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La révision constitutionnelle ou l’arbre qui cache l'idée d'un 3ème mandat !
À Kinshasa, le débat sur l’avenir de la Constitution congolaise ressurgit avec fracas. Au sein de l’Union sacrée, la question d’un éventuel changement constitutionnel, longtemps évoquée à voix basse, s’affiche désormais au grand jour. De José Mpanda à Augustin Kabuya, en passant par Didier Budimbu et désormais Christophe Mboso, plusieurs figures de la coalition présidentielle assument ouvertement la nécessité, selon eux, de revisiter la loi fondamentale.
Dans les cercles du pouvoir, le moment est jugé opportun. La dynamique politique actuelle, nourrie par le partenariat qualifié de «stratégique» entre la République démocratique du Congo et les États-Unis, semble renforcer l’assurance de la majorité présidentielle. Un climat que certains responsables de l’Union sacrée perçoivent comme favorable pour remettre sur la table un projet longtemps mûri : une réforme constitutionnelle susceptible d’ouvrir la voie à un troisième mandat pour le président Félix Tshisekedi, présenté par ses soutiens comme porteur d’«une mission» pour le pays.
Mais cette ambition politique, un temps reléguée à l’arrière-plan face à l’offensive militaire de l’Alliance Fleuve Congo (AFC) et de la rébellion du Mouvement du 23 mars (M23) dans l’Est du pays, refait surface avec vigueur. Elle attise surtout les crispations dans l’opposition et au sein de la société politique.
Dernier signal en date : la déclaration du deuxième vice-président de l’Assemblée nationale, Christophe Mboso, qui a lancé une phrase devenue virale dans le débat public: «Il n’y a que la Bible que l’on ne change pas…».
Une formule lourde de sens, interprétée par de nombreux observateurs comme une justification assumée d’une révision de la Constitution.
«Il est temps que le peuple se lève pour dire stop »
Face à ce qui est perçu comme une tentative de remodeler les règles du jeu politique, les voix discordantes se multiplient.
Le cadre de l’opposition Prince Epenge, membre de Lamuka, cher à martin Fayulu, alerte sur les risques politiques et sécuritaires d’une telle initiative. Selon lui, s’engager dans une révision constitutionnelle dans le contexte actuel reviendrait à ouvrir une boîte de Pandore.
«Si l’UDPS persévère dans cette voie inconsciente de changer la Constitution, elle va non seulement légitimer la guerre mais aussi faire de Corneille Nangaa un héros national. L’UDPS risque de conduire le pays dans une guerre civile. Il est temps que le peuple se lève pour dire stop», avertit-il.
Dans les rangs du parti Ensemble pour la République, la riposte s’organise également. Le député provincial Mike Mukebayi appelle les militants à se tenir prêts à faire barrage à ce qu’il qualifie d’«idée diabolique». Pour lui, la question constitutionnelle n’est qu’un prétexte politique destiné à prolonger le pouvoir en place.
«Quel article empêcherait l’UDPS de bien gouverner»
«Si l’UDPS estime que certains articles posent problème, qu’elle propose leur modification afin que nous en débattions. Mais qu’elle nous indique précisément quel article empêcherait l’UDPS de bien gouverner, alors qu’elle est au pouvoir depuis 2019», martèle-t-il.
Dans le même registre, Junior Mpetshi estime que le débat constitutionnel masque mal une stratégie politique de temporisation.
«Augustin Kabuya doit comprendre que cette Constitution ne pose aucun problème. Il reste deux ans à ce pouvoir avant de partir, et cela ne changera pas», tranche-t-il.
Derrière les déclarations et les passes d’armes verbales, un constat s’impose : la question constitutionnelle s’annonce comme l’un des grands champs de bataille politiques des prochaines années en RDC.
Dans un pays encore secoué par les tensions sécuritaires et les rivalités politiques, toute initiative visant à toucher à la Constitution risque de devenir un détonateur majeur. Entre volonté de réforme et soupçons de verrouillage du pouvoir, le débat ne fait que commencer et il s’annonce explosif. Jérémie ASOKO