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« Le Congo a besoin de citoyens qui ne soient ni soumis au pouvoir ni instrumentalisés par l’opposition », estiment Jean-Jacques Lumumba et Carbone Beni
Jean-Jacques Lumumba, président du Collectif restitution Afrique (Raf), et Carbone Beni, acteur de la Société civile et président du Mouvement social patriote en action pour l’émergence de la république (Pacte), fustigent la naïveté politique et le culte de personnalité des Congolais et l’adhésion aveugle d’un camp politique, selon que l’on est soit du pouvoir en place soit de l’opposition. Même lorsque celui-ci commet de graves erreurs dans la gestion ou la prise des décisions. Pour les deux acteurs, cette posture constitue un frein à l’exercice d’une citoyenneté responsable.
« Le Congo a besoin de citoyens qui ne soient ni soumis au pouvoir ni instrumentalisés par l’opposition », affirment-ils. La redevabilité ne peut être imposée de manière spontanée, mais doit se construire à travers « l’éducation civique, le contrôle démocratique, la liberté de parole, et la capacité de proposition », ont indiqué Jean-Jacques Lumumba et Carbone Beni.
DISTINGUER LE PROCESSUS DE DOHA DU DIALOGUE NATIONAL
Ils insistent sur l’importance de l’organisation citoyenne et, lorsque cela s’avère nécessaire, d’une « mobilisation populaire pacifique, responsable et consciente » en vue de faire évoluer les pratiques politiques et institutionnelles.
En outre, ils appellent spécifiquement la nouvelle génération à non seulement surveiller, dénoncer mais aussi et surtout proposer.
« La citoyenneté, ce n’est pas seulement voter tous les cinq ans », disent-ils mais elle implique également « d’interroger, de surveiller, de proposer, de dénoncer, de s’organiser et de demander des comptes ».
Pour les deux acteurs, la République a besoin d’une « génération informée, exigeante, organisée et capable d’agir, engagée » non pas contre l’État, mais pour veiller à ce que celui-ci demeure fidèle à sa mission au service de la population.
Au moment où le pays fait face à une crise à la fois sécuritaire, politique et institutionnelle, la question de l’articulation entre les différents mécanismes de résolution se pose avec insistance, les deux protagonistes préconisent de distinguer clairement le processus de paix de Doha, du dialogue national.
Pour les deux signataires, le processus de Doha doit rester centré sur la dimension sécuritaire de la crise et les négociations avec l’AFC/M23.
LE DIALOGUE, PAS UN MOYEN DE BANALISER LA RÉBELLION ARMÉE
« Doha traite d’abord d’une confrontation armée et de ses conséquences sécuritaires », ont-il évoqué, appelant à la poursuite de ce processus avec des garanties, des conditionnalités et la pression des partenaires internationaux.
Ils lui assignent notamment comme objectifs la cessation des hostilités, la protection des populations, le désarmement et la restauration de l’autorité de l’État.
En revanche, le dialogue national devrait s’attaquer aux causes internes qui fragilisent la République. Carbone Beni et Jean-Jacques Lumumba pensent que ce Forum national doit permettre de traiter les « fractures politiques, institutionnelles, sociales et économiques internes » et de répondre aux questions liées à l’avenir démocratique du pays.
Ils soulignent ainsi la nécessité de mener les deux processus simultanément, mais sans les confondre.
Les deux acteurs mettent toutefois en garde contre toute confusion entre négociation politique et règlement de la crise sécuritaire.
« Le dialogue national ne doit pas devenir un moyen de banaliser la rébellion armée ou de transformer la prise des armes en mode d’accès à la représentation politique », alertent-ils.
Pour eux, Doha doit contribuer au retour de la paix et de l’autorité de l’État, tandis que le dialogue national doit servir à « reconstruire la confiance entre Congolais et à refonder les règles de notre vie commune ».
Gloire BATOMENE