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Rentrée des classes : Ceux qui façonnent l’avenir de la République méritent mieux
(Par Me Jules KAJINGULU MAKENGA, Avocat)
Après la gratuité de l’enseignement, la dignité de l’enseignant. En ce jour de rentrée des classes, des millions d’enfants congolais reprennent le chemin de l’école. Partout à travers la République, les élèves retrouvent leurs salles de classe, leurs camarades et, surtout, ceux qui vont les accompagner tout au long de l’année : leurs enseignants.
La rentrée scolaire est toujours un moment d’espérance. Elle est le rendez-vous annuel de toute une Nation avec son propre avenir. Car, c’est dans les salles de classe d’aujourd’hui que se préparent les citoyens, les responsables et les dirigeants de demain.
Mais, en regardant ces millions d’enfants reprendre le chemin de l’école, une question mérite d’être posée : quelle place la République accorde-t-elle réellement à ceux à qui elle confie la formation de son avenir ?
L’une des réformes majeures engagées ces dernières années dans notre pays est, sans conteste, la gratuité de l’enseignement de base. Cette réforme voulue et portée par le Président de la république a ouvert davantage les portes de l’école aux enfants congolais et soulagé des millions de familles. C’est une avancée historique.
Mais, toute grande réforme appelle son prolongement. Après avoir rendu l’école accessible aux enfants, il faut maintenant garantir la dignité de ceux qui les instruisent. La réforme de l’enseignement de base doit donc, dans son prolongement naturel, conduire à une réforme profonde de la condition de l’enseignant. Car, il y a une contradiction que notre société ne peut plus continuer à ignorer : celui qui forme tous les autres demeure parmi les plus mal rémunérés et les moins considérés de la société.
L’enseignant forme le citoyen. Il forme le médecin, le magistrat, l’ingénieur et l’entrepreneur.
Il forme le soldat et le chef militaire. Il forme le prêtre, le pasteur et le chef du clergé. Il forme le haut fonctionnaire et le responsable politique. Il forme le ministre. Il forme, enfin, le futur Chef de l’État.
Personne n’accède aux plus hautes responsabilités sans être d’abord passé entre les mains d’un enseignant. Comment expliquer alors que celui qui est à l’origine de toute cette chaîne de formation nationale soit lui-même relégué au bas de la hiérarchie des rémunérations et, souvent, du prestige social ?
La question mérite d’être posée avec courage. La rémunération de l’enseignant du primaire et du secondaire devrait compter parmi les plus élevées du pays, sinon constituer la rémunération de référence de notre politique publique.
Non pas parce que l’enseignant serait plus important que toutes les autres professions. Mais parce qu’il est à l’origine de toutes. Aucune profession ne naît sans l’école. Aucun médecin ne devient médecin sans avoir d’abord été l’élève d’un enseignant.
Aucun magistrat ne rendra justice sans avoir, lui aussi, appris à lire, à écrire et à raisonner sous la conduite d’un maître.
Aucun général, aucun ministre, aucun dirigeant politique, aucun Chef de l’État ne peut prétendre échapper à cette vérité fondamentale : avant de devenir quelqu’un dans la société, il a d’abord été l’élève de quelqu’un.
Cette réforme s’inscrirait parfaitement dans le droit fil de la gratuité de l’enseignement. La gratuité a permis d’ouvrir l’école. La revalorisation de l’enseignant doit permettre d’en relever la qualité. Les deux réformes sont indissociables. Car, l’accès à l’école est une grande victoire. Mais l’accès à une école de qualité, portée par des enseignants compétents, motivés, respectés et financièrement protégés, doit désormais constituer la prochaine ambition nationale.
Les nations qui prospèrent durablement ont généralement compris qu’on ne construit pas un système éducatif fort en abandonnant ceux qui l’animent. Le Maroc, comme plusieurs pays arabes, notamment certaines monarchies du Golfe, ont placé l’éducation et la formation de leur capital humain parmi leurs priorités stratégiques. Ces États ont compris, chacun selon son propre modèle, qu’il est impossible de bâtir une économie moderne et une administration performante sans investir durablement dans l’école et dans ceux qui y travaillent. Leur expérience doit nous inspirer, sans que nous cherchions nécessairement à la copier.
La République démocratique du Congo doit inventer son propre modèle de revalorisation de l’enseignant.
Un modèle qui placerait l’enseignement du primaire et du secondaire au cœur de la politique salariale nationale. Un modèle qui attirerait vers les écoles les meilleurs de notre jeunesse.
Un modèle qui ferait du métier d’enseignant une ambition, une vocation et une réussite sociale.
Car lorsqu’un métier devient digne, respecté et correctement rémunéré, il attire naturellement les talents. Et lorsque les meilleurs talents choisissent d’enseigner, c’est toute la qualité de la Nation qui s’élève.
Une telle réforme aurait également un effet plus large sur notre société. Aujourd’hui, la politique apparaît trop souvent comme l’un des principaux chemins vers la reconnaissance sociale et financière. Cette situation explique, en partie, la ruée vers la politique et la multiplication des ambitions politiques, parfois sans véritable vocation ni projet de société. Elle contribue aussi à la prolifération des partis politiques.
Mais une société forte doit offrir à sa jeunesse plusieurs chemins vers l’excellence et la réussite. Un jeune Congolais devrait pouvoir rêver de devenir enseignant avec autant de fierté qu’il rêve de devenir député, ministre ou haut fonctionnaire.
La revalorisation de l’enseignement pourrait contribuer à rééquilibrer les ambitions et à redonner à la vocation éducative la place qu’elle mérite.
La rentrée scolaire du 1er septembre doit donc nous rappeler une vérité simple : l’avenir du Congo ne se prépare pas uniquement dans les bureaux du pouvoir. Il commence chaque matin dans une salle de classe.
Une armée forte commence par un enseignant. Une justice crédible commence par un enseignant. Une administration efficace commence par un enseignant. Une économie compétitive commence par un enseignant. Une démocratie mature commence par un enseignant. Et, surtout, une République forte commence par l’école.
Après la grande réforme de la gratuité de l’enseignement, il est peut-être temps d’engager la deuxième grande réforme : celle de la dignité de l’enseignant.
En ce jour de rentrée des classes, pensons à l’enfant qui entre pour la première fois dans une salle de classe. Pensons à l’avenir qu’il représente. Mais, pensons aussi à la femme ou à l’homme qui se trouve devant lui, chargé de lui apprendre à lire, à écrire, à compter, à comprendre et, surtout, à devenir citoyen. Cet enseignant tient entre ses mains une part essentielle de l’avenir de la République. Il est temps que la République le lui rende.
Après la gratuité de l’enseignement, la dignité de l’enseignant. Après l’accès à l’école, l’excellence de l’école. Et pour que l’école devienne excellente, il faut commencer par donner à l’enseignant la place qu’il mérite.