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Investi Président le samedi dernier : Fatshi déterminé à rectifier les erreurs du passé dans son dernier mandat
C’est désormais effectif. Félix Tshisekedi vient d’amorcer son second quinquennat comme président de la République Démocratique du Congo (RDC). Il a, à cet effet, prêté serment devant la Cour constitutionnelle samedi 20 janvier dernier et Devant plus de 80.000 personnes réunies au stade des Martyrs de la Pentecôte à Kinshasa.
C’est dans une atmosphère de liesse populaire que le Président élu, lors du scrutin du 20 décembre 2023 a prêté serment en présence de Chefs d’État africains. Parmi eux, William Ruto (Kenya), Hakainde Hichilema (Zambie), Faustin-Archange Touadéra (Centrafrique)… Aux côtés, des délégations diplomatiques et représentants officiels de plusieurs pays du monde.
Initialement prévue à 10h00, la cérémonie de prestation de serment a démarré aux abords de 14h00 avec l’arrivée du Président Tshisekedi.
UNE ENTRÉE TRIOMPHALE AU STADE DE MARTYRS
Escorté par un impressionnant cortège des chevaux et des motos de la Garde républicaine, M.Tshisekedi est arrivé au stade des Martyrs, noir de monde, à bord d’une jeep de la marque Toyota de militaire. À son entrée dans l’enceinte, des milliers de partisans enthousiastes l’ont ovationné pendant plusieurs minutes, brandissant fièrement des drapeaux congolais et scandant son nom.
Vêtu d’un costume bleu, le visage décontracté, Félix Tshisekedi a salué la foule à bras tendus depuis son véhicule, avant d’aller s’installer momentanément dans la tribune officielle, en attendant d’être invité par la plus haute juridiction du pays pour sa prestation de serment. Au rendez-vous, des chefs de confessions religieuses ont procédé à prière œcuménique, avant la lecture du réquisitoire du Procureur général près la Cour constitutionnelle.
Au moment fixé, Félix Tshisekedi a officiellement prêté serment devant la Cour constitutionnelle et en présence de ses homologues africains. Le président réélu a récité la formule du serment prévue par la Constitution. Il a juré de défendre la loi fondamentale, de préserver l’unité et l’intégrité du territoire congolais, et les droits des citoyens.
« Moi,Tshisekedi Tshilombo Félix-Antoine, élu Président de la République Démocratique du Congo, je jure solennellement devant Dieu et la nation : d’observer et de défendre la Constitution et les lois de la République ; de maintenir son indépendance et l’intégrité de son territoire ; de sauvegarder l’unité nationale ; de ne me laisser guider que par l’intérêt général et le respect des droits de la personne humaine ;de consacrer toutes mes forces à la promotion du bien commun et de la paix; de remplir, loyalement et en fidèle serviteur du peuple, les hautes fonctions qui me sont confiées« , a-t-il déclaré devant un public hilarant.
Devant plus de 80.000 spectateurs venus assister à l’événement, Félix Tshisekedi a reçu les symboles du pouvoir des mains de la plus haute juridiction du pays. Dans la foulée, vingt-et-un coups de canon retentirent dans l’ex-stade Kamanyola pour saluer le début du second mandat présidentiel.
L’origine 21 COUPS DE CANON
Pour le second mandat de Félix Tshisekedi à la tête de la République démocratique du Congo, la tradition est une nouvelle fois respectée : les 21 coups de canon, tirés depuis le stade des Martyrs à la fin de la cérémonie.
Cet acte rituel suscite souvent des questionnements sur son origine. Selon l’historien congolais Isidore Ndaywel, elle remonte en réalité à l’époque de la monarchie européenne. Lorsqu’un roi mourait, 101 coups étaient tirés pour marquer la naissance du nouveau souverain. En 1958, le général de Gaulle a décidé de ramener le nombre à 21 coups, se référant à la logique médiévale.
Mais l’explication serait en réalité encore plus ancienne. Les 21 coups de canon symboliseraient à l’origine la tradition des navires accostant un port. Pour signaler qu’ils n’avaient plus de munitions à bord, les bateaux tiraient le contenu de leurs 7 canons, soit 3 boulets par canon. Ce qui fait un total de 21 coups.
« Sur l’échiquier international, on utilise toujours les 21 coups de canon. Donc, contrairement à ce que cela puisse paraître, les coups de canon symbolisent la paix et c’est une tradition médiévale liée à la navigation. Lorsqu’un bateau accostait, avant d’accoster, le bateau vidait ses canons des bombes disponibles. Comme il y avait habituellement 7 canons, le bateau tirait 7 bombes, signifiant qu’il n’y avait plus rien. Lorsqu’on a amélioré la navigation, chaque canon tirait 3 balles, ce qui faisait 3 bombes multipliées par 7, soit 21. C’est l’origine du chiffre 21« , a expliqué le professeur Isidore Ndaywel lors d’un briefing presse, animé conjointement avec le porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya, la veille de la cérémonie.
Depuis l’indépendance de la RDC en 1960, les investitures présidentielles sont toujours marquées par cette tradition, devenue le rituel qui scelle officiellement l’accession au pouvoir du nouveau chef de l’État. Félix Tshisekedi est ainsi le cinquième président à être intronisé selon cet usage, désormais ancré dans la culture politique congolaise.
UN NOUVEAU MANDAT AXÉ SUR SIX PRIORITÉS
Conscient des attentes élevées du peuple Congolais durant ce nouveau mandat, Félix Tshisekedi promet de s’attaquer aux maux qui gangrènent la population, parmi lesquelles : le chômage des jeunes, la dépréciation du franc congolais, l’autonomisation et la promotion des femmes dans notre société, de même que l’inclusion et la protection des personnes les plus vulnérables. Pour ce faire, il axe son quinquennat sur six priorités dont l’emploi, la sécurité, les services publics…
« Ce nouveau quinquennat aura pour objectifs de créer plus d’emplois en accélérant la promotion de l’entreprenariat, de protéger le pouvoir d’achat de ménages en stabilisant le niveau de la stabilisation et en maîtrisant le taux de change, d’assurer avec beaucoup plus d’efficacité la sécurité de nos populations, de notre territoire, de nos biens, de poursuivre la diversification de notre économie et d’accroître sa compétitivité, de garantir plus d’accès aux services de base et renforcer l’efficacité des services « , a déclaré Félix-Antoine Tshisekedi.
STABILISER LE FRANC CONGOLAIS
Le Président de la République Démocratique du Congo, Félix-Antoine Tshisekedi, a fait aussi de la stabilisation du Franc congolais (CDF) l’une de ses priorités. Dans son discours aux Congolais après son investiture, il a exprimé sa volonté de répondre aux attentes des citoyens en matière de pouvoir d’achat, et donc de stabilité monétaire.
« Cher compatriotes, je vous ai entendu. J’ai conscience des attentes que peuvent susciter le chômage, la création d’opportunités d’emplois pour les jeunes, les femmes ou encore les personnes vivant avec handicap.J’ai conscience de vos attentes relatives à l’augmentation du pouvoir d’achat, à la stabilité du Franc congolais« , a promis le Président Félix-Antoine Tshisekedi.
Selon certains analystes économiques, le CDF a connu une forte dépréciation ces dernières années, perdant plus de la moitié de sa valeur face au dollar américain. L’une des causes de cette dégringolade s’explique par le déficit persistant de la balance des paiements, lié à la dépendance économique du pays vis-à-vis des importations. Le nouveau président entend y remédier en diversifiant l’économie, notamment en développant l’agriculture et l’industrie locales pour réduire cette dépendance.
Concrètement, il s’agira d’encourager les investissements privés dans des secteurs créateurs d’emplois et de devises, comme l’exploitation minière. Le gouvernement cherchera également à attirer les investisseurs étrangers dans l’industrie manufacturière – transformation alimentaire, textile, métallurgie etc. – pour produire sur place des biens aujourd’hui importés.
Ces ambitions résument, selon ses dires, sa ferme volonté d’apporter des réponses concrètes aux problèmes récurrents du pays, en particulier le chômage des jeunes. Reste à savoir si Félix Tshisekedi saura concrétiser ces promesses.
« Ces engagements résument ma détermination à offrir des solutions pragmatiques par la force de la volonté et de la mobilisation des énergies de tous pour la création de plus d’emplois pour les jeunes à la sortie de la formation et pour les personnes en sous-emploi, la maîtrise du coût de la vie, et la garantie de la sécurité des citoyens où qu’ils vivent« , a rassuré Félix Tshisekedi.
En outre, le président Tshisekedi a émis le souhait de vouloir « transformer » et « parachever l’avènement d’un Congo plus uni, mieux sécurisé et plus prospère » au cours des cinq prochaines années. Pour cela, il promet de tout mettre en œuvre pour y parvenir.
« À présent, il s’agit pour nous de transformer, durant les cinq prochaines années, les prouesses que nous avons réalisées et de parachever l’avènement d’un Congo plus uni, mieux sécurisé et plus prospère« , a-t-il déclaré.
RECTIFIER LES ERREURS DU PASSÉ
Lors de son investiture, Félix Tshisekedi a promis de tirer les leçons de son premier quinquennat à la tête de la RDC. Face aux défis économiques et sécuritaires, le président réélu s’est engagé à éviter les erreurs du passé pour transformer le pays.
Dans son allocution, il est revenu sur l’expérience acquise ces 5 dernières années. Il s’est dit déterminé à agir promptement pour concrétiser les aspirations du peuple congolais, en matérialisant les réformes nécessaires au développement du Congo.
Pour y parvenir, le chef d’Etat a appelé l’ensemble des institutions et des citoyens à un sursaut patriotique. Il a promis de former un gouvernement chargé de mettre en oeuvre ces changements de manière efficace.
« Tirant les leçons de l’expérience passée et ayant à l’esprit vos aspirations exprimées, je m’engage à user de tout ce qui est en mon pouvoir pour que les erreurs du passé ne se reproduisent plus et pour que les actions nécessaires à l’avancement de notre pays soient promptement prises« , a-t-il promis.
Pour le matérialiser, Félix Tshisekedi appelle les chefs des institutions à un stade élevé du patriotisme. « C’est à cela que j’engagerai le Gouvernement qui sera formé, une fois la majorité dégagée. D’ores et déjà, j’appelle tous les animateurs des institutions publiques, à quelque échelon que ce soit, toutes les citoyennes et tous les citoyens à un sens élevé de patriotisme, afin que notre rêve commun à tous, de voir notre Congo dans toute sa splendeur devenir une réalité« , a-t-il fait appel.
Reste à voir si Félix Tshisekedi saura transformer la page après un premier mandat où, d’après certains kinois, nombreuses promesses sont restées lettre morte. Mais avec cette investiture, il réaffirme sa volonté de répondre aux attentes des Congolais en matière d’emploi, de pouvoir d’achat et de sécurité.
TSHISEKEDI TEND LA MAIN À L’OPPOSITION POUR GOUVERNER ENSEMBLE
Félix Tshisekedi a profité de cette occasion pour adresser un message d’ouverture en direction de ses adversaires politiques. Le chef de l’État a salué leur engagement dans le processus électoral et reconnu leur « place légitime » dans la gestion des affaires nationales.
« Ne dit-on pas que plus le combat est dur, plus la victoire est belle? Vous êtes donc une composante consubstantielle à l’évènement de ce jour et vous avez, à juste à titre, votre place à dans la gouvernance de notre pays. En tant que garant de la cohésion nationale, moi-même, je veillerai à cela« , a déclaré M. Tshisekedi, s’adressant aux candidats battus à la présidentielle de décembre 2023.
Le cinquième président de la RD Congo, a invité le Parlement à jouer pleinement son rôle de représentation de l’opposition. Il a appelé à « un esprit constructif au service des Congolais« , malgré les divergences politiques. Cet appel à l’unité vise à rassembler les forces vives de la nation pour relever les défis du développement.
En reconnaissant la légitimité de l’opposition, Félix Tshisekedi ouvre la voie à une gestion plus inclusive du pays au cours de son second mandat. Reste à savoir si ses adversaires répondront positivement à cette main tendue.
UNITÉ CONTRE LES MENACES EXTÉRIEURES
Félix Tshisekedi a appelé les Congolais à faire front commun face aux défis sécuritaires. Dans son discours, le président réélu a dénoncé les « velléités obscures » de certains pays voisins et acteurs internationaux.
« Il nous faut croire davantage en notre communauté de destin et y travailler de manière plus harmonieuse« , a exhorté M. Tshisekedi devant une foule massive au stade des Martyrs. Il a mis en garde contre ceux qui ont choisi la voie de l’ignominie et de la barbarie.
Le chef de l’Etat a notamment déploré « la trahison de certains Congolais » qui s’allient aux ennemis du pays. Malgré « le sacrifice » des forces de sécurité, les menaces persistent selon lui, « alimentées par la complicité lâche » de certains compatriotes.
En s’engageant à défendre l’intégrité territoriale, Félix Tshisekedi a exhorté les Congolais à l’unité nationale face aux groupes rebelles dans l’Est du pays et aux ingérences étrangères. Une unité qu’il jugera nécessaire pour relever les défis de stabilité et de développement.
Ce second quinquennat à la tête de la RDC représente un défi de taille pour Tshisekedi, dont la réélection en décembre dernier est toujours contestée par l’opposition. La veille de son investiture, Il devra accélérer les réformes réclamées par la population et concrétiser ses promesses faites pendant la campagne électorale afin de répondre aux attentes toujours aussi grandes des Congolais. Christian-Timothée MAMPUYA