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Les Kinois écartelés entre optimisme prudent et scepticisme
La capitale de la République démocratique du Congo est dans l'effervescence après le récent accord de paix signé le 27 juin à Washington entre la RDC et le Rwanda. Le samedi, sur les marchés, les universités, les taxis et les quartiers populaires, les réactions des habitants de Kinshasa vont de l'optimisme prudent au profond scepticisme.
Dans la rue : " On nous a trop souvent menti "
A la Place commerciale de la 7ème rue de Limete, au milieu des voitures qui klaxonnent et des vendeurs ambulants, Rachel Pero, étudiante à l'Université de Kinshasa, reste sceptique:
" Ce n'est pas la première fois qu'on nous promet un accord de paix. Mais sur le terrain à l'Est, rien ne change. Tant que les habitants de Goma et de Beni continueront à fuir les massacres, je ne ferai pas confiance en ces signatures.
Un sentiment similaire est partagé par Papy Ilunga, 38 ans : " Ils nous parlent de paix alors que les balles crépitent encore à Masisi. Ces accords sont signés loin d'ici, mais nous en subissons les conséquences.
Cependant, certains y voient un signe possible d'apaisement. Christopher Ngoy, acteur de la Société civile au Congo, exprime un optimisme prudent : " Après trente ans de tensions et de guerres par procuration, c'est un pas dans la bonne direction. C'est maintenant à nos autorités de faire en sorte que cet accord ne reste pas que des mots".
Dans le quartier Kingabwa à Limete, Mme Sylvie, vendeuse de beignets, garde l'espoir au fond de son cœur: " Si les enfants là-bas peuvent enfin dormir sans entendre les coups de feu, ce sera déjà une victoire. "
Cercles politiques à Kinshasa
Dans les cercles politiques de Kinshasa, la prudence règne. Jean-Marc Kabund, leader de l'Alliance pour le Changement, a publiquement exprimé ses réserves :
" La paix véritable exige la transparence et la sincérité. Nous attendons des actions décisives : un retrait immédiat des troupes étrangères et un dialogue inclusif avec toutes les parties prenantes, y compris les groupes armés locaux.
Certains analystes soulignent que cet accord n'a pas encore impliqué le M23, l'un des principaux groupes de l'Est, actuellement en négociations séparées à Doha. Selon eux, cet oubli pourrait affaiblir considérablement l'impact de l'accord.
Kinshasa reste vigilante
Dans l'ensemble, Kinshasa reste vigilante. Déçu par des engagements passés non tenus, le peuple de Kinshasa exige des actions concrètes : le retour des personnes déplacées, le désarmement des milices, le retrait des forces étrangères et la stabilisation des zones de conflit.
L'entrepreneur Emmanuel Lufulakanda résume ce sentiment dominant : " Nous ne voulons plus de discours. Nous voulons que l'Est vive en paix et que les routes rouvrent. Tant que cela n'aura pas lieu, les signatures n'auront aucun sens.
Coincés entre la méfiance et l'espoir, les Kinshasa envisagent l'avenir avec prudence. Alors que la diplomatie a fait un pas en avant à Washington, c'est désormais dans les villages et les collines de l'est du Congo que la crédibilité de cet accord sera mise à l'épreuve. De son côté, Kinshasa attend.
Jérémie ASOKO