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Jean-Marc Kabund : " Le cessez-le-feu n'est qu'un point de départ. Un dialogue national s'impose "
La Déclaration de principes signée à Doha entre le gouvernement congolais et le mouvement armé AFC/M23 continue de susciter des réactions au sein de la classe politique congolaise. Parmi les voix les plus critiques mais constructives, celle de Jean-Marc Kabund-a-Kabund, ancien vice-premier président de l'Assemblée nationale et leader du parti Alliance pour le Changement, s'est exprimée avec gravité et clarté.
Dans une intervention relayée notamment par RFI, Kabund salue une " avancée notable ", en référence au cessez-le-feu obtenu, mais avertit contre toute illusion d'une paix partielle ou précipitée, sans ancrage national.
" Le cessez-le-feu ne doit pas être une fin en soi, mais plutôt une opportunité pour engager enfin un dialogue véritablement inclusif ", insiste-t-il.
Pour M. Kabund, l'erreur serait de croire qu'un accord isolé avec le M23 même facilité par le Rwanda et appuyé par le Qatar suffira à éteindre une crise à multiples visages. Il rappelle que plus de 260 groupes armés opèrent dans l'Est de la RDC, dans une insécurité devenue systémique et chronique.
" Le gouvernement congolais doit comprendre qu'envisager de contourner l'exigence d'un dialogue national serait une grave erreur d'appréciation ", prévient-il.
Dans cette optique, il appelle à un dialogue intercongolais inclusif, élargi à l'ensemble des acteurs politiques, sociaux et communautaires, pour traiter en profondeur la question sécuritaire, mais aussi la reconstruction de la cohésion nationale, fortement éprouvée, selon lui, par les élections chaotiques, les velléités de changement constitutionnel et une intolérance politique croissante.
Un dialogue à deux temps
Sur les ondes de RFI, Jean-Marc Kabund a précisé sa vision : un dialogue en deux temps, articulé autour d'un axe international et d'un axe national.
D'abord, un règlement diplomatique au plus haut niveau, notamment à travers le processus de Luanda, censé aboutir à un accord entre le président Félix Tshisekedi et son homologue rwandais Paul Kagame pour l'évacuation des forces étrangères impliquées dans le conflit, en particulier les éléments rwandais intégrés dans le M23.
" La crise dans l'Est est une crise armée internationale. Ce n'est qu'après le retrait du Rwanda que nous pourrons dialoguer en toute souveraineté avec les Congolais restés dans le M23", soutient-il.
Kabund rejette les discours de déni
M. Kabund rejette catégoriquement les discours de déni de toute possibilité de dialogue avec le M23, qu'il considère au contraire comme une composante incontournable du conflit, à traiter politiquement, une fois isolée de ses appuis extérieurs.
" Dire qu'on ne va pas négocier avec le M23, c'est une absurdité. La solution passe par le dialogue, y compris avec eux, mais aussi avec toute la classe politique et la société civile ", affirme-t-il.
Dans un climat de tension et d'attente, Jean-Marc Kabund se positionne ainsi comme l'un des rares acteurs politiques à conjuguer lucidité, critique et proposition, rappelant que la paix durable ne se décrète pas à huis clos, elle se construit collectivement.
Jérémie ASOKO