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Denis Mukwege exige la justice pour les victimes et des enquêtes sur la disparition de 325 millions
Vingt-six ans après les affrontements meurtriers qui ont ensanglanté Kisangani, le Prix Nobel de la paix Denis Mukwege appelle à traduire en justice les responsables des massacres et à faire toute la lumière sur la disparition présumée de 325 millions de dollars de réparations destinées à la République démocratique du Congo.
Dans un message publié le samedi 06 juin à l'occasion du 26ème anniversaire de la "Guerre de six jours", le célèbre gynécologue congolais a dénoncé la persistance de l'impunité qui, selon lui, continue d'alimenter les violences dans l'est du pays.
"Il y a urgence à traduire en justice les auteurs de ces crimes et leurs chaînes de commandement pour briser le cycle infernal de la violence, de la prédation et de l'impunité qui se poursuit jusqu'à ce jour", a déclaré Denis Mukwege.
Du 5 au 10 juin 2000, la ville de Kisangani, aujourd'hui chef-lieu de la province de la Tshopo, avait été le théâtre d'affrontements d'une rare violence entre les armées rwandaise et ougandaise, alors présentes sur le territoire congolais. Les combats à l'arme lourde, menés en pleine agglomération, avaient provoqué la mort d'environ un millier de personnes et causé d'importants dégâts matériels.
DES INTERROGATIONS SUR LA GESTION DE 325 MILLIONS USD
Ces événements figurent parmi les pages les plus sombres de la deuxième guerre du Congo. Ils sont répertoriés dans le rapport Mapping des Nations unies comme des faits susceptibles de constituer des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité.
Pour Denis Mukwege, l'absence de poursuites judiciaires effectives contre les responsables de ces atrocités demeure l'un des symboles les plus marquants de l'impunité qui continue de fragiliser la paix et la stabilité dans la région des Grands Lacs.
Le lauréat du Prix Nobel de la paix 2018 a également relancé le débat sur les réparations accordées à la RDC par la Cour internationale de justice (CIJ). En 2022, cette juridiction avait fixé à 325 millions de dollars le montant dû par l'Ouganda pour les préjudices causés lors de son intervention militaire sur le territoire congolais.
Or, selon Mukwege, de graves interrogations subsistent quant à la gestion de ces fonds.
"Ces détournements massifs de fonds sont une insulte inacceptable à l'encontre des victimes et doivent être investigués de manière indépendante", a-t-il affirmé, réclamant des enquêtes transparentes afin d'établir les responsabilités et de garantir que les victimes bénéficient réellement des réparations auxquelles elles ont droit.
"LES VICTIMES ET LES SURVIVANTS ONT DROIT À LA JUSTICE"
Cette déclaration remet sous les projecteurs une question sensible qui touche à la fois à la mémoire des victimes et à la gouvernance des fonds publics destinés à réparer les conséquences de l'un des conflits les plus meurtriers de l'histoire récente de la RDC.
Pour rappel, la Cour internationale de justice avait rendu, dès 2005, un arrêt reconnaissant la responsabilité de l'Ouganda et ordonnant des réparations. Faute d'accord entre les parties sur leur montant, il aura fallu attendre 2022 pour que la juridiction internationale fixe définitivement l'indemnisation due à la RDC.
Par son plaidoyer, Denis Mukwege rappelle que le temps écoulé ne saurait effacer les souffrances des populations touchées. Pour lui, les survivants et les familles des victimes attendent toujours que justice soit rendue.
"Les victimes et les survivants ont droit à la justice, à la vérité, à des réparations et à des garanties de non-répétition des atrocités", a-t-il conclu, appelant les autorités nationales et la communauté internationale à transformer les promesses de justice en actes concrets.
Jeremie ASOKO