Dernière minute
Société
Le couperet est finalement tombé. Après plusieurs semaines de procédure, le Tribunal militaire de garnison de Kinshasa-Ngaliema a rendu, hier jeudi 27 août 2026, son verdict dans l'affaire impliquant la chanteuse Déborah Tshimpaka Mulanga, alias Rebo Tchulo. Reconnue coupable d'incitation des…
Culture
Forum éco
Enjeux de l’heure
*L’AFC-M23 et les belligérants out.
«Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous le ciel». La sentence biblique semble avoir trouvé un écho particulier dans l’adresse à la…
Étranger
Festival du film africain de Cologne (AFFK) place la guérison au cœur de sa 23e édition, prévue du 17 au 27 septembre. À travers le documentaire, la mémoire et les récits de résistance, trois…
Nation
*_L’opposition rejette le format de Tshisekedi, le pouvoir affiche son soutien_
« Autant de têtes, autant d’avis. ». Le Dialogue national annoncé hier jeudi 27 août par Félix…
Dialogue national : Tshisekedi face au front du refus
*_L’opposition rejette le format de Tshisekedi, le pouvoir affiche son soutien_
« Autant de têtes, autant d’avis. ». Le Dialogue national annoncé hier jeudi 27 août par Félix Tshisekedi divise déjà profondément la classe politique. Présenté par le chef de l’État comme un processus « souverain, congolais et sur le sol congolais », il est salué par la majorité comme une opportunité historique, mais rejeté par plusieurs figures de l’opposition et de la société civile, qui contestent principalement son format et les conditions de son organisation.
Loin d’avoir clos le débat, l’adresse présidentielle a ouvert une nouvelle bataille politique. Au cœur de la controverse : la place du chef de l’État dans un processus dont il est à la fois l’initiateur et, selon ses détracteurs, le principal organisateur.
« JUGE ET PARTIE » : l’OPPOSITION ATTAQUE LA MÉTHODE
La contestation la plus virulente est venue de Jean-Claude Vuemba Luzamba, président national du MPCR. L’opposant ne remet pas en cause la nécessité d’un dialogue. « Le Congo a besoin d’un dialogue. Personne ne peut sérieusement le contester », reconnaît-il.
Mais il s’oppose fermement à la méthode retenue. Félix Tshisekedi, estime-t-il, ne peut être « à la fois l’initiateur, l’organisateur, l’arbitre » et celui qui détermine les participants.
Vuemba dénonce ainsi un processus « sous la direction de Félix Tshisekedi, selon les règles de Félix Tshisekedi et avec des participants choisis par Félix Tshisekedi ».
Sur le fond, le leader du MPCR fixe également ses lignes rouges. Il refuse que le dialogue serve à « fabriquer artificiellement un consensus » autour d’un maintien au pouvoir ou d’une modification des fondamentaux de la Constitution du 18 février 2006. S’appuyant notamment sur les articles 70 et 220, il résume sa position : « Deux mandats présidentiels de cinq ans : pas un jour de plus. »
« VASTE KERMESSE »
Dans le camp proche de Moïse Katumbi, Christian Mwando se montre tout aussi réservé. L’ancien ministre du Plan qualifie l’initiative de « vaste kermesse » qui, selon lui, ne suffira pas à mettre fin au conflit.
Il relève notamment la disparition du terme « inclusif » dans la dernière communication présidentielle et questionne l’articulation entre le futur dialogue et le processus de Doha : « Qu’est-ce qui est dit à Doha qui ne peut pas être dit au dialogue ? »
Sa conclusion est sans détour : « Je doute fort que l’opposition adhère au schéma proposé. »
José Makila, membre de la plateforme "Sauvons le Congo", durcit encore le ton. Il considère le discours présidentiel comme « une grave déception » et estime qu’en période de crise, le président de la République ne peut cumuler les fonctions d’initiateur, de maître du jeu et d’arbitre.
LA C64 OPPOSE "UN NON CATÉGORIQUE"
La Coalition Article 64 (C64), qui regroupe Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund, Moïse Katumbi, Augustin Matata Ponyo et Delly Sesanga, a publié, ce vendredi 28 août, un communiqué opposant un « non catégorique » aux consultations populaires initiées par le Président Félix Tshisekedi, qu'elle juge substituées au dialogue national inclusif annoncé.
Les cinq leaders de l'opposition accusent le Chef de l'État d'exploiter la guerre et la détresse sociale dans l'Est du pays comme « fonds de commerce » pour détourner l'attention des urgences du pays, et dénoncent une manœuvre visant, selon eux, à ouvrir la voie à une révision constitutionnelle et à un troisième mandat au-delà de l'échéance de 2028, fixée par la coalition à 754 jours. Ils mettent en garde contre un risque de « balkanisation » du territoire national qui découlerait, selon leur analyse, de cette stratégie de maintien au pouvoir.
LA MAJORITÉ DÉFEND UNE « RUPTURE MÉTHODOLOGIQUE »
Face à cette levée de boucliers, la majorité présidentielle affiche une lecture radicalement différente.
Vital Kamerhe, membre du présidium de l’Union sacrée et ancien président de l’Assemblée nationale, salue une « rupture méthodologique inédite ». Selon lui, le dialogue replace les causes profondes des crises congolaises au centre du débat et fait du peuple « à la fois le principal acteur du diagnostic et l’architecte des solutions ».
Le président national de l’UNC assure que l’initiative ne relève « ni d’un artifice politique ni d’une quelconque pression », mais d’une « volonté souveraine d’engager la Nation dans un moment de vérité ».
Même soutien du côté de Lambert Mende. Le député national salue « l’esprit d’ouverture » affiché par Félix Tshisekedi, tout en plaidant pour l’exclusion des personnes qu’il considère comme étant « de mèche avec le pays agresseur, le Rwanda ».
Au Sénat, le soutien est également affirmé. Son président, Sama Lukonde, salue la convocation du Dialogue national, placé sous le signe de « la paix, de la cohésion nationale et de la refondation de l’État ».
Il réaffirme son soutien au chef de l’État ainsi que l’engagement du Sénat à accompagner la démarche « avec responsabilité et dans un esprit républicain ».
Sama Lukonde appelle, par ailleurs, les Congolais et les élus à s’approprier cette opportunité afin d’en faire un cadre de recherche de réponses aux principaux défis de la Nation. « L’intérêt supérieur de la République doit nous rassembler dans l’unité, la responsabilité et la cohésion nationale », souligne-t-il.
GODE MPOYI MISE SUR LA DÉCRISPATION
Le député national Gode Mpoyi voit, pour sa part, dans l’initiative présidentielle un possible levier de décrispation politique. « Lorsque vous voulez vous réconcilier, il faut commencer par des signaux forts », estime-t-il.
Selon lui, ces gestes peuvent créer les conditions d’un dialogue constructif et contribuer à apaiser un climat politique particulièrement tendu.
LA SOCIÉTÉ CIVILE RÉCLAME UNE MÉDIATION INTERNATIONALE
La société civile de la diaspora propose, elle, une tout autre architecture. Dans une déclaration commune publiée ce vendredi 28 août à Anvers, le consortium Urgence DRC et 33 ONG rejettent tout dialogue placé sous la seule conduite de Félix Tshisekedi.
« Pas de dialogue sous la dictée : Félix Tshisekedi est le problème, il ne peut être le juge », soutiennent les signataires, Palmer Kabeya, Victor Tesongo et Bibi Kapinga.
Le consortium estime qu’un dialogue convoqué dans ces conditions serait voué à l’échec et réclame une médiation internationale directe sous l’égide exclusive du Conseil de sécurité des Nations unies. Il propose également un mandat officiel aux chefs des principales confessions chrétiennes, notamment les évêques catholiques et les responsables protestants.
UNE MÉDITATION EXTÉRIEURE EXIGÉE
À ce stade, les positions restent donc profondément éloignées. Le pouvoir entend conserver la maîtrise d’un processus qu’il présente comme souverain et destiné à refonder l’État. L’opposition réclame, elle, des garanties d’inclusivité et des actes de décrispation, notamment sur la question des prisonniers politiques, des exilés et de l’accès aux médias publics.
De son côté, une partie de la société civile exige une médiation extérieure jugée plus neutre.
Annoncé comme un rendez-vous destiné à rassembler la Nation autour de la paix, de la cohésion et de la refondation de l’État, le Dialogue national se trouve ainsi confronté à son premier défi : réunir autour d’une même table des acteurs qui, avant même l’ouverture des consultations, ne s’accordent déjà ni sur le cadre, ni sur les garanties, ni sur l’arbitre du processus.
Jérémie ASOKO