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Burkina : Blaise Compaoré condamné à vie pour l’assassinat de Sankara
En exil en Côte d’Ivoire depuis 2014, Blaise Compaoré a été condamné par contumace, de même que le commandant de sa garde au moment des faits, Hyacinthe Kafando, en fuite depuis 2016.
Le général Gilbert Diendéré, un des chefs de l’armée lors du putsch de 1987, qui purge déjà une peine de 20 ans de prison pour sa participation à une tentative de coup d’Etat en 2015, était présent à l’énoncé du verdict.
Les trois hommes sont condamnés pour « attentat à la sûreté de l’Etat ». Blaise Compaoré et Gilbert Diendéré sont également reconnus coupables de « complicité d’assassinat » et Hyacinthe Kafando, soupçonné d’avoir mené le commando qui a tué Thomas Sankara, d’assassinat ». Ils ont quinze jours pour faire appel de ces lourdes sentences.
Les juges sont allés au-delà des réquisitions du Parquet militaire qui avait demandé 30 ans de prison contre MM. Compaoré et Kafando et 20 ans contre M. Diendéré.
Justice et vérité
« Le juge a donné son verdict selon la loi et tout le monde apprécie« , s’est réjouie la veuve du président assassiné, Mariam Sankara, présente presque tout au long du procès.
« C’est quelque chose qu’on a demandé, la justice et la vérité« , a t-elle ajouté, affirmant: « Notre but c’était que les violences politiques qu’il y a au Burkina finissent. Ce verdict va donner à réfléchir à beaucoup de personnes« .
L’avocat de la famille Sankara, Guy Hervé Kam, a également fait part de son « sentiment de satisfaction« . « Aujourd’hui, je peux dire que je suis fier d’être Burkinabè et avocat. Je suis fier de voir l’aboutissement d’un combat judiciaire de près de 30 ans« , a-t-il ajouté.
« Notre espoir » après ce verdict, « c’est que ce genre de crime odieux n’arrive plus jamais au Burkina ni ailleurs en Afrique« , a souhaité Prosper Farama, autre avocat des Sankara.
Celui du général Diendéré, Mathieu Somé, a jugé la condamnation de son client à la perpétuité, « excessive« . « En étant accusé présent, il a la même peine que ceux qui étaient absents. Ce qui n’est pas tout à fait juste car il est venu apporter sa contribution« , a-t-il relevé.
Huit autres accusés ont été condamnés à des peines allant de trois ans à vingt ans de prison. Trois accusés, enfin, ont été acquittés.
Ce procès historique s’était ouvert en octobre 2021, 34 ans après la mort de Sankara, icône panafricaine, assassiné lors d’un coup d’Etat qui a porté au pouvoir Blaise Compaoré.
Arrivé au pouvoir par un coup d’Etat en 1983, Thomas Sankara a été tué avec douze de ses compagnons par un commando lors d’une réunion au siège du Conseil national de la révolution (CNR) à Ouagadougou. Il avait 37 ans.
La mort de Thomas Sankara, qui voulait « décoloniser les mentalités » et bouleverser l’ordre mondial en prenant la défense des pauvres et des opprimés, a été un sujet tabou pendant les 27 ans de pouvoir de M. Compaoré, contraint de partir après une insurrection populaire en 2014. AFP