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Inspection générale des finances : gare à l’instrumentalisation !
Depuis quelques mois, l’Inspection générale des finances (IGF) passe au-devant de la scène. Sortie de terres de l’oubli après plusieurs années d’hibernation, ce service public s’illustre de nos jours par la traque en cascade de quelques mandataires publics. Pour la plupart, des cadres de l’ancien régime. Jugés jadis d’intouchables, ils sont aujourd’hui accusés de détournements des deniers publics et livrés à la justice…
La dernière en date de cette série, c’est l’interpellation d’Augustin Matata Ponyo, l’ancien Premier ministre de Joseph Kabila. Il est, en fait, accusé d’avoir dilapidé l’équivalent d’environ 300 millions de dollars américains, destinés à la matérialisation du projet du parc agro-industriel de Bukanga Lonzo, dans l’ex-Bandundu.
De retour à Kinshasa, en provenance de la Guinée-Conakry, où il est désormais consultant en matière de bonne gouvernance auprès du Président guinéen Alpha Condé et du Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana, Matata Ponyo tient à lever tout soupçon sur sa personne. C’est dans ce cadre qu’il a déclaré à la presse le dimanche 9 mai dernier qu’il est revenu »pour braver l’injustice ». C’est tout dit.
Victimes de machination politique ?
Pour nombre d’observateurs en effet, cette litote de »Mapon » est devenue un refrain fredonné par la plupart des mandataires qui s’estiment »victimes de machination du nouveau pouvoir ». Ces gestionnaires traqués sont d’avis qu’ils font office d’holocauste sur l’autel des ambitions politiciennes, au nom de »la lutte contre l’impunité » à brandir aux yeux de l’opinion tant nationale qu’internationale.
Ces analystes ne s’expliquent pas pourquoi, selon eux, »ces gros poissons de l’IGF ne sont péchés que dans le camp politique opposé à celui du pouvoir en place ». Et ce, à l’approche des échéances électorales de 2023.
Point d’amalgame avec la politique
La réplique ne s’est pas fait attendre, côté IGF. Aux dires de Jules Alingete, le numéro un de cette institution, il importe de savoir que »la bonne gouvernance a comme socle la redevabilité et le contrôle ». C’est dans cette optique que s’inscrit, selon lui, le dossier de Bukanga Lonzo. Le peuple congolais a droit aux explications sur la dilapidation de 300 millions de dollars, difficilement mobilisés par les régies financières pour ce projet, a-t-il indiqué lors d’un récent échange avec la presse, relayé par Ouraganfm.cd.
Point donc besoin de faire l’amalgame avec la politique, insiste-t-il. « Les inquiétudes des Congolais sur la débâcle de ce parc agro-industriel remontent à plus de quatre ans. Répondre aujourd’hui à ces préoccupations des Congolais ne peut nullement être un fait politique », fait-il remarquer. Dès lors, »traiter la justice de son pays d’instrumentalisée est un déni, une injure inacceptable qui frise l’outrage », a-t-il martelé.
Assurant que la démarche menée par l’IGF est bel est bien objective et non diligentée par une officine obscure, Jules Alingete balaye d’un revers de la main l’accusation de ses détracteurs. « L’interpellation de la justice est faite, selon lui, sur l’intime conviction du parquet après recoupement de plusieurs sources d’informations et faits, et non pas seulement sur base de son rapport ».
Convaincue que dans chaque cas, il y a toujours des exceptions, le numéro un de l’Inspection générale des Finances se réjouit plutôt de constater une attitude positive dans le chef de plusieurs incriminés dans ce dossier. Une attitude qu’il encourage.
Retenue et délicatesse
De l’avis général des Congolais, le réveil de l’IGF est vu d’un bon œil, d’autant que cette institution participe à la bonne gouvernance. « Ce qui est gênant toutefois, c’est la théâtralisation qui entoure certaines de ses actions. Il ne faudrait pas que, par certaines de ses démarches jugées sélectives, que l’IGF donne à penser qu’elle est instrumentalisée. Qu’elle est utilisée pour régler des comptes à des adversaires politiques, en profitant de l’effervescence ambiante », relève un analyste politique.
Un autre analyste recommande plus de retenue aux animateurs de l’IGF, les conviant à communiquer avec finesse, vu la délicatesse de leur mission. Sinon, de ne communiquer que si c’est vraiment nécessaire.
Yves KALIKAT