mètres. » Je l’avais fait construire en carreaux achetés chez Basile« , me confie-t-elle.
VOICI L’EAU…VOICI LE SARCLAGE…
Un homme est l’un des plus chanceux. Je le surprends, accroupi, priant sur la tombe de son proche, une vingtaine de minutes durant.
Entre temps, l’occasion faisant le larron, dans ce village des morts fourmillent des enfants dont l’âge varie entre 6 et 10 ans, tous sexes confondus. Ils offrent leurs services. » Voici de l’eau ! Voici de l’eau ! « , crient-ils, arpentant le cimetière, bidons d’eau sur la tête. Cette eau sert à arroser autour d’une tombe sarclée.
Il n’ya pas que l’eau qui est en vente. Le vin de palme également vendu par des femmes qui sillonnent le village des morts, faisant de la vente à la criée.
» Voici le balai ! Voici le balai ! « , crie une autre fillette de sa voix fine d’enfant, munie d’un long balai.
Un autre ribambelled’une même famille, eux, offrent le service de sarclage , » Sakola yeyo ! Sakola yeyo (Voici le sarclage, en lingala, NDLR « , vocifèrent-ils, avec l’espoir d’attraper le marché. » Entre 300 FC et 500 FC quand il n’ ya pas beaucoup d’herbes et entre 1 000 FC et 1500 FC quand il y a beaucoup d’herbes « , me confient-ils, munis de leurs instruments de travail.
C’est dans cette ambiance mêlée de regrets, de colère, de joie, d’espoir, de désespoir que vit le cimetière de Kimbanseke, dépouillé chaque jour de son patrimoine. En effet, selon un homme contacté, c’est tard, vers les petites heures du matin – 1h, 2h voire 3 h – que ce village reçoit la visite des pillards qui viennent vandaliser les tombes pour voler barres de fer et autres caillasses qu’ils vont revendre la journée au petit marché du quartier 5 dans la commune de Kimbanseke.
Et comme l’a prédit un jeune garçon, » Le 1er août 2023, vous verrez encore autre chose« . Comme quoi, le spectacle désolant est loin de s’arrêter ici. Un reportage de Kléber KUNGU