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Musique : Il y a 18 ans disparaissait Charles Mombaya, l’un des pionniers du gospel congolais
Le 20 mai 2007, la République démocratique du Congo perdait l’un de ses fils les plus emblématiques dans le domaine de la musique chrétienne. Dix-huit ans plus tard, l’héritage de Charles Mombaya continue de rayonner, tel un flambeau que les générations montantes refusent de laisser s’éteindre. Artiste, pédagogue, chef de chœur, producteur, mais surtout serviteur de Dieu, Charles Mombaya reste une figure indissociable de la genèse et de l’essor de la musique gospel congolaise.
Né le 31 octobre 1956 à Léopoldville, aujourd’hui Kinshasa, Mombaya a marqué l’histoire d’un genre longtemps cantonné dans les cercles religieux pour le projeter sur la scène nationale et internationale. Fils de Charles Miswanga Nabar (Bandundu) et de Catherine Ngonde (Équateur), il fut l’aîné d’une fratrie de quatorze enfants. Très tôt, il est animé par une passion profonde pour la musique et la foi, deux piliers qui définiront l’essence même de son parcours.
Baptisé en 1974, Charles Mombaya fonde l’année suivante la chorale Les Ambassadeurs du Christ, avant de créer en 1980 le groupe Les Messagers, premier quartet de gospel au Congo. Il s’impose comme un novateur, un rassembleur, mais aussi un formateur rigoureux. Il insufflera son savoir et son inspiration à plusieurs artistes aujourd’hui incontournables du gospel congolais, tels que L’Or Mbongo, Sandra Mbuyi, Marie Misamu ou encore Nana Lukezo. Ces noms, devenus des références, sont les fruits visibles d’un arbre aux racines profondes.
Mais Charles Mombaya ne se contentait pas de chanter: il bâtissait. En fondant l’Association des musiciens chrétiens du Congo (AMCC), il offrait un cadre structurant à toute une génération d’artistes. Il crée aussi Asifiwe sprl, un label et studio d’enregistrement qui devient un véritable incubateur de talents. Ce lieu devient le berceau de nombreuses carrières musicales et un centre de production majeur de la musique chrétienne au Congo.
Par sa maîtrise de la composition et de l’arrangement, Mombaya enrichit le répertoire liturgique africain, adaptant les messages bibliques aux réalités sociales, en intégrant divers styles musicaux. Auteur de plus de 100 chansons et détenteur de 20 albums, il a su faire de son art un vecteur d’édification spirituelle, de transformation sociale et de rayonnement culturel. Il fut d’ailleurs le seul artiste chrétien décoré par le gouvernement congolais de la Médaille de mérite artistique en 2002.
Titulaire d’un diplôme de l’Institut national des arts de Kinshasa, d’une maîtrise en musicologie et d’un DEA de littérature de la Sorbonne (Paris-IV), il a su concilier excellence artistique et rigueur académique. En 1995, l’UNESCO lui confie l’honneur de représenter l’Afrique au Mémorial d’Hiroshima. Cinq ans plus tard, il est encore appelé à intervenir lors d’une conférence internationale sur le patrimoine culturel en Jordanie.
«Un musicien ne meurt pas, même s’il n’est plus là, ses œuvres continuent de parler», a déclaré, ce 20 mai 2025, le chantre Patrice Ngoy Musoko en hommage à son aîné disparu. Et d’ajouter : «Papa Charles n’est plus un homme à présenter aujourd’hui, surtout auprès de toutes les générations. Dieu lui a accordé une grâce exceptionnelle. »
Charles Mombaya est mort à son domicile le dimanche 20 mai 2007, à 11h30. Ses obsèques à la cathédrale du Centenaire protestant ont rassemblé une foule immense, symbole de l’attachement que le pays avait pour lui. Il repose aujourd’hui au cimetière de Kinkole à Kinshasa, mais son œuvre, elle, demeure vivante.
À l’heure où la musique gospel congolaise continue de se développer, elle s’appuie toujours sur les fondations solides posées par cet architecte de la foi en chanson. Dix-huit ans après, Charles Mombaya n’est pas un souvenir, il est un héritage. Un héritage vivant.
Ézéchiel Monteirious MONTEIRO