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Marche rime avec démarche
Les Congolais ont mille fois raison de marcher. Question d’exprimer leur attachement inconditionnel à la mère patrie. Histoire de manifester leur soutien indéfectible aux FARDC.
Mais, au pays de la débrouillardise – le fameux système d- à tous les étages, une marche peut devenir facilement un marché pour lequel chacun y va de sa démarche.
Ainsi, le leader politique de la Majorité ou apparentés fera d’une pierre deux, trois ou davantage de coups. Battre le pavé pour soutenir les FARDC, certes. Mais surtout pour réitérer, avec force haut-parleur, sa fidélité au Président. Important par ces temps qui courent où un réaménagement, peut-être même un remaniement, est dans l’air.
Pour ceux des fatshistes – convaincus ou de circonstance- déjà casés, l’exercice consiste à maximiser les chances de se maintenir sous les ors et lambris des palais de la République. Pour les aspirants aux maroquins, la marche tient lieu d’une démarche pour taper dans l’œil de Fatshi béton. A la lisière de l’année électorale, tous les moyens sont bons pour se rappeler au bon souvenir de celui qui a la signature. Après tout, la fin justifie tous… les moyens, dixit Machiavel.
La marche contre le méchant Kagamé est aussi synonyme démarche pour certains opposants candidats au portefeuille ministériel au nom de l’unité nationale. La chanson «cinq kilomètres à pied, ça use le talon» en bulle, le marcheur battant pavillon «opposition» pense ainsi au retour sur investissement.
Ce n’est pas tout. La nébuleuse «Société civile» ne sera pas en reste. Une course à l’échalote va s’engager avec tout ce le pays compte de «société civile neutre et apolitique». Là aussi, entre deux imprécations amplement méritées contre Paul Kagamé et ses ouailles en difficulté dans le Rutshuru, la «visibilité» sera le maître mot.
Et le marcheur fondamental dans tout ça? Ce sera là haute saison. Du pain béni. Un vrai marché qu’on attrape sans démarche autre que la simple marche que l’on fait pour la battue journalière. Dans ce pays de toutes les démesures, appartenir à tous les partis politiques, être sociétaire de toutes les sociétés civiles facilite tellement les choses.
On peut être de toutes les marches en variant seulement le degré de la colère. Modérément colérique avec les organisateurs modérés. Extrêmement fâchés avec des manifestants très remontés.
A la nuit tombée, on a de quoi faire le marché après la marche.
Cela dit, face à la lame de fond patriotique, les marcheurs opportunistes ou alimentaires seront fort peu nombreux en comparaison de l’écrasante majorité des Congolais qui entendent manifester pour soutenir l’Armée nationale dans sa mission sacrée de défendre l’intégrité territoriale. La parcelle RDC n’étant pas à vendre. José NAWEJ/Séoul