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Hommages à José Nawej, RDC : Pourquoi pas un prix national dénommé » José Nawej », ses écrits sont toute une école
Samedi 28 octobre 2023. Il est 23 heures passées lorsqu’un confrère m’appelle. Il commence par s’excuser vu l’heure. Ce qui a été torrentielle par la suite est la question qu’il pose : « Qu’est ce que je vois sur Internet ? Le vieux Nawej est mort ? « . Vérification faite, l’information est malheureusement vraie. « L’éditorialiste magnifique » n’est plus. Quelle perte ! Je suis resté comme paraplégié sur le fauteuil. Ma vie s’est arrêtée un instant et j’ai vu défiler sur mon téléviseur tous les moments passés aux côtés de cet orfèvre de la plume. De notre première rencontre, alors étudiant venu pour le stage académique, au jour où je lui envoie un texto pour lui annoncer que je prenais congé de « Forum des As », ce grand tabloïd de Kinshasa qu’il dirigeait de mains de maître depuis plusieurs décennies.
Bien avant de pleurer ce Grand journaliste à travers mon témoignage étalé dans les lignes qui suivent, je voudrais profiter de cette tribune pour faire une révélation qui est en même temps modestement mon plaidoyer à l’endroit des autorités compétentes en ce moment si délicat. En effet, je travaille avec un ami ( enfin ainé Phillipe Kazadi) depuis plusieurs mois sur un projet qu’on voulait soumettre au ministre Muyaya et voir être implémenté du vivant de José Nawej.
Le projet consistait à créer un prix national dénommé « José Nawej« . Ce prix devrait commencer à récompenser des excellents journalistes qui se demarqueront durant l’année dans les analystes pertinentes à travers leurs écrits sur le développement de l’ossature socio-politique du pays.
Certes l’éditeur José Nawej n’est plus. Mais, ses oeuvres restent. Comme pour dire qu’il n’est pas tard qu’une comission des enseignants, en communication se reunisse autour d’une table pour réfléchir sur la nécessité de créer un tel concept qui servira de repères aux jeunes générations, dans ce monde de plus en plus marqué par le nivellement vers le bas.
Nous verrons dans quelle mesure saisir officiellement le ministre de la Communication et Médias après les obsèques pour lui soumettre ce projet. Ci-dessous mon témoignage.
UNE RENCONTRE QUI A FAILLI TOUT GÂCHER
J’ai vu José Nawej pour la première fois à la Télé, au cours d’une émission d’analyse de l’actualité politique. Il parlait moins, mais il était très consistant dans chacune de ses interventions. Du coup, j’ai retenu son nom.
Alors étudiant en première année de graduat à l’Université de Kinshasa ( UNIKIN) et logé dans les environs du site universitaire, je devrais rentrer chaque week-end chez les parents chercher de la subsistance.
Et pendant le week-end que je passais sous le toit familial, il m’arrivait souvent de passer des heures à suivre les émissions à caractère politique. Et plus d’une fois, me surprenant en train de suivre ce que disait José Nawej et de prendre note, ma mère Sydonie Mpemba, me demandait s’il était notre professeur à l’UNIKIN. La question de ma mère avait tout son sens, tant José Nawej avait l’aura d’un prof de fac.
Il n’avait pas de thèse de doctorat, mais son parler, son vocabulaire soutenu et la culture générale qui traparaissait dans ses dires avaient tout l’air d’un professeur de Sciences politiques, sinon de Philosophie ou de Sociologie. On ne pouvait pas ne pas croire qu’il s’agissait d’une personne qui a fréquenté une prestigieuse université dans l’occident. Chose qui n’était pas le cas.
Le temps passe vite. Nous sommes en 2011 et je suis en troisième année de graduat. Je dois passer mon stage académique dans un organe de presse de Kinshasa. Quelqu’un va me recommander auprès de M. Bongo Bovery, PDG et fondateur de « Forum des As« . Ce dernier a accepté sans hésitation et le jour d’après, je devrais commencer mon stage.
Le jour venu, j’etais parmi les premiers à arriver dans la salle de rédaction. À 14 h, j’entends un véhicule klaxonner au portail. Je vois tout le monde chercher à bien se tenir. Un informaticien me fait remarquer que c’est l’arrivée du DP. Quelques instants après, la porte s’ouvre et je vois le Grand José Nawej que je vois à la Télé faire son entrée, visage sévère. Il me devisaga un instant avant de me poser la question : « Qui est-tu ? ».
Et c’est là que j’ai commis la grosse bêtise qui a failli tout gâcher. Je lui ai répondu que j’étais journaliste, accroché à ma définition du journaliste comme « une personne qui collecte, traite et diffuse les informations« . Surtout que j’ecrivais déjà des articles de presse pour un journal universitaire fondé au sein de la faculté de SSPA.
Jaloux de sa noble profession qu’il affectionnait beaucoup, José Nawej ne pouvait pas digérer qu’un simple étudiant se prenne pour un journaliste. Il m’a savonné tel un porc. Mes petits biceps intellectuels, acquis jusque-là, se sont avérés inopérants. Je m’etais vite rendu compte que j’aurais dû juste dire que j’étais étudiant venu pour le stage académique. Ça m’aurait évité cette humiliation. Humiliation ? Je ne pense pas car cela m’a réconforté. J’ai retrouvé un sens critique très élevé, similaire à celui brandi par les aînés qui m’ont accueilli à l’UNIKIN lors de la bleusaille.
Après m’avoir asséné des coups qui n’etaient pas de mon âge, ni de mon niveau, José Nawej va se retirer pour gagner son bureau, juste en face de la rédaction. Il va demander à celui qui venait juste après lui dans la hiérarchie, Marcellin Manduakila (il est décédé aussi) d’apprécier si j’avais le niveau requis pour être admis au stage à Forum des As.
Là encore c’était un autre baptême de feu. Il y a une séquence que j’aime dans mon entretien avec Marcellin Manduakila, c’est lorsqu’il me demande de définir l’information. Collé à mes notes de cours de « Méthodologie de l’information » du professeur Aimé Kayembe d’heurese mémoire, j’ai commencé à répondre par cette phrase qui a occasionné une explosion de rires, au point que le « DR Manduakila » est allé en parler à José Nawej. Repondant à sa question, j’ai commencé par dire exactement ceci : « Le concept information souffre d’une inflation définitionnelle… ».
Le soir après avoir lu mes premiers exercices et reçu l’écho de son ami qu’il appelait « Marcellin« , José Nawej m’a rappelé dans son bureau. Il a répété ma phrase sur l’inflation definitionnelle, riant à gorge déployée, sous un air détendu. C’est là que je découvre un homme taquin, plein d’humours savants et subtiles. Il m’a encouragé à développer la culture de l’excellence.
Je suis vite tombé amoureux de l’ambiance du travail au sein du journal « Forum des As« , au point d’y consacrer ma dissertation de fin de cycle (TFC), qui a porté sur l’anthropologie de la Communication.
RETOUR À FORUM DES AS
Comme tout universitaire, le rêve à l’heure où on débarque à l’université n’a toujours pas été le même au moment de sortir de la fac. Au cours de l’année terminale, je rêvais de travailler dans une Banque ou dans un service public juteux. Chose qui n’est pas arrivé plusieurs mois après ma défense de mémoire.
En 2015, on va encore me recommander à M. Bovery, cette-fois là pour un stage professionnel. C’est là que j’ai eu une nouvelle occasion de revoir M. Nawej après plusieurs années. Il m’a reconnu et bien accueilli. Il m’a pour le coup confié à Didier Kebongo, l’un des rédacteurs en chef, pour un check-up. Ce dernier m’a vite donné une note positive. Un mois après, mon nom est entré dans l’Ours du journal comme journaliste reporter de Forum des As. Je suis donc engagé.
De 2015, j’ai quitté cette rédaction en décembre 2022. Durant sept ans passée, je devais passer nuit à Forum des As une fois la semaine dans le cadre de ce qu’on appelle le « marbre » dans le jargon professionnel. Ce fut des moments exceptionnels où j’ai eu à travailler en groupe restreint avec José Nawej pour fabriquer le contenu éditorial à livrer au public. On avait parfois de longs échanges toute la nuit sur divers sujets.
C’est là où j’ai découvert un homme extraordinaire, un véritable spécimen, un perfectionniste hors normes, un travailleur infatigable qui lisait chaque jour en dernier ressort tous les articles publiés au Journal Forum des As.
Les nuits passées ensemble à la rédaction ont été des moments où on bénéficiait de beaucoup de ses conseils. Sur le plan du travail notamment, l’éditeur José Nawej n’aimait pas des « titres bateau« . Il m’a appris à savoir bien identifier une information et à la mettre en exergue dans un article en commençant par le titre.
Là où l’éditeur mettait le plus en oeuvre son expertise et son intelligence, c’était au moment d’élaboration de la Une et des éditos qui étaient sa marque de fabrique. Il avait toujours des titres originaux, incisifs, concis et percutants. Il savait résumer une grande actualité en un mot. Il savait critiquer les politiques avec suffisamment de hauteur et de distance.
Pour bien lire José Nawej et comprendre ce qu’il voulait dire, il fallait absolument avoir un dictionnaire à côté. Ses écrits étaient une véritable symphonie de l’abstraction et des figures de style.
La rédaction de ses éditos procédait des événements du jour. Au cas où il n’y a pas une actualité brûlante, le DP Nawej tirait ses inspirations des discussions avec les journalistes. Il suffisait que José Nawej te dicte un texte d’analyse venant de sa tête pour se demander s’il s’agit bien d’un congolais qui a étudié au Congo. Les mots qui sortaient de sa bouche étaient d’une certaine érudition. L’agencement des idées était plus que logique. Non, l’homme était d’une cohérence extraordinaire.
TOUJOURS DES LEÇONS À TIRER DE SES BLAGUES
Chaque jour passée à la rédaction de Forum des As était un moment de fou rire et d’apprentissage continu. José Nawej aimait visiblement rire plus de tout. Il avait un sens d’humour à casser les côtes. Il avait toujours une histoire à raconter. Accompagné de son ami Célé Kandolo (lui aussi décédé), il nous racontait souvent ses expériences de journaliste sous le rêne de Mobutu et de Mzée Laurent Désiré Kabila.
Il connaissait tous les politiciens par coeur. Il avait un grand carnet d’adresse dans la sphère politique et diplomatique. Dans son état rationnel permanent, s’il nous parle pas de la politique, il nous parlait de la diplomatie. José Nawej était très pertinent dans les analyses sur la géopolitique mondiale, enfin les relations internationales dans toutes ses acceptions.
Il y avait toujours une leçon morale à tirer à la fin de ses histoires. C’est dire que José Nawej utilisait souvent des anecdotes pour attirer notre attention sur certains aspects importants de la vie. Il ne voulait pas que l’on soit de cette espèce de journalistes indisciplinés, peu organisés et irresponsables et qui ne respectent pas les engagements.
Auprès de lui, j’ai appris à être un homme noble, responsable, excellent et ambitieux. La confiance parfois aveugle qu’il avait en moi m’a appris à bien me tenir. Malgré sa rigueur qu’on confondait parfois avec dureté, Il m’aimait comme son fils. Pas seulement moi. Il nous aimait tous. C’est ainsi qu’il prenait parfois le temps dans son bureau, à la rédaction, voire au téléphone, à nous prodiguer de sages conseils sur la vie.
Et l’un de ses conseils qui continuera à marquer ma vie est le suivant : « Dans la vie, il faut savoir ce que l’on veut« . José Nawej nous conseillait toujours à faire des besoins de sa famille sa priorité. Tant, lui-même était un homme très attaché à la famille. Ses filles, qu’il appelait affectueusement « princesses » passaient avant tout. Une attitude qui continuera à jamais à nous inspirer !
FIN MANAGER
Côté management, José Nawej fut aussi un crack. Il ne dormait presque pas pour son travail. Il devait s’assurer que tout ce qui devrait être fait est fait. Il tenait à tout prix qu’aucune grande information du jour échappe à Forum des As. Il lui arrivait beaucoup de m’appeler au téléphone à 2 heures ou 3 heures pour vérifier un détail dans un article laissé à la rédaction.
Même quand il était en déplacement à l’étranger, il contrôlait tout. Maniaque de l’excellence, José Nawej avait toujours été strict lorsqu’il s’agissait du travail. Il châtiait parfois avec brutalité pour la moindre légèreté dans un article. Il ne voulait pas qu’on soit de cette race de journalistes « qui écrivent seulement pour écrire« . Ce sont ses mots. Il disait souvent « un journaliste vaut par son backround« .
Beaucoup de choses à dire. Que des expériences vécues riches. Cher Grand Maître José Nawej, le Grand formateur, allez en paix! La seule façon de vous rendre hommage est de mettre en pratique au quotidien vos sages conseils et d’incarner votre hauteur dans nos écrits de tous les jours. Votre fils professionnel.
Orly-Darel NGIAMBUKULU