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Ebola : l’OMS alerte sur une épidémie « loin d’être maîtrisée », la riposte toujours à la traîne
« On dirait que tous les malheurs du monde se sont donné rendez-vous dans notre pays ». La phrase du cardinal Fridolin Ambongo résonne avec une acuité particulière face à la nouvelle flambée d’Ebola qui frappe le pays. En trois mois à peine, le virus Ebola de souche Bundibugyo a pris une avance considérable sur la riposte, au point de faire de cette épidémie l’une des plus préoccupantes jamais enregistrées.
Le constat dressé le mardi 18 août par le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, ne laisse guère de place à l’optimisme. « Il faut être franc : l’épidémie est loin d’être maîtrisée », a-t-il averti, alors que près de 5.000 personnes ont déjà été infectées et que plus de 2 300 sont décédées dans six provinces et 55 zones de santé.
Derrière ces chiffres vertigineux se dessine une course contre la montre que les autorités sanitaires semblent, pour l’heure, avoir du mal à gagner. Déclarée officiellement le 15 mai comme la 17ème épidémie d’Ebola en RDC, la flambée s’est propagée à une grande vitesse. « Elle a pris une longueur d’avance considérable, et nous sommes toujours en train de rattraper notre retard », reconnaît Tedros.
UNE URGENCE QUI DÉPASSE LES FRONTIÈRES
Face à cette progression fulgurante, l’OMS a maintenu l’épidémie au rang d’urgence de santé publique de portée internationale. Le comité d’urgence de l’organisation, réuni pour la deuxième fois depuis le déclenchement de cette alerte, considère que le risque d’une propagation nationale et internationale demeure élevé.
Le virus ne circule plus seulement dans son foyer initial. Parti de l’Ituri, dans le nord-est du pays, il s’est étendu au Nord-Kivu, au Sud-Kivu, à la Tshopo, au Haut-Uele et au Bas-Uele. L’Ituri reste toutefois l’épicentre de la flambée, avec 28 zones de santé touchées sur les 36 que compte la province.
Pour l’OMS, cette expansion s’explique notamment par des facteurs difficilement maîtrisables : insécurité, déplacements de populations et mouvements incessants le long des routes, des cours d’eau et des axes menant aux sites miniers.
Dans ces territoires où la présence de l’État reste fragile et où plusieurs groupes armés sont actifs, accéder aux populations devient en soi un défi sanitaire.
QUAND LE VIRUS AVANCE PLUS VITE QUE LA RIPOSTE
La comparaison avec les précédentes flambées donne toute sa mesure à la situation. L’épidémie de 2018-2020, jusqu’alors considérée comme la plus meurtrière de l’histoire de la RDC, avait fait 2 299 morts sur 3 381 cas confirmés.
La flambée actuelle a atteint, en seulement trois mois, un nombre de décès supérieur à ce bilan. Elle est désormais considérée par l’OMS comme la deuxième plus importante épidémie d’Ebola jamais enregistrée dans le monde, mais surtout comme celle qui progresse le plus rapidement.
L’alerte est d’autant plus sérieuse qu’il n’existe, à ce jour, aucun vaccin ni traitement spécifique homologué contre l’espèce Bundibugyo. Des essais cliniques sont néanmoins en cours, tandis que la riposte tente de gagner du terrain.
LE MAILLON FAIBLE : LES COMMUNAUTÉS
C’est précisément sur ce terrain que l’OMS veut désormais concentrer ses efforts. Pour Tedros, le fait que des personnes continuent de mourir dans les communautés, sans avoir été identifiées comme contacts, constitue l’un des principaux obstacles à l’endiguement de l’épidémie.
Chaque décès survenu en dehors des structures de traitement peut en effet révéler une chaîne de transmission inconnue. Autrement dit, le virus circule parfois là où les équipes de riposte ne le voient pas encore.
À Bunia, chef-lieu de l’Ituri, la défiance d’une partie de la population complique davantage la situation. Les mesures barrières peinent à s’imposer dans les marchés et les lieux très fréquentés, tandis que la peur, la méfiance et les difficultés d’accès aux soins éloignent encore certains malades des centres de traitement.
L’OMS veut donc changer de méthode. La réponse sanitaire est progressivement décentralisée pour se rapprocher des communautés. Des acteurs locaux, notamment les conducteurs de taxis-motos, pourraient être davantage associés à la surveillance et à l’orientation des personnes suspectes.
Il ne suffit plus de traiter les malades, il faut aller chercher le virus là où il se cache.
UNE RIPOSTE APPELÉE À CHANGER D’ÉCHELLE
L’OMS reconnaît que la montée en puissance de la réponse prendra du temps et refuse, pour l’heure, de fixer une échéance à la fin de l’épidémie. L’objectif immédiat consiste à renforcer la surveillance, le suivi des contacts, la prise en charge des malades, les enquêtes de terrain, les enterrements sécurisés ainsi que la mobilisation communautaire.
« Nous devons avoir d’autres stratégies » et « innover », estime l’expert de l’OMS, Thierno Baldé. Une manière de reconnaître que les méthodes classiques de riposte ne suffisent plus face à une épidémie qui avance à pas de géant.
Le défi est donc double : rattraper le retard accumulé et empêcher le virus de prendre davantage d’avance.
Dans cette bataille, l’OMS appelle à une mobilisation collective des autorités congolaises, des partenaires internationaux et surtout des communautés. Car sans leur adhésion, aucune stratégie sanitaire ne pourra durablement briser les chaînes de transmission.
Ézéchiel Monteirious MONTEIRO